Experts-comptables : un Girondin pour la France

Alexandre SALAS-GORDO

Alexandre Salas-Gordo, président de l’Ordre des experts-comptables d'Aquitaine.

Président de l’Ordre des experts-comptables d’Aquitaine depuis bientôt cinq ans, Alexandre Salas-Gordo est candidat en binôme aux côtés de sa consœur de la région Champagne Virginie Vellut pour la présidence nationale du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables (CSOEC). Avant les élections qui se tiendront entre le 15 et le 25 novembre 2020, le Girondin parcourt la France à la rencontre de tous les professionnels du chiffre. Il nous explique le sens de sa démarche.

Réso Hebdo Éco. C’est désormais officiel : vous êtes candidat à la présidence du CSOEC. Quel est le sens de votre démarche ?

Alexandre Salas-Gordo. Quand on aime et que l’on veut défendre cette profession, eh bien on se lance dans cette démarche. Après bientôt cinq ans de présidence régionale, j’ai l’envie de prolonger mon expérience au niveau national. Mais ce ne sera pas qu’un projet individuel, ce sera une aventure collective menée avec ma consœur présidente du Conseil régional de l’Ordre en Champagne Virginie Vellut. Ensemble, nous porterons les couleurs de l’Institut français des Experts-Comptables (IFEC).

À ce propos qu’est-ce qui différencie votre syndicat l’IFEC de votre concurrent ECF ?

ECF (Experts-comptables et commissaires aux comptes de France) met en avant l’opposition entre les petits et les grands cabinets et eux bien sûr assurent défendre les petits. Alors que nous à l’IFEC, nous défendons tous les cabinets sur tous les territoires. D’ailleurs, j’exerce moi-même au sein d’un “petit” cabinet que j’ai créé il y a 18 ans. Le président de la République doit bien être le président de tous les Français ! Car ce qui fait la richesse de l’expertise-comptable, c’est sa diversité. Cette profession nous permet d’avoir le choix de son mode d’exercice.

Quels seront vos grands axes d’actions pour la prochaine mandature pour les experts-comptables de France ?

Parmi les actions majeures que nous aimerions mettre en œuvre au niveau national, c’est d’abord renforcer l’attractivité de la profession auprès des jeunes. La profession doit améliorer son image, la rendre plus moderne, montrer aux jeunes que l’expert-comptable peut être sérieux sans se prendre au sérieux. Cela passera par des campagnes de communication plutôt “fun” pour souligner que c’est un métier passionnant et qui a une vraie utilité individuelle et collective. Autre enjeu majeur : l’expertise-comptable, comme d’autres professions, connaît une évolution numérique et technologique. Le CSOEC, qui a déjà lancé plusieurs plateformes pertinentes (jedeclare.com, jesignexpert.com…) a un rôle à jouer dans l’accompagnement et la sensibilisation des petits cabinets aux nouvelles technologies et ce au service de l’économie. Qui aurait envie aujourd’hui de revenir aux calculs à la main ? L’Intelligence artificielle, c’est le progrès et il n’y a aucune inquiétude à avoir sur l’avenir. Nous devons nous experts-comptables nous adapter et même être proactifs dans ce domaine, nous n’avons pas d’autre choix. Le Conseil national de l’ordre doit aussi garantir l’indépendance numérique dans la gestion de la DATA, la fiabilité des plateformes et la lutte contre la fraude. Je suis un éternel optimiste : non seulement la profession est utile et indispensable mais elle le sera encore plus dans une société de plus en plus complexe.

Autre priorité : l’importance donnée à la territorialité et à la proximité. La force de la profession est son maillage territorial. Étant provincial, je suis moi-même le visage de la proximité. À l’heure de la réforme territoriale, les citoyens ont eu le sentiment d’un éloignement des lieux de décisions. Il faut être au service des professionnels au plus près des territoires. Enfin dernier axe et non des moindres : le lobbying dans sa notion de défense de la profession, de son mode d’exercice à la française et de son utilité sur le plan macro-économique par la garantie des politiques publiques. Nous devons parvenir à une vraie relation de partenariat avec les pouvoirs publics.

Comment se porte globalement la profession ? Et quel est le moral des professionnels ?

Économiquement, la profession est plutôt en croissance ces dernières années avec aujourd’hui plus de 20.000 experts-comptables employant 130.000 collaborateurs. Mais les conditions d’exercice sont compliquées avec des tensions sur la rentabilité des cabinets. La charge de travail est toujours plus importante car, comme je l’ai dit précédemment, nous vivons une période de mutation technologique, de transition. Il y a dans certains cabinets des difficultés à se projeter dans l’avenir. Cela génère de l’angoisse et même des cas de burn-out et les clients sont de plus en plus en attente. Notre métier est historiquement un métier de technicien que l’on doit conserver mais nous devons aussi évoluer vers le conseil. Nous devons aussi développer nos “soft skills”, nos savoir-être relationnels. Nous devons enfin être en pointe sur la RSE au sein des cabinets car nous serons aussi chargés de rendre compte des performances environnementales des entreprises. A nous d’être à la hauteur pour surmonter ces défis et nous le serons.

Vous êtes président depuis bientôt cinq ans de l’Ordre aquitain. Quel bilan faites-vous de votre action ?

