Sophie GuichardUn monde d’avance

Sophie Guichard

À la tête d’Expansio, une société de conseil pour le financement à l’export qu’elle a cofondée, cette bosseuse a fait deux burn-out avant de décider de prendre soin d’elle.

«128 000 entreprises exportent tous les ans en France, mais sur 100 entreprises en année n, il n’y en a plus que 90 en n +1 et plus que 10 en n+10…». Les chiffres cités par Sophie Guichard ont le mérite de la clarté : les réussites à l’export ne sont pas légion. Pourtant, pour la jeune femme, il n’y a pas de fatalité : tout est une question de préparation. « Beaucoup d’entreprises partent à l’export parce qu’elles font un salon, ou parce que la femme du dirigeant aime bien telle destination… On en est là encore aujourd’hui. D’autres entreprises pensent que l’export, c’est la vente du surstock qui n’a pas été vendu sur le marché domestique. Bref, il y a encore des barrières très importantes, au-delà des aspects linguistiques, culturels ou fiscaux. On s’emploie à lever ses barrières. » Le « on », c’est le duo qu’elle forme avec Fabrice Benoleil son associé, avec qui elle a fondé, à 28 ans, en 2008, Expansio, une société de conseil en financement dédié au développement international des entreprises, installée place Roguet à Toulouse. Une pépite qui a tout d’une grande : elle a rejoint l’an dernier le réseau de Globallians, qui réunit 45 structures d’accompagnement à l’international indépendantes présentes partout dans le monde.

Une belle réussite pour la quadra, juriste de formation, qui a découvert le commerce international au détour de son premier emploi. Après son master en droit communautaire et politiques européennes, elle a en effet été recrutée, comme son futur associé avant elle, par une société savoyarde spécialisée dans le conseil en financement public et accompagnement à l’export. « On a découvert tous les deux le métier du conseil en commerce international en participant à plus de 150 missions, une formation hyper accélérée ! C’est là aussi où je me suis prise de passion pour les TPE-PME, parce qu’à l’inverse d’un grand groupe, il y a plein de choses à y faire. Sachant que sur la partie internationale, le dirigeant est en général assez seul. Du coup, c’est passionnant, parce qu’on l’accompagne sur différents aspects. On voit vite les trous dans la raquette et les besoins. »

Cet intérêt pour l’étranger, cette native de Villeneuve-sur-Lot le cultive depuis l’enfance. « J’ai toujours eu une sensibilité pour l’international. Ma maman est algérienne. J’ai découvert ce pays quand j’avais 12 ans. Ça a été un choc psychologique qui m’a vraiment marqué parce que c’est là que j’ai compris que le monde dans lequel je vivais n’était pas le monde tel qu’il existait. C’est là aussi que je me suis découvert un intérêt pour les cultures, les modes de pensée différents. Cela m’est resté. À 20 ans, j’ai rencontré mon ex-conjoint qui est toujours mon associé, qui lui est asiatique. J’ai ainsi découvert la culture asiatique et c’est passionnant. De fait, j’ai toujours eu une sensibilité pour l’humain », explique Sophie Guichard.

Après 18 mois passés dans la structure chambérienne, la jeune femme et son nouvel associé, qui ont d’autres valeurs, décident de se lancer. « Nous n’avions pas une mentalité d’entrepreneur. Nous avons simplement fait le constat qu’on allait faire ça tout seuls. Ce qui est une erreur quand on crée son entreprise ! J’ai très vite vu la difficulté de passer du stade salarié au statut d’entrepreneur. On a peu de moyen, et puis, consultant, c’est très dur quand on est jeune, même si on est très bien formé. Je me suis donc inscrite au Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) et c’est là où j’ai appris la vision, la RSE, le développement durable, l’agilité, la collaboration, les alliances stratégiques. » Sophie Guichard y a suivi la formation Copernic et obtenu l’an dernier un diplôme de management. « Je suis toujours membre du CJD et j’ai du mal à en sortir ! Parce qu’au-delà de l’école de dirigeants, c’est aussi un réseau d’entraide extrêmement utile. Au CJD, on a des entreprises de tout type, on travaille sur notre vision, sur la santé du dirigeant, le bien-être des collaborateurs, sur le développement personnel, etc. On est tout le temps en train d’aller chercher du jus au CJD… »

