Christophe DelquéVoler au secours de l’aéro

Après avoir passé plus d’une décennie chez Ratier-Figeac pour piloter des transferts d’activité à l’étranger et gérer une unité de production au Maroc, il se consacre désormais à l’écosystème aéronautique français en tant que DG de Space Aero.

Après un saut furtif dans le monde agricole dans lequel il a acquis la valeur du travail, notamment auprès des chevaux, pendant ses jeunes années, Christophe Delqué s’est plongé pendant 13 ans dans le domaine aéronautique. Une carrière sans fausse note qui l’a conduit à prendre la direction générale de l’association Space Aero en novembre 2019 (succédant à Christophe Cabaret qui a fait valoir ses droits à la retraite), le début des turbulences pour le secteur. L’association, forte de 150 membres dans l’ensemble de l’Hexagone, propose une kyrielle de services visant à améliorer la performance industrielle et la compétitivité au sein principalement de la supply-chain de l’industrie aéronautique civile et depuis deux ans de l’industrie spatiale.

À l’aube de la quarantaine, le nouveau visage de l’association, qui a monté des paliers au sein du groupe Ratier-Figeac, a fait le choix de quitter les process industriels en vue d’accompagner la filière dans sa globalité. L’ancien directeur général du groupe lotois a récemment revu sa copie après la pandémie qui a particulièrement secoué le secteur, lequel compte aujourd’hui 40 000 emplois menacés en Occitanie. Alors que l’activité 2019 battait son plein constituant une année record pour l’aéronautique, avec un carnet de commandes de 7 500 avions à fournir, l’arrêt du transport aérien a mis le secteur genou à terre dont les 450 équipementiers de la région et leurs     94 500 salariés : Baisse des cadences de production, effondrement des commandes, machines à l’arrêt… le silence dans le paysage aéronautique est devenu assourdissant. « Si avant la crise, la priorité était d’attirer les jeunes talents dans notre industrie pour augmenter la cadence et ainsi répondre aux montées en charge, aujourd’hui, elle est d’une tout autre nature. La question est notamment de savoir comment gérer ce trou d’air, conserver les talents et amorcer le redémarrage pour que les acteurs français restent compétitifs et répondent aux attentes concernant les challenges environnementaux, notamment avec des matériaux plus verts, la diminution de l’empreinte carbone, etc. Les entreprises n’ont pas d’autre choix que d’être inventives et avec la crise, ces changements sont d’autant plus attendus. On doit travailler de front sur la performance écologique et économique », avance le DG de l’association. Un travail de longue haleine attend ainsi l’ensemble de l’écosystème pour amortir le choc de la crise sanitaire et retrouver une croissance dynamique. Tandis que les traces blanches ne se dessinent plus à l’horizon, les avions restant pour la plupart cloués sur le tarmac, Christophe Delqué affirme « qu’il est primordial de redéfinir un paysage aéronautique adapté à une charge plus faible sur les deux prochaines années ».

L’association blagnacaise, créée en 2007 par les grands donneurs d’ordre de la filière pour améliorer notamment l’efficacité des entreprises sous-traitantes — les projets d’amélioration, s’appuyant sur l’utilisation et la diffusion au sein de la communauté d’outils standards — voit son existence confortée par le récent plan de sou- tien gouvernemental, qui débloque 300 M€ pour la modernisation de l’outil industriel de la supply-chain. Space Aero, véritable carrefour entre les donneurs d’ordre, les partenaires et la filière, entend bien poursuivre l’accompagnement des entreprises. « Bien que le plan gouvernemental global doté de 15 Mds€ rassure l’écosystème, reste à savoir comment ce plan va se concrétiser. Nous souhaitons ainsi devenir un acteur de la relance. L’association a vocation à aiguiller les entreprises, par exemple, aider celles qui deviendront partenaires pour gagner des parts de marché, ou celles qui réalisent un transfert d’activité, l’objectif étant de rationaliser la production. Dans cet environnement fortement perturbé, il faut à tout prix garantir la qualité de la production auprès des donneurs d’ordre », souligne le dirigeant.

Parmi les priorités fléchées par Christophe Delqué, figure en haut de la liste, la transformation numérique des entreprises, un objectif au cœur du programme « Industrie du futur », commencé en septembre 2019, sur lequel Space Aero planche pour le compte du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas). « Un des leviers de croissance des industries aéronautiques françaises et de leur compétitivité est sans aucun doute la digitalisation, affirme-t-il. Face aux pays émergents qui réalisent du best cost et qui sont à la pointe du 4.0, la France a encore des efforts à faire. La numérisation n’est pas suffisamment généralisée et approfondie au sein des entreprises, notamment les PME, qui ont besoin d’être accompagnées dans leur maturité digitale ». Afin que le numérique devienne la clé de voûte de l’innovation, une cinquantaine d’experts en process industriels tels que des technologues étoffent le réseau de l’association en vue de soutenir 300 entreprises dans leur transformation, jusqu’en 2021. Pour l’heure, 80 actions engagées reprennent doucement après l’arrêt dû au confinement. Ce programme succède au programme « Performances industrielles » achevé en avril, qui s’est déroulé en deux temps. Au total, 400 entreprises de la supply-chain ont été soutenues « tout d’abord pour accélérer les cadences et garantir le niveau de qualité. » La deuxième partie du plan a porté davantage sur « l’amélioration de la logistique et une meilleure communication entre les donneurs d’ordre et les industriels. »

