Julien Rigole-MontagutUn homme pressé

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Ce trentenaire a su se faire une place dans la cour des grands. À la tête de deux entreprises, Tholus et Imagine Conception et directeur associé de My Optim-Ex, il préside la Jeune chambre économique.

Enfant timide mais joueur, ce Toulousain d’origine a toujours eu la gagne, en classe et sur le terrain de rugby. « C’est le sport qui a rythmé mon adolescence, et qui m’a apporté des valeurs d’entraide que j’ai pu mettre à profit plus tard dans mon parcours associatif, de surpassement de soi et d’humilité. En seconde, j’ai eu un tibia péroné cassé, mais avec beaucoup d’efforts, j’ai pu passer en première et jouer la finale. Une véritable épreuve qui a forgé mon caractère », se souvient le trentenaire ; qui porte, aujourd’hui, le costume de chef d’entreprise, chemise blanche immaculée et chaussures cirées. Un virage à 180° après un passage dans le domaine du public. Dans son grand bureau partagé avec son associé Stelio Lardo, sont exposées les paroles d’Oscar Wilde qui résument sa vision de la vie : « Il faut toujours viser la Lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ».

Quant à savoir pourquoi viser la direction de plusieurs entreprises plutôt qu’une – seule pour faire ses premiers pas dans l’entrepreneuriat – il répond sans sourciller : « je suis un touche-à-tout, cela demande beaucoup d’organisation et de management mais c’est essentiel de ne pas mettre les œufs dans le même panier. Cependant, les deux entreprises sont très complémentaires ». En effet, Tholus et Imagine Conception, qui ont vu le jour quasiment en même temps, début 2018, proposent un champ d’intervention très large dans le domaine du bâtiment. Un secteur pour lequel il n’était pas prédestiné. L’histoire a commencé lorsqu’il a rencontré son futur bras droit à la Jeune chambre économique de Toulouse, désormais vice-président de l’association. « À l’époque, je venais de m’associer avec ma compagne dans l’aventure de My Optim-ex, un cabinet d’expertise comptable qui conseille aussi les entreprises. J’ai planché sur le dossier de Stelio Lardo. Au final, j’ai décidé d’apporter des parts à son agence d’architecture intérieure », détaille le dirigeant ; qui avoue que, seul, il ne se serait pas lancé dans l’aventure entrepreneuriale à cet âge. Sans attendre, les deux associés ont décidé d’ériger un concept, peu essaimé dans l’Hexagone, autour de la construction et la rénovation d’appartements, de maisons, de bureaux et de boutiques, en créant Tholus. « Être contractant général dans le bâtiment, c’est assez nouveau en France, ce qui a d’ailleurs fait débat au sein du Rotary, sourit-il. Aujourd’hui, on est à l’aube d’une nouvelle ère. On parle davantage d’agilité du travail, et demain les sous-traitants et entrepreneurs représenteront certainement une part plus importante que les salariés. Il faut s’adapter », argue celui qui a pour habitude de porter son regard vers l’avenir. Structurer ce modèle innovant, sans faire entrer d’actionnaire, est ainsi le mot d’ordre pour l’an prochain. L’entreprise qui compte actuellement 25 chantiers à son actif, et vise un CA de 450 K€, a pour objectif de partager son activité entre les particuliers et les professionnels sur le marché toulousain. « Qu’il s’agisse du neuf ou de rénovation, Toulouse est une agglomération qui offre beaucoup d’opportunités. Cependant, nous avons déjà réfléchi à une nouvelle organisation si notre projet se déploie dans d’autres villes », avance le dirigeant qui souhaite aussi s’épanouir dans d’autres fonctions, et pas seulement dans celle de chef d’orchestre. En parallèle, il intervient toujours en tant que consultant associé pour accompagner les TPE-PME et définit aussi les stratégies de My Optim-ex.

Avide de responsabilités, il ne s’arrête pas là, puisqu’il partage aussi son agenda en tant que directeur de la Jeune chambre économique et responsable des effectifs du Rotary Toulouse Ovalie. En 2015, il s’investit dans les deux associations. « Je souhaitais connaître les rouages d’une société de décideurs puisque j’avais déjà en tête l’idée de devenir chef d’entreprise, et aussi de faire bouger les choses, d’apporter ma patte sur des sujets humanistes, sociaux et économiques », explique celui qui a pris du galon en parallèle dans les deux structures, à force d’investissement, en plus de son emploi de cadre. « Je suis devenu vice-président développement et partenariat à la JCE, puis quelques mois plus tard, président du Rotaract Toulouse avant de passer au Rotary à 28 ans. Je suis, à ce jour, le plus jeune rotarien du district », s’enorgueillit le volontaire, qui confie que sans ces deux expériences associatives « très complémentaires », il n’aurait peut-être pas fait le grand saut aussi facilement. « Cela m’a incité à aller plus loin, j’ai envie de devenir comme ces chefs d’entreprise de 50 ans ».

