Pierre MarchalUne pierre à l’édifice

Le directeur général du Groupe des Chalets a trouvé chez le bailleur social une manière d’élévation.

Alors que beaucoup d’entreprises ont fait le dos rond l’an dernier, d’autres, comme le Groupe des Chalets, ont continué d’avancer. C’est en effet en pleine crise du Covid, que le bailleur social toulousain a lancé sa première campagne d’actionnariat salarié. Une opération récompensée en début d’année par le coup de cœur du jury du Grand prix FAS de l’actionnariat salarié. « Cela n’a pas été simple », reconnaît Pierre Marchal, directeur général du groupe des Chalets. Mais les résultats sont là : la moitié des 270 collaborateurs du groupe a souscrit à l’offre. Un nouveau motif de satisfaction pour cet homme pudique et discret qui a rejoint en 2006 ce groupe fondé en 1949 et dont l’actionnaire majoritaire est aujourd’hui le Conseil départemental de la Haute-Garonne. Le groupe gère aujourd’hui près de 16 000 logements locatifs et produit de l’ordre de 700 logements par an dont 200 en location-accession.

Né à Albi, dans une famille de la classe moyenne, Pierre Marchal a enchaîné les classes prépa scientifiques à Toulouse puis l’école spéciale des travaux publics de Paris. Une appétence particulière pour les sciences ? Pas vraiment admet-il : « Tout me plaisait. J’ai commencé par les sciences dures et ce parcours dans les TP, avec l’idée de le compléter par une formation en sciences humaines ou en sciences économiques. Mais après l’obtention de mon diplôme d’ingénieur, j’ai finalement souhaité intégrer la vie active ». Tout au plus le quadra admet-il que « l’acte de construire m’a toujours attiré, avec cette problématique : comment passe-t-on de l’idée au concret ? L’acte de création en somme, même si je ne suis pas un artiste », s’amuse-t-il.

Le reste du parcours professionnel de Pierre Marchal est, comme pour beaucoup, le fait de rencontres. Notamment avec des dirigeants de Kaufman & Broad, le promoteur privé où il découvre, à l’occasion d’un stage en deuxième puis en troisième année, « un métier, l’acte de construire des logements ». Diplôme en poche, Pierre Marchal rejoint le groupe immobilier. Basé à Paris puis à Toulouse, il travaille sur des programmes à Nice, Bordeaux, Montpellier et dans la Ville rose… comme responsable de projet. L’occasion pour lui de quelques belles prises de risques, comme celle d’engager la construction de ce groupe d’immeubles emblématique du quai de la Chaussée, le long des allées Paul Feuga, qui en 13 ans « n’a pas pris une ride ». Une marque aussi de la confiance que ses dirigeants lui témoignent.

C’est une autre rencontre, qui a poussé Pierre Marchal à quitter la promotion privée pour rejoindre un bailleur social, une conséquence inattendue de la loi SRU « qui a contraint les uns et les autres à travailler ensemble », explique-t-il. Au milieu des années 2000, il fait en effet la connaissance de Bertrand Bourrus, directeur général du Groupe des Chalets à l’époque, récemment disparu. Cet humaniste, qui la retraite venue, avait pris la présidence du Comité ouvrier du logement (Col), était très engagé dans le domaine du logement social. Des valeurs qui parlent au quadra.

« C’est le sens qu’il y a derrière l’acte de construire, explique-t-il, notamment les valeurs de solidarité. L’immobilier coûte de plus en plus cher. L’idée, c’est d’essayer d’apporter des solutions alternatives qui s’adressent au plus grand nombre. » Ainsi explique-t-il, « chez un bailleur social, le champ d’intervention est très large. Cela ne s’arrête pas à l’acte de construire, au fait de bâtir un produit physique et financier. Par rapport à un bailleur privé, l’inscription dans le temps n’est donc pas la même. On essaie de se projeter à long terme, ce qui change complètement la relation et nous conduit à aborder des domaines complètement différents : il nous faut comprendre comment les hommes vivent, comment on vit en société. Un bailleur social participe à cette création de valeur sociale globale. » Aussi ajoute-t-il, bien « plus qu’un producteur de biens immobiliers, nous accompagnons les habitants dans leur quotidien, et avec le milieu associatif, nous essayons également d’apporter des solutions d’hébergement et d’accompagnement des différents publics, qu’il s’agisse de personnes en situation de handicap, de personnes âgées, etc. On participe réellement à une action politique au sens étymologique du terme : on fait partie de la cité. »

Cette autre manière « d’apporter sa pierre à l’édifice », c’est ce qui motive aujourd’hui Pierre Marchal. L’homme, qui multiplie les casquettes – il est aussi DG du GIE Garonne Développement et de la Coopérative de la Haute-Garonne –, l’assure : « l’humain au cœur de l’habitat, (la baseline du groupe, NDLR), n’est pas qu’un slogan ». Pour preuve, les 7 000 appels passés par les collaborateurs du groupe l’an dernier pour prendre des nouvelles de ses seniors locataires. « Cela a créé des liens forts entre les collaborateurs et nos habitants », résume-t-il. Être à l’écoute, c’est un de ses mantras. « Tout le monde ne vit pas la ville de la même façon. Il n’y a pas de réponse standard », affirme-t-il. D’où son engagement fort en faveur de l’habitat participatif. Sept de ces projets coconstruits avec les futurs habitants ont été réalisés ou sont en cours, soit plus de 200 logements au total.

Comment faire en sorte que tout le monde trouve sa place ? Le DG des Chalets a trouvé des éléments de réponse dans le nouveau dispositif du bail réel solidaire qui s’appuie sur la dissociation du foncier et du bâti et qui permet de faire baisser le montant d’acquisition de près de 30 %. Une voie dans laquelle peu d’acteurs se sont pour l’instant engagés mais auquel Pierre Marchal croit fermement : six programmes sont déjà en cours de commercialisation. Cet engagement en faveur de tous les publics a aussi été salué l’an dernier par un trophée de la construction venu récompensé L’Annexe, une résidence étudiante originale puisque fruit de la rénovation des anciens locaux de la MSA, sur les allées de Brienne. Innover, c’est l’autre leitmotiv de Pierre Marchal qui aime citer aussi ce projet d’Agriparc des berges de l’Hers, lauréat du concours Dessine moi Toulouse ou celui qui verra le jour d’ici 2023 à Saint-Martin du Touch et « qui rassemble tous nos savoir-faire : du logement locatif social, du logement pour les seniors, une partie accession à la propriété, une crèche, un jardin partagé et une pension de famille avec une présence quotidienne, pour créer de l’interactivité entre les générations, bref une résidence ouverte sur le quartier », assure Pierre Marchal. Un modèle du genre.

Parcours

1976 Naissance à Albi
1999 Obtient un diplôme d’ingénieur de l’École spéciale des travaux publics et intègre les équipes du promoteur Kaufman & Broad
2006 Rejoint le Groupe des Chalets pour créer le service Développement et Aménagement
2016 Nommé directeur général adjoint du GIE Garonne Développement
2017 Devient directeur général de la SCIC de la Haute-Garonne, coopérative en charge des opérations d’accession à la propriété au sein du groupe
2019 Prend la direction générale du groupe
2021 Le Groupe des Chalets remporte le coup de cœur du jury du Grand prix FAS de l’actionnariat salarié
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