Un Plan Bioéconomie à 175 M€ sur cinq ans

Le potentiel bioéconomique du Grand Est se développe au travers de grands groupes industriels tels que Tereos. (Photo : AC)

À partir d’un fort potentiel de niveau national et européen, en recherche et production, la Région Grand Est, chef de file du développement économique, lance son Plan Bioéconomie en engageant des fonds propres pour amorcer un investissement privé d’au moins 500 M€.

La Région souhaite que sa stratégie économique repose sur deux piliers, l’industrie du futur et la bioéconomie, et que soient réconciliés le développement économique et la transition écologique. Passage obligé, dessiné par l’UE et donc par la France, la bioéconomie se décline dans les régions et s’impose à elles en leur qualité de chef de file pour la compétence économique. La bioéconomie concerne, en raccourci, les activités de production, d’approvisionnement et de transformation de la biomasse et permet la production durable de biens alimentaires, de molécules de matériaux et d’énergies.

Elle a pour objectifs d’assurer la sécurité alimentaire, de gérer durablement les ressources naturelles, de moins dépendre des énergies fossiles, de lutter contre le réchauffement climatique, de renforcer la compétitivité des entreprises et de créer des emplois. La bioéconomie concerne 2 millions d’emplois en France (7% des actifs) dont 120 000 dans le Grand Est, Région associée à l’Ile-de-France et aux Hauts-de-France dans un Biopacte renforçant la coopération et la mise en commun des ressources des trois régions.

UN POTENTIEL BIOÉCONOMIQUE FORT

Le potentiel bioéconomique du Grand Est repose, entre autres, sur les 45 000 exploitations agricoles, hors élevage, qui permettent à la région d’être leader national dans la production de colza, chanvre, orge, malt, luzerne déshydratée, bois d’œuvre, vins effervescents, d’occuper une deuxième position pour la betterave, le maïs, la pomme de terre, le bois d’industrie et une troisième position pour le blé. Le Grand Est produit un tiers des biocarburants de première génération et 27% du bois énergie.

Ce potentiel s’appuie sur des outils de recherche et de production de niveau européen comme le pôle IAR, AgroParis Tech, le Centre Européen de Biotechnologie et de Bioéconomie, Biovalley France, Véhicule du Futur, Matéralia, Fibres Energivie, Hydreos, Bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle, CETELOR, Terralab, ARD, RITTMO, CRITT Bois…

Il se développe au travers de grands groupes industriels tels que Cristal Union, Malteurop, Soufflet, Moët & Chandon, Mumm, Albea, Rehau Industrie, Tereos, DuPont, Octopharma…

UN DOSSIER QUASI CONSENSUEL

Ce fut l’une des délibérations les plus sereines de la dernière session plénière du Conseil régional, le Plan Bioéconomie du Grand Est n’a recueilli aucun vote contre. S’il établit une feuille de route sur cinq ans, fin de mandature oblige, son libellé 2019-2021 n’engage ainsi que l’actuelle majorité.

Porté par Philippe Mangin, Vice- président délégué à la bioéconomie, l’agroalimentaire et la bioénergie, le Plan a cependant fait réagir une partie de l’Assemblée quant à son ambition économique : 500 millions d’euros susceptibles d’être investis sur cinq ans par l’amorce de la Région et l’engagement des opérateurs privés.

Pour justifier cette projection d’un milliard d’euros, Philippe Mangin a bien insisté dans sa démonstration : « Par expérience, nous savons qu’un euro investi par la Région en engendre cinq autres dans l’économie régionale ». L’engagement annoncé par le Grand Est sur ce Plan sera de 35 M€ sur ses fonds propres par an et sur cinq ans, donc de 175 M€ devant engendrer à terme plus de 500 M€ d’investissement dans les secteurs directement concernés par le développement de la bioéconomie (agriculture, agroalimentaire, sylviculture, énergies renouvelables, biocarburants, molécules, matériaux biosourcés …).

CRÉATION D’UNE MISSION BIOÉCONOMIE

Si Philippe Mangin a rappelé la position de leader du Grand Est dans la bioéconomie et donc sur le potentiel déjà riche de la région en la matière, et s’il a annoncé la création d’une Mission bioéconomie, pilotée par Francis Murer, Directeur de l’Agence territoriale de Châlons-en-Champagne, Lila Merabet, Vice-présidente de l’Assemblée, s’est quant à elle lancée dans une envolée quasi lyrique : « Nous serons tous demain des consommateurs de bioéconomie. Le Grand Est sera le phare de la bioéconomie ».

Pour l’opposition, portée sur ce dossier entre autres par les voix de Frédéric Fabre (RN), Sylvain Marcelli (Les Patriotes), Rachel Thomas (Progressistes) et Julien Vaillant (Socialistes), ce Plan est flou, confus, annoncé dans la précipitation, dicté par l’Union Européenne et donc soupçonnable, manque d’une feuille de route ambitieuse … Au final : pas de vote contre ce dossier, mais abstention des groupes RN et Progressistes.