D’abord ma fierté est d’avoir fait aboutir un certain nombre de procédures judiciaires contre des professionnels récalcitrants ou des illégaux : au moins une dizaine de décisions de justice en notre faveur jusqu’à des condamnations à de la prison ferme. L’ordre doit faire respecter la profession et ses règles au service des clients. Nous devons être intransigeants sur l’éthique et nous sommes fiers de contribuer au maintien des compétences à l’occasion des journées autour des lois de finances que nous organisons à Bordeaux, Agen, Pau, Mont-de-Marsan… Je retiendrai aussi depuis cinq ans des assemblées générales couronnées de succès avec des conférenciers de haut niveau en région ex-Aquitaine, la qualité des thèmes abordés autour des nouveaux métiers de l’expertise-comptable. Notre université d’été 2018 à San Sebastian a été aussi un temps fort. Sous mon mandat, nous sommes passés à moins de 1.000 à 1.700 experts-comptables pour la Nouvelle-Aquitaine .

Quels seront les temps forts de la profession en 2020 ?

N D’abord, notre assemblée générale qui consacrera la création d’un conseil régional de l’ordre unique pour la Nouvelle-Aquitaine regroupant Limousin, Poitou-Charentes et Aquitaine : elle aura lieu le 10 juillet au Château Soutard à Saint-Emilion. Le congrès national des experts-comptables se tiendra à Bordeaux du 30 septembre au 2 octobre 2020, j’y vois là un signe… Nous attendons plus de 5.000 professionnels et en tant que président régional, j’ouvrirai le congrès sur le thème : Management, Marketing et Marque Experts-Comptables. Un clin d’œil aux 3 M de Bordeaux célèbres : Montaigne, Montesquieu et Mauriac. Les retombées économiques seront bien sûr importantes pour la ville et la Gironde.

Quel regard portez-vous sur la politique économique du gouvernement ? Estimez-vous que les mesures prises depuis 2017 vont dans le bon sens en faveur des entreprises ? Quelles pistes proposez-vous ?

N Parmi les mesures gouvernementales qui sont en faveur des entreprises, nous pouvons saluer la baisse progressive de l’impôt sur les sociétés ainsi que le système d’imposition de la distribution des dividendes avec la “flat tax” à taux unique de 30 % incluant l’impôt sur le revenu et la CSG. Ces deux dispositifs sont de nature à favoriser le développement économique des entreprises. Pour autant, de mon point de vue, ces mesures sont encore insuffisantes. Je préconise, par exemple, une baisse des impôts de production actuellement appliqués aux entreprises et la mise en place de dispositifs qui incitent à leur recapitalisation. Réduire les distributions de dividendes en affectant les bénéfices en réserves permettrait de consolider la structure financière du bilan des entreprises. Parmi les solutions, pourquoi ne pas envisager une exonération des bénéfices conservés en réserves et non distribués aux actionnaires pour récompenser cet effort d’investissement ? D’une manière générale, je suis favorable à toutes les dispositions et à tous les dispositifs qui auront pour effet d’alléger la pression fiscale sur les entreprises qui est particulièrement élevée en France.

Quel est votre sentiment sur la réforme des retraites ?

Le régime actuel des retraites repose sur un système par répartition, c’est-à- dire que les actifs d’aujourd’hui payent les pensions des retraités d’aujourd’hui. Si en 1960, il y avait quatre cotisants pour un retraité, aujourd’hui il y a 1,7 cotisant par retraité. La tendance pour les années à venir est à la baisse. Le sujet doit donc être traité dès aujourd’hui. Cependant, la réforme des retraites telle qu’elle est envisagée repose sur une vision de société. L’objectif est de créer un régime universel collectiviste qui remplacerait les 41 régimes actuellement existants. Aujourd’hui, parmi ces 41 régimes tous ceux qui sont déficitaires dépendent de l’Etat. Les autres, qui sont bénéficiaires car bien gérés, dépendent des professions salariées et cadres du secteur privé ainsi que des professions libérales. Le but de cette réforme est de gommer les singularités des régimes spéciaux pour combler le déficit de l’Etat. Or, le Gouvernement créé un amalgame en assimilant les régimes spéciaux avec les régimes autonomes adaptés aux spécificités des professions concernées et qui sont excédentaires car ils ont bénéficié d’une gestion rigoureuse depuis leur création. En somme, cette réforme a pour vocation de combler des déficits générés par des régimes spéciaux mal gérés par l’Etat avec les excédents de régimes autonomes dont le fonctionnement est vertueux. C’est le cas, pour citer l’exemple que je connais le mieux, pour le régime de retraite des experts-comptables. Intégrer ces régimes autonomes dans le régime universel envisagé conduirait à une augmentation des cotisations des actifs et à une baisse simultanée des pensions reversées aux retraités de ces professions. Cette conséquence serait contraire à l’annonce du Gouverne- ment qui s’est engagé à ne pas augmenter les cotisations tout en réduisant les droits. C’est la raison pour laquelle, je suis totalement opposé à la réforme telle qu’elle est proposée et que je m’associe entièrement au groupement SOS retraites des professions libérales et à leurs revendications.

Propos recueillis par Vincent Rousset (La Vie Économique) pour RésoHebdoEco

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