Un distributeur de médicaments intelligent

Thess est un mode de conditionnement du médicament intelligent électronique. Il allie un pilulier de dispensation connecté et un logiciel de santé.

La filiale Thess Corporate s’appête à industrialiser un pilulier nouvelle génération très sécurisé et vise le marché mondial.

La délivrance des médicaments en boîtiers ou piluliers à casiers « tue directement ou indirectement des centaines de milliers de personnes tous les ans », relève Roland Sicard, le fondateur de la société montpelliéraine, La Valériane. C’est en partant de ce constat accablant que l’acteur en e-santé, s’est tourné vers l’entreprise SGH Healthcaring, une société spécialisée dans le conditionnement de médicaments basée à Saint-Marcellin en Isère, en vue de développer le distributeur Thess.

Son ambition ? sécuriser le conditionnement et la dose de médicaments. « Nous leur avons soumis notre cahier des charges, tout en bénéficiant de leur savoir-faire industriel. Le produit Thess est composé de capsules de conditionnement des médicaments qui allient une intelligence électronique et un pilulier de dis- pensation connecté pour appliquer les règles posologiques prescrites. Cet ensemble a pour objectif de communiquer avec des logiciels de télémédecine et de télésurveillance 24 heures sur 24. L’outil permet ainsi de garantir que le patient s’administre le bon nombre de médicaments et permet au médecin à distance de modifier la prescription. Le patient, de son côté, peut répondre à des questionnaires, indiquer ses constantes telles que le poids, sa tension, etc., pour adapter le dosage du traitement », détaille le dirigeant. Six années de R&D et 4 M€ d’investissement auront permis d’aboutir à un brevet mondial.

Respect de la posologie, diminution des risques de complication de 50 %, augmentation de l’efficacité du traitement de 30 % (selon une étude américaine publiée en 2017), ce nouvel appareil tend aussi à juguler un fléau, la contrefaçon de médicaments, soit près de 400 milliards de faux cachets circulant dans le monde. « Grâce à Thess, nous mettons en service le conditionnement de médicament le plus sécurisé au monde en termes de certification et de lutte contre la contrefaçon », insiste le fondateur.

DEUX ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS PILOTES ET UN MARCHÉ MONDIAL

Cette technologie de rupture, commercialisée par la filiale Thess Coporate, qui a vu le jour en décembre, est depuis deux ans, testée au sein de deux établissements français pilotes : l’institut Paoli Calmettes à Marseille et l’Institut de cancérologie Sainte Catherine à Avignon. « Les retours sont positifs auprès de la dizaine de patients pilotes. Tous les autres patients souffrant d’un cancer devraient être bientôt équipés », souligne-il. Le test logiciel arrivant à terme, le premier patient recevra le dispositif intégral dès le mois de mars. Si le domaine de la cancérologie a été le premier bénéficiaire, cette technologie peut s’adapter à tout type de maladies.

Les prototypes devraient être prêts pour le lancement en grande série à l’été 2021, l’entreprise tablant sur une levée de fonds de 3 M€ en vue de lancer la phase de commercialisation à grande échelle. Pour l’heure, l’entreprise est en passe d’obtenir d’autres contrats avec des hôpitaux français qui délivrent un service de télémédecine et a séduit d’ores et déjà deux opérateurs de télémédecine aux États-Unis et en Malaisie. « Le marché africain, particulièrement touché par la contrefaçon, est aussi très intéressé. » En attendant la certification CE pour se déployer à l’international, l’entreprise envisage en 2021 une première série industrielle d’une centaine de produits, « 60 pour la France, 20 pour l’outre-Atlantique et 20 pour le marché asiatique », souligne Roland Sicard, avant de commercialiser 50 000 appareils en 2022. L’objectif est, dans un deuxième temps, de développer en collaboration avec des pharmacies et des laboratoires pharmaceutiques, un programme de télésanté d’ici à l’horizon de cinq ans.

Le marché mondial des technologies de télémédecine pour les traitements par médicaments oraux représentant 65 Mds€ par an à l’échelle mondiale, l’entreprise reste résolument confiante quand à son avenir. « Nous avons un potentiel de marché énorme, d’autant que nous sommes leader en apportant une sécurité maximale », conclut le dirigeant. Avec une croissance de 100 % l’an passé, l’entreprise fondée en 2008, espère consolider un chiffre d’affaires de 2 M€ en 2020, et agrandir sa force de frappe avec 50 collaborateurs d’ici la fin d’année 2021.

Roland Sicard, fondateur de la start-up e-santé La Valériane.

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