Marc BessolesUne santé de fer

Ancien fondateur de Biowintech Sas et précèdemment manager au sein de la SATT AxLR à Montpellier, il a été nommé en septembre, directeur délégué Occitanie du pôle Eurobiomed. Il nous livre sa vision du dynamisme de la filière santé en région.

Si Marc Bessoles a réalisé un parcours sans faute dans le secteur de la santé, il aime pourtant faire sien, l’adage « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Ce quadra au profil discret, ancien fondateur de Biowintech SAS – une start-up spécialisée dans les dispositifs médicaux implantables – et précédemment manager au sein de la SATT AxLR, une société d’accélération du transfert de technologie à Montpellier, a été nommé en septembre dernier, directeur délégué Occitanie du pôle Eurobiomed, afin de renforcer la présence du pôle en Occitanie, aux côtés de la directrice générale du pôle, Émilie Royère. Un nouveau poste taillé pour lui et pour lequel il n’a pas hésité à foncer. « J’ai été résolument convaincu par l’ambition du pôle et la volonté d’élargir sa force de frappe en région. J’ai été séduit par la vision 360° de la filière santé passant de la sphère publique à la sphère privée et ainsi que par la possibilité de comprendre tous les maillons de la chaîne de valeur du médical. De plus, c’est un grand challenge d’être au plus près des entreprises et d’identifier leurs besoins. » 

Eurobiomed, pôle de compétitivité du Sud de la France dédié aux technologies de santé, a été fondé en 2009 par l’ensemble des acteurs de la filière santé des régions Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie. Il regroupe actuellement un écosystème de plus de 400 acteurs industriels, grands comptes, PME, start-up, laboratoires de recherches et universités qui travaillent de concert en vue de développer et commercialiser des produits et services innovants. Malgré la crise, Marc Bessoles reste résolument serein quant à l’avenir du pôle. « L’un des objectifs est d’atteindre 500 membres d’ici 2022 afin de devenir le leader européen de l’accompagnement des PME de la healthtech et amplifier notre implantation au cœur de Toulouse et Montpellier », avance le dirigeant. 

Parmi ses nouvelles missions au sein du pôle, Marc Bessoles entend renforcer le réseau des acteurs de la santé mais surtout être au plus près des entreprises, les membres rencontrant de plus en plus de difficultés de trésorerie liées à la crise sanitaire. « 10 à 20 % des entreprises sont potentiellement en difficulté. Il s’agit notamment des sous-traitants pharmaceutiques qui voient leurs carnets de commandes largement affectés, leur activité étant au point mort, contrairement aux entreprises du digital santé, notamment dans la téléconsultation et télé-expertise, qui sortent largement gagnantes de la pandémie, avec des croissances fortes. C’est en 2021 que certains acteurs vont donc ressentir de plein fouet les effets de la crise sanitaire. C’est maintenant que nous devons plus que jamais les accompagner et les orienter vers les financements et leur apporter des solutions concernant d’autres problématiques du quotidien. » Si la solution miracle n’existe pas, l’accompagnement reste primordial. C’est ce à quoi s’engage globalement le pôle qui, depuis sa création, a labélisé et financé plus de 310 projets, représentant 1 Md€ d’investissements cumulés. « Nous proposons une offre de service avec un premier volet dédié à la R & D. C’est une composante essentielle du pôle qui comprend une mise en relation et une animation du réseau. Le deuxième volet vise la croissance des entreprises, à savoir l’obtention des levées de fonds, la réglementation du marquage CE, la commercialisation et l’industrialisation, détaille-t-il. Je m’attache également à promouvoir les membres adhérents, à soutenir le dynamisme des territoires à travers des projets innovants et à animer la filière santé auprès des institutionnels et des pouvoirs publics afin de travailler conjointement sur la stratégie de la filière en région Occitanie, première pourvoyeuse d’emplois à l’échelle régionale. » 

Actuellement sous les feux des projecteurs, le domaine de la santé est plus que jamais mobilisé, fragilisé et en même temps très attendu sur les enjeux à venir. Dans le cadre de sa feuille de route 2019-2022, le pôle vise à consolider sa notoriété à travers quatre axes, dont notamment celui de rétablir la souveraineté technologique et sanitaire en accélérant le développement de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé et la structuration d’une filière de la bioproduction en région. « Par extension, les bio-thérapies représentent un enjeu majeur à l’échelle régionale mais aussi nationale. L’Occitanie a une carte à jouer dans ce domaine. Bien au-delà de la recherche et la conception de biomédicaments, nous souhaitons appuyer la production notamment autour de Toulouse. » Autre sujet d’actualité, la crise conduit à se questionner sur la place du diagnostic médical. « Sur ce sujet, nous sommes en avance, assure-t-il. Le diagnostic du bassin montpelliérain est le plus efficient de France, qui elle-même, se positionne dans le top 3 au niveau européen. » Si les entrepreneurs préfèrent cependant rester en terrain connu selon leur activité et que la prise de risque est moins à l’ordre du jour, la filière reste dynamique, selon le directeur délégué. 