Le trentenaire a jusqu’à janvier prochain pour mener à bien sa présidence à la JCE avant de laisser le flambeau : « c’est une année pleine d’actions ». Trois temps forts ponctuent, en effet, sa mission : le Made in 31 qui a eu lieu en juin dernier pour mettre en avant les innovations développées par des entreprises et start-up haut-garonnaises, une rencontre entre une école et des députés suivie d’une visite à l’Assemblée nationale en septembre puis le 65e congrès national qui se produira dans la Ville rose du 21 au 24 novembre, accueillant 15 000 membres et acteurs régionaux. « Cet événement implique une négociation avec des institutionnels à hauteur de 350 000 € pour développer l’économie tout en s’appuyant sur les ressources locales », explique- t-il.

Convaincre, est ainsi le quotidien de cet ambitieux. Portant un vif intérêt pour le développement personnel, il a d’ailleurs bien retenu les leçons d’un coach suivies à 26 ans et celles de tous les livres avalés depuis plusieurs années. « J’échange aussi beaucoup avec des personnes expérimentées et je pratique notamment l’écoute active, car cela me permet vraiment de cibler le besoin de l’autre et de tenter d’y répondre positivement. Au-delà de cette notion, je fais attention à ce que peut dire mon for intérieur, par exemple, pour me faire une idée sur la personne que je peux avoir en face. Cela est très important car je fréquente, à mon âge, des milieux où la carte de l’intérêt personnel passe souvent avant celle de l’intérêt général et l’on peut vite s’y perdre si nous ne mettons pas de garde-fous ».

Ce curieux qui croit en la méritocratie, diplômé d’une maîtrise de droit à Toulouse et d’un mastère spécialisé en management de projet décroché à l’école d’ingénieurs Cesi, n’a ainsi pas chômé pour parvenir à des postes à responsabilité et s’intégrer aisément dans des hautes sphères politiques et économiques. Ce qui lui a valu des interrogations de la part de son entourage, voire de l’incompréhension. « J’ai dû faire des choix, ce qui m’a éloigné de mes amis car nous n’étions plus dans le même monde. Plus on monte, plus on est seul. En peu de temps, j’ai délaissé les soirées entre amis pour parler devant une assistance de 500 chefs d’entreprise. Même ma mère, au début, a eu du mal à comprendre mes ambitions », confie celui qui, dès la vingtaine, avait tracé sa route sur une feuille de papier. « Devant le chiffre 30 (ans), j’avais inscrit chef de plusieurs entreprises. C’est véridique. Et j’ai la conviction que lorsqu’on travaille pour arriver à ses objectifs, on y parvient ». Une vision qui a tenu toutes ses promesses.

Le jeune homme, après ses études de droit, a pourtant choisi de se tourner vers le public, étant particulièrement attiré par la collectivité, en tant que chargé d’évaluation de politique publique au Conseil départemental du Lot-et-Garonne. « Je devais évaluer les politiques de subventions allouées aux entreprises. Il y avait certains critères qui n’étaient pas en place, ce qui m’avait donné à penser que je devais réduire les aides aux subventions. À 24 ans, je me suis retrouvé en face des responsables de la CCI, à avancer mes arguments. Au final, rien n’a bougé mais ce fut très formateur. J’ai cependant vite compris que je me perdrais dans ces organismes, surtout si je restais un maillon de la chaîne ». Il a rejoint ainsi l’entreprise Rives Dicostanzo en tant qu’adjoint responsable qualité, sécurité et environnement, puis responsable de prestations et projets, avant que celle-ci ne change de main et devienne le groupe Berto où il n’est resté que trois mois pour accompagner le rachat. Entre-temps, il est devenu aussi réserviste opérationnel dans la gendarmerie nationale. « C’était une belle expérience, mais j’ai pris conscience qu’un management trop vertical ne correspondait pas à ma personnalité », explique le dirigeant qui préfère manager par l’écoute. Cependant, il croit surtout en l’image de marque et au réseau pour créer la valeur d’une entreprise. Par ailleurs, il soutient le modèle économique des TPE/PME qui selon lui « apporte 90 % de la richesse du pays » et regrette que les start-up soient trop souvent mises sous les projecteurs. « Le chiffre d’affaires, c’est le nerf de la guerre » insiste-t-il. Pour assumer ainsi ses différentes casquettes, il dit ne s’entourer de gens sur qui il peut compter. Et il est loin d’avoir dit son dernier mot. Bientôt futur élu ?

Parcours

1989 Naissance à Toulouse.
2012 Obtient sa maitrise de droit à l'Université Toulouse 1 Capitole.
2015 Devient membre de la Jeune Chambre Économique (JCE) et du Rotaract Toulouse Terre d'avenir.
2016 Décroche un mastère Management par projet de l'école d'ingénieurs Cesi.
2018 Devient dirigeant de Imagine Conception, crée l'entreprise Tholus et devient directeur associé de My Optim-Ex.
2019 Élu président de la JCE pour un an.
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