Autre priorité que le quadragénaire garde dans le viseur après les récentes secousses : l’accompagnement des entreprises sur de nouvelles thématiques de formation à savoir préserver la trésorerie, réduire le besoin en fonds de roulement en travaillant sur l’accélération des flux, revoir le positionnement industriel, etc. « La performance industrielle améliore la performance de l’économie », souligne ce passionné.

Diplômé de l’Insa, Christophe Delqué n’était pas voué à emprunter la voie des airs. Peu motivé par l’école, il remporte pourtant une jolie mention à son Bac science et technologique, ce qui, de fil en aiguille, le pousse vers des études. « C’était surtout la volonté de mes professeurs et de mes parents, respectivement chauffeur de bus et secrétaire de direction » : après un bref passage en maths sup, il intègre un IUT en génie mécanique, puis un IUP, avant d’intégrer l’Insa. Sa passion pour le secteur aéro naît véritablement lors de sa rencontre avec l’équipementier Ratier-Figeac, où il réalise son stage de fin d’études. Une histoire d’amour qui durera plus de 10 ans. « J’ai d’abord amélioré la gestion des retours clients. Six mois après mon diplôme, le groupe m’a rappelé pour piloter des projets de transfert d’activité qui démarraient. » Pendant trois ans, il devient alors chef de projet pour exécuter les transferts et externaliser le savoir-faire chez des fournisseurs basés au Vietnam et au Maroc. «Nous étions un support technique pour former les salariés et les accompagner dans la production d’équipements ». Celui qui n’avait pas quitté jusqu’alors la banlieue toulousaine prend goût au voyage, et réussit le challenge en améliorant les processus. En 2011, il est propulsé chef de projet pour l’ implantation d’une unité de production au Maroc, un projet à hauteur de 15 M€. « J’ai piloté la création du site à Casablanca, passant de zéro à 120 employés, en m’appuyant sur la supply-chain locale, et en faisant monter en compétence les équipes pour que le site soit autonome auprès du client Airbus. Une de mes problématiques était le management interculturel, et l’application d’un standard international, la PME étant dans le giron d’un groupe américain, à un environnement davantage axé start-up». Puis de 2015 à 2019, il s’installe avec sa famille au Maroc, son pays de cœur, prenant les rênes du site dédié à l’assemblage final et au test d’équipements de cockpit et de cabine. En parallèle, il devient administrateur du Groupement des industries marocaines de l’aéronautique et du spatial (GIMAS) avant d’accéder au titre de vice-président en 2017. « Une des missions était d’aller chercher des talents marocains et de proposer des formations. Aussi, j’ai créé des cercles de travail pour apporter de meilleures pratiques RH et identifier les chaînons manquants dans la supply-chain. De plus, j’ai coopéré avec le gouvernement pour renforcer les capacités de la supply-chain et adapter   l’environnement légal dans le cadre du plan d’accélération industriel du Maroc. Enfin, j’ai été l’initiateur de « BeMax », inspiré du projet français « Performance Industrielle ». C’est dans ce contexte que j’ai connu Space Aero », explique-t-il.

De retour en France pour démarrer un nouveau chapitre de sa vie, Christophe Delqué décide alors de contribuer à l’aventure de l’écosystème aéronautique français. Si aujourd’hui, sa consolidation est bien engagée, le DG est convaincu que l’avenir passe aussi par la régionalisation de la production. « L’unité de temps et l’unité culturelle ont déjà fait leur preuve. Aussi, favoriser un équilibre vertueux avec des coproductions en axant sur le best cost et le transfert de savoir-faire est un moyen de relancer la machine », conclut-il.

Parcours

1981 Naissance à Toulouse
2006-2007 Diplômé de l’Insa, il rejoint six mois plus tard la PME Ratier-Figeac en tant que chef de projet pour piloter les transferts d’activité au Maroc et au Vietnam (dans laquelle il a réalisé son stage de fin d’études)
2011 Devient chef de projet pour l’implantation d’une unité de production au Maroc
2014 Intègre le GIMAS et en devient vice-président en 2017
2015 Devient directeur général du site Ratier-Figeac à Casablanca
2019 Intègre l’association Space Aero et en en devient le directeur général
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