C’est là aussi qu’elle acquiert le goût de l’engagement sociétal « parce que, explique-t-elle, il y a un vrai sens au projet d’entreprise, au-delà de faire du cash. Ce n’est pas du tout ce qui m’intéresse. Ce qui me motive, c’est de faire mon métier et d’être libre. » Son engagement se traduira par la création en 2015 à Toulouse de la délégation du Club des exportateurs de France dont elle a pris la présidence. « Je me suis rendu compte que certaines entreprises n’ont pas les moyens de faire appel à des cabinets de conseil, détaille-t-elle. L’objectif au sein du Club des exportateurs de France, c’est vraiment d’insuffler l’international aux entreprises qui ne se posent pas les bonnes questions ou qui, face aux difficultés, ont abandonné l’idée d’aller à l’international. Notre ambition, c’est vraiment d’aller vers ces entreprises, de les rassurer et de leur insuffler cette appétence, de leur dire : allez-y, n’ayez plus peur, informez-vous, de leur montrer aussi l’importance de la préparation et de la structuration de l’export. On a 128 000 entreprises qui partent à l’export chaque année, mais on en a aussi 500 000 qui ont arrêté et ce sont celles-ci qu’il faut réactiver en priorité. » Ce sont à ces TPE et PME que s’adresse l’offre d’Expansio. Le cabinet, qui mène une cinquantaine de missions par an, soit une quinzaine de plus chaque année, mise désormais sur le digital pour se développer. Outre un outil de mapping des aides à l’export qu’elle a mis au point pour ses clients, l’entreprise prépare le lancement le 25 juin du premier salon virtuel dédié à l’export, un événement 100 % en ligne qui donnera aux entreprises l’accès aux experts du réseau Globallians et à des « dizaines de master classes sur les techniques de commerce international. » 3 000 participants sont attendus.

Un projet d’autant plus opportun en pleine pandémie. La jeune dirigeante, qui garde un œil en permanence sur les news, se dit « hyper inquiète » quant au climat international et redoute « de la casse parmi les entreprises exportatrices françaises. On va vers un nouveau 2008, c’est sûr ». La géopolitique est du reste un autre de ses centres d’intérêt. « Au sein du Club des exportateurs, nous nous attachons à comprendre ces enjeux. Savoir ce qui va se passer en 2030 et en 2050 est essentiel. C’est comme ça qu’on va pouvoir se pré- parer pour aborder les marchés. La France a beau être le 5e pays exportateur dans le monde, elle n’a que 3 % des parts de marché mondial. Il reste 97 % de parts du marché que nous ne sommes pas encore allés chercher. L’enjeu, c’est la préparation mais aussi la bonne connaissance du terrain. Et si on aborde la géopolitique dès le lycée désormais, j’en suis ravie. Il faut insuffler cette culture-là, la culture de la langue, la culture du management dans un cadre international. Si on arrive à ça, ce sera fantastique ! »

La jeune femme, très bosseuse, a fait deux burn-outs en 12 ans dont elle s’est relevée, « la première fois en arrêtant de fumer » et, la seconde, l’année dernière, en pratiquant la méditation. « J’ai vraiment appris à prendre soin de moi, de mon corps, de mon alimentation. Je fais du sport et je me déconnecte aussi tout simplement. Je prends soin de ma famille et de mes amis. Des choses de base mais qu’on oublie facilement lorsqu’on est dirigeant, qu’on doit faire face à tout. » Elle cultive aussi ses passions : le théâtre d’improvisation et la photo qu’elle pratique notamment en urbex (urban exploration), une autre manière pour elle de découvrir le monde.

Parcours

1980 Naissance à Villeneuve-sur-Lot
2006 Master en droit communautaire et politiques européennes
2008 Cofonde Expansio avec Fabrice Benoliel, une société de conseil en financement dédié au développement international des entreprises
2012 Première levée de fonds
2015 Création de la délégation Occitanie Toulouse du Club des exportateurs de France
2018 Achève le cycle Copernic, formation dirigeant entrepreneur du CJD
2019 Élue vice-présidente nationale du Club des exportateurs de France
2020 Lancera en juin un salon virtuel de l’export
Commentaires