Hervé FortUne carrière au service du client

Hervé Fort, directeur général de la Compagnie hôtelière du Grand Est.

Riche de réussites professionnelles dans les secteurs de l’automobile, le matériel électronique haut de gamme et l’hôtellerie-restauration, Hervé Fort a fait de la relation client, le fil rouge de sa carrière.

À l’origine, rien ne prédestinait Hervé Fort, aujourd’hui directeur général de la compagnie hôtelière du Grand Est, propriété du groupe rémois Pingat, à prendre la tête de
plusieurs groupes de centaines de salariés au fil de sa carrière. Ce fils d’auvergnat, dont il a hérité le sens de la ténacité, a grandi « entouré de femmes, mère, tantes, grands-mères ». Après avoir été appelé sous les drapeaux à Metz, au sein de l’armée de l’air à 18 ans, il revient sur ses terres natales et apprend qu’il va devenir papa… à 19 ans. Sans aucun doute, un des moments fondateurs de son parcours. « Je suis né le jour où ma fille m’a appelé papa », avoue-t-il, non sans émotion. C’est donc avec cette responsabilité brutale qu’il fait son entrée dans la vie d’adulte. Un peu comme dans la chanson de Brassens, c’est grâce aux rencontres et aux gens qui lui font confiance qu’il trouve son premier emploi stable. « Je suis embauché comme prospecteur par une concession automobile, à 21 ans. Pour le dire simplement, je tire les sonnettes, je vais chez les gens pour faire connaître la marque et vendre des voitures. Je me plais bien dans cet univers qui m’est alors inconnu. » Six années passent, où Hervé Fort apprend toutes les facettes du métier de commercial, puis, à l’âge de 27 ans, il a des envies d’ailleurs, de liberté, d’aventure. Il monte alors à Paris en répondant à une annonce de la marque Mercedes qui cherche des vendeurs pour son show-room à deux pas du Trocadero. Lui, le fils d’ouvrière chez Michelin, côtoie d’un seul coup les hommes et femmes de la bourgeoisie parisienne. « Je voulais vivre et découvrir tout ce que je ne connaissais pas », livre celui qui franchit un à un les échelons, passant de vendeur, à chef des ventes puis directeur de concession.

DE L’AUTOMOBILE AU MATÉRIEL AUDIO

En 1998, il est chassé pour intégrer le groupe danois Bang & Olufsen, société spécialisée dans les produits audio haut de gamme comme directeur général adjoint. « J’arrive à un moment où le groupe décide de changer de stratégie. Alors que les produits sont distribués dans plus de 150 points de ventes, l’idée est de quitter cet univers de la multidistribution pour créer notre propre réseau de distribution avec des enseignes Bang & Olufsen », explique Hervé Fort. Sa première mission est alors de faire le tour des réseaux et de rencontrer ceux qui peuvent reprendre des boutiques. « Toujours dans la volonté de m’entourer de personnes avec lesquelles je partage des valeurs, qui ont la même vision du métier, je sélectionne dix vendeurs pour les former et ensuite leur proposer de prendre la tête d’un magasin. » Concrètement, la marque acquiert des boutiques, paye les loyers et fournit le matériel. Au bout de trois années, la mise en place effectuée, le vendeur peut racheter le magasin et devenir son propre patron.

Par ce type d’action, Hervé Fort veut perpétuer la main qui lui a été tendue au fil des ans par les personnes qui lui ont fait confiance. « Ce qui m’intéresse dans la vente, c’est la notion de service et la proximité avec le client. Il faut lui montrer qu’on le connaît et que l’on est attentif à ses besoins. » Et dans le monde parisien bouillonnant, le client apprécie que l’on s’intéresse à lui. « Chez Bang & Olufsen, nous avons développé toute une identité, non seulement des produits, mais aussi dans le service après-vente. On a développé une véritable école de formation des vendeurs. Quand vous habitez dans le 7e ou dans le 16e arrondissement avec un parquet à la française, vous n’avez pas envie que le livreur et l’installateur de matériel viennent abimer votre sol avec des chaussures sales. On avait alors créé des patins au logo de la marque. C’est un exemple de l’attention que l’on portait au client », se plait-il à se remémorer. Ce souci du détail, il l’applique dans chacun des postes qu’il a occupés, soulignant : « L’expérience de vente doit être plus forte que la vente elle-même. » Après six années intenses, c’est de nouveau du côté du secteur automobile qu’Hervé Fort écrit une nouvelle page de sa carrière, en entrant en 2003 chez le numéro 1 de la distribution automobile, l’Anglais Inchcape.