Diplômé d’un MS Finance d’HEC Paris et d’un MBA de la Montpellier Business School, Marc Bessoles a toujours eu la volonté de pratiquer un métier « qui apporte à l’autre » et de donner du sens à une enfance rythmée par le handicap de sa mère. Ce natif de Béville-le-Comte, (Eure-et-Loir), né d’un père entrepreneur dans l’immobilier et la finance, a grandi plus vite que ses camarades et s’est naturellement tourné vers le domaine de la santé. « Le handicap de ma mère m’a sensibilisé à l’univers médical ». Cartésien dans l’âme, passionné par les mathématiques, la physique et les sciences sociales depuis son adolescence, la carrière de ce parisien et montpelliérain d’adoption a particulièrement été ponctuée par la culture du résultat. « J’ai toujours atteint mes objectifs, c’est un fil rouge de ma carrière. Je suis très axé sur la notion du résultat, le reste n’est pour moi que fioriture », souffle-t-il. 

Après son premier diplôme en poche, il intègre en 2004 l’industrie pharmaceutique au sein du laboratoire Bausch et Lomb Valeant Pharmaceuticals, leader mondial en ophtalmologie, dans lequel il exercera différentes fonctions. « Mon premier poste en tant que commercial comptes clés m’a fait grandir. J’ai baigné dans un modèle où il fallait accepter la culture des codes et comprendre des rouages. » Il évolue ensuite en tant que directeur des partenariats stratégiques sur l’Europe Centrale de 2007 à 2010. « Il y avait un challenge financier et stratégique que j’affectionnais particulièrement dans ce poste. Je planchais sur les synergies de portefeuilles produits ou d’entreprises pour lesquelles j’ai obtenu de bons résultats ». Il prend un peu plus de hauteur, au poste de country manager en Afrique et Moyen-Orient pendant quatre ans. C’est à ce moment-là qu’il quitte la Capitale pour poser ses valises à Montpellier. « Je devais, entre autres, gérer des équipes à Montpellier, être sur place était indispensable. Pendant cette période, je chapeautais également de nombreuses antennes sur le continent africain. Je n’ai jamais autant appris sur la diversité des cultures, des méthodes de travail, mais aussi sur les différences interpersonnelles et les négociations, se souvient-il. J’étais fasciné notamment par les méthodes de travail en Égypte et au Kenya où les équipes parvenaient à atteindre un équilibre, ou un résultat, en partant d’un fonctionnement totalement désorganisé. C’est comme réussir un gâteau en ne suivant aucune recette. » 

Suite à un plan social, il rejoint en 2014 la SATT AxLR en tant que business développer. « Mon objectif était de développer, via des équipes académiques, des projets innovants en biotech, en e-santé, en science de l’ingénieur, de propulser des brevets ou technologies que nous transférions à des donneurs d’ordres ou start-up ». Bourreau de travail, il devient, en parallèle, fondateur et directeur associé de Biowintech SAS (Paris) une start-up spécialisée dans les dispositifs médicaux implantables, jusqu’en 2018. « Ma plus grande fierté a été de signer un partenariat en R & D, avec un laboratoire européen réfèrent, spécialisé en ophtalmologie, qui a confirmé notre innovation de rupture dans la prise en charge des effets secondaires post-chirurgicaux, lors de la pose d’un implant intra-oculaire pour soigner la cataracte, l’une des principales causes de cécité dans le monde. Par ailleurs, cette expérience entrepreneuriale est sans nul doute une des plus formatrices de ma carrière, sans oublier l’importance de l’aventure humaine que constitue un projet de start-up. Elle m’a permis de développer mon savoir-faire dans la levée de fonds, l’écriture d’un business plan, mais aussi la communication auprès des financeurs publics comme privés. Des compéténces stratégiques que je partage aujourd’hui avec les membres du pôle Eurobiomed », souligne-t-il. 

Faire évoluer la filière santé en région est au centre des préoccupations de Marc Bessoles. Quid de l’avenir du secteur ? « L’avenir de la santé s’écrit à l’horizon de cinq ans, avec la chirurgie à distance, les robots chirurgiens, les jumeaux numérique médicaux dans la formation aux praticiens, la médecine prédictive assise sur l’intelligence artificielle et le big data mais aussi avec la biothérapie ouvrant le champ à une nouvelle génération de médicaments. L’avènement du digital en santé, accéléré par la crise sanitaire, amène également une nouvelle articulation entre la médecine de ville, les centres hospitaliers et le secteur médico-social. La crise sanitaire a eu au moins un effet positif : remettre la santé au cœur des politiques publiques et augmenter les enveloppes d’investissement public », conclut ce quadra, qui en parallèle d’un agenda bien rempli, s’adonne au cyclisme « ayant toujours communié avec la nature », et conserve une passion pour l’art moderne au sein de l’association montpelliéraine LineUp, en propulsant des artistes sur la scène nationale. « Cela fait dix ans que je collabore avec des artistes principalement issus des cultures urbaines et des arts graphiques pour les faire connaître au grand public, dont, par exemple, l’artiste HIEN qui transmet des messages écologiques. » Propulser des initiatives et des innovations, est, sans nul doute, le combat de Marc Bessoles. Posant un regard optimiste vers un horizon encore embrumé, la crise n’a aucunement entaché sa vision.

Parcours

1980 Naissance à Clamart (92)
2004 Débute sa carrière professionnelle au sein du laboratoire Bausch et Lomb Valeant Pharmaceuticals comme commercial comptes clés, avant de devenir directeur des
partenariats stratégiques sur l'Europe Centrale puis d‘accèder au poste de country manager en Afrique et Moyen-Orient
2013 Fonde la start-up Biowintech SAS et devient directeur associé
2014 Intègre la SATT AxLR, société d'accélération du transfert de technologie basée à Montpellier en tant que business developper
2020 Devient directeur délégué Occitanie du pôle Eurobiomed
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