À LA TÊTE D’UNE ENTREPRISE DE 600 SALARIÉS

L’entreprise de 600 salariés et aux 300 millions d’euros de chiffre d’affaires, cherche un président France. Le poste combine en quelque sorte les deux précédentes expériences de celui qui côtoie dorénavant les hautes sphères du monde de l’entreprise. « C’était une expérience très enrichissante mais aussi très complexe », confie-t-il. Pour cela, il applique toujours la même recette en s’entourant d’une équipe qu’il choisit et sur laquelle il s’appuie, grâce à un « management participatif ». Il instaure un « cercle de l’excellence » avec d’autres marques haut de gamme telles que Roche Bobois ou Leica dans une sorte de « bon sens commercial ».

L’aventure dure jusqu’en 2008, le groupe Inchcape souhaitant dorénavant concentrer son énergie sur l’importation et non plus sur la distribution. « Mes deux dernières années ont été consacrées à la vente de concessions. »

En 2008, Hervé Fort tente l’aventure solo en créant sa société de conseil, avec comme premier client Fiat, qui lui confie la création de son show-room des Champs-Élysées. Fréquentant les bonnes tables parisiennes, il rencontre à un dîner la famille Gardinier, notamment propriétaire des Crayères à Reims. « J’arrive dans un contexte très perturbé, avec un chef deux étoiles et une équipe sur le départ. Mais j’ai un véritable coup de foudre pour la région et l’établissement. »

Le challenge est attrayant pour celui qui a grandi dans un bistro tenu par ses deux grands-mères, au cœur de l’Auvergne, à Saint-Nectaire, au restaurant du Val-Joly. « Mon enfance a été bercée par les grandes tablées, la cuisine, l’échange avec les autres autour d’un bon plat, cela fait véritablement partie de mon identité », glisse-t-il.

DÉFIS RÉMOIS

En 2009, c’est donc un nouveau chapitre qui s’écrit. « J’embauche Philippe Mille en 2009, il est alors second de Yannick Alléno au Meurice et a envie d’ailleurs. En une année, on passe de deux à zéro étoile. C’est d’une violence inouïe, mais on se dit qu’on va aller les chercher, les retrouver. » Pour cela, Les Crayères veulent s’ouvrir aux Rémois. « On travaille à l’idée de faire la brasserie avec une passerelle ensuite vers le gastronomique. Mais il faut pour cela que les Rémois se réapproprient les lieux. » Le défi est largement gagnant. Marché des producteurs, soirée blanche, concerts… Les initiatives lancées trouvent leur public et Les Crayères regagnent leurs lettres de noblesse ainsi que leurs deux étoiles au précieux guide Rouge. « En 2011, Philippe Mille regagne une étoile au Michelin, il devient également MOF. L’année suivante, il décroche la seconde. Durant ces années, j’ai vécu des émotions intenses. » De 2016 à 2020, Hervé Fort, outre les Crayères, prend également la direction de la partie Hospitality du groupe. D’un « commun accord », la collaboration prend fin en 2020, en plein contexte Covid. Hervé Fort garde une grande fierté de ce passage de onze années – le plus long de sa carrière – à la tête des Crayères. « C’est un lieu que l’on a ouvert, rendu accessible tout en gardant l’élégance. »

Depuis juillet 2020, c’est au sein du groupe Pingat « des bâtisseurs avec une vision d’avenir » qu’il office désormais. Directeur général de la Compagnie hôtelière du Grand Est, dont la caserne Chanzy fait notamment partie, il s’occupe aussi de la partie conseil du groupe dont plusieurs gros projets sont en route. Toujours passionné par les différents défis qu’il relève, son fil rouge reste le partage avec le client, surprendre et émouvoir.

Parcours

1962 Naissance à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) le 28 septembre.
1983-1989 Prospecteur pour l’entreprise automobile Estager à Clermont-Ferrand.
1989-1998 Directeur général adjoint chez Bang & Olufsen.
2003-2008 Président France d’Inchcape.
2009-2020 Directeur des Crayères puis Directeur général de la branche Hospitality du groupe Gardinier.
2020 Directeur général de la Compagnie hôtelière du Grand Est, Groupe Pingat.
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