Simon HubeauTout pour la musique

C’est en 2015 que la boutique de vinyle de Simon Hubeau a vu le jour.

Seul disquaire indépendant à exercer dans les Ardennes à 35 ans, Simon Hubeau, le gérant de « La Plaque Tournante », remet au goût du jour les vinyles.

«La musique c’est énormément de plaisir, une somme de sensations inégalables qui procurent des frissons comme on peut aussi en avoir dans un stade de football. Grâce à elle, on peut éprouver différents sentiments : de la joie, de la peine, de l’énergie ou de la mélancolie. Et tout cela seul ou dans la convivialité ».

Pris dans ce maelstrom musical depuis l’achat du 45 tours de Los Tres Puntos « Terre de liberté » – « c’est clairement le disque qui a été un vrai déclic. De là vient ma passion pour le vinyle. J’ai commencé à faire tourner la platine de mon père, à m’intéresser à ce support puis à me constituer un stock de disques en faisant des brocantes. Bref, à me forger des goûts musicaux » – Simon Hubeau est par la suite devenu disquaire en créant « La Plaque Tournante » à Charleville-Mézières. Un projet professionnel qui a toutefois mis du temps à mûrir et à se concrétiser sur le terrain.

CLASSÉ 15/5 AU TENNIS

Après le lycée, Simon, bon tennisman (classé 15/5), a vécu à la fin des années 90 une première expérience associative à l’ASPTT alors présidé par son père. « J’ai appris les rouages du club en étant à la fois membre du bureau et éducateur mais en raison d’une rupture des ligaments croisés, j’ai par la suite privilégié la musique à une époque où il y avait une effervescence dans le domaine avec la fin du Douzyk Festival, les débuts du Cabaret Vert et la présence de différents cafés-concerts comme le Café Breton, le Campus, le Côté Tabou et le Rockline, des endroits où j’ai passé pas mal de temps à voir des groupes jouer ».

De 2005 à 2008, Simon Hubeau opte pour une expérience universitaire en entrant à la fac d’histoire de Lille. « Mais ça n’a pas été très fructueux ». Alors pour gagner sa vie, il devient manutentionnaire au sein de deux PME ardennaises : la Seifa à Warcq et Arden’ Pac sur la zone industrielle de Tournes où il multipliera les CDD.

NOMADISME CULTUREL

« Ce qui m’a permis, parallèlement, d’intégrer l’association de marionnettistes « Fait Maison » et de vivre une expérience culturelle intéressante aux côtés de ma grande soeur. On a créé, en 2006, un lieu de vie éphémère et alternatif, durant le Festival Mondial de Marionnettes, dans les locaux de la Sopaic avant de reconduire le concept en 2009 et 2011 à l’annexe d’Aubilly. Entre temps, je suis devenu employé de l’association en service civique ou via des contrats d’accompagnement dans l’emploi (CUI-CAE). Ce qui m’a permis de vivre correctement ».

Fort de cette expérience, Simon décide de parfaire ses connaissances dans le milieu artistique en suivant une formation à l’Institut de la Culture, de la Communication et du Management à Paris où il apprend les arcanes des métiers administratifs.

« J’y ai suivi des cours durant six mois avant d’effectuer un stage au Théâtre de la Marionnette au sein d’une association qui promouvait les arts liés à la discipline. D’abord stagiaire, j’ai ensuite été embauché de façon ponctuelle comme assistant de production pour les temps forts. Notamment lors de la Biennale internationale des Arts de la Marionnette qui s’impose depuis 2001 comme un rendez-vous incontournable en sillonnant les rues de Paris et les routes franciliennes ».

SECRÉTAIRE DE SON PÈRE

Malheureusement confronté à de gros problèmes de santé l’obligeant à une hospitalisation et à une longue convalescence, Simon ne pourra continuer dans cette filière logistique. En 2012, au terme de cette difficile épreuve, son père qui avait créé un cabinet d’avocat fiscaliste à Charleville-Mézières lui propose de devenir son secrétaire. « Un cadre de travail familial idéal pour me réadapter à la vie quotidienne. Cette mission m’a appris à me familiariser avec la fiscalité et le droit des entreprises. Mais professionnellement, je savais pertinemment que ce n’était pas là que je construirais mon avenir ».

C’est en effet la musique qui occupe le plus souvent son esprit. « J’ai alors pensé à devenir disquaire indépendant. Un objectif qui a coïncidé avec la fermeture du rayon musique de la librairie Rimbaud. C’était vraiment dommage pour une ville comme Charleville-Mézières et j’ai commencé à mûrir mon projet, à voir ce que je pouvais mettre en œuvre pour atteindre ce but. Au moment de la dématérialisation, j’étais persuadé que le vinyle pouvait sortir son épingle du jeu en devenant un terreau essentiel de l’activité musicale. Ce support au format chaleureux redevenu tendance avait le vent en poupe ».

L’opportunité de racheter un local se présente à lui. « Cet ancien bar-tabac certes un peu excentré du centre-ville se trouvait dans le quartier où j’ai vécu toute ma jeunesse, à proximité du stade du Petit-Bois où je voyais de la fenêtre tous les matchs de l’Olympique de Charleville en Ligue 2 et National. Pour moi, c’était vraiment un joli clin d’œil de vivre ma passion pour ce produit de niche soudain revenu en grâce dans un lieu où, gamin, j’allais chercher le journal pour mes grands-parents, les clopes de mon père ou des bonbons pour moi ».

UNE LARGE COLLECTION DE VINYLES

C’est finalement en 2015 que Simon Hubeau aidé de son ami, David Raymond, ouvre « La Plaque Tournante » tout en continuant à travailler chez son père. « Grâce au côté démerde qui m’avait été inculqué dans le milieu culturel et associatif, j’ai osé me lancer dans une aventure qui n’était pas forcément fiable financièrement. C’était déjà une belle étape. Presque une consécration. L’accueil que la clientèle toutes générations (entre 15 et 70 ans) et les collectionneurs en quête d’éditions particulières nous ont réservé m’a ensuite poussé à acheter des disques neufs, ouvrir des comptes avec les majors de l’industrie musicale (Universal, Sony, Warner) et travailler avec des labels indépendants. On dispose, aujourd’hui dans les bacs d’une très large gamme de disques ».

Devenu le rendez-vous emblématique des passionnés de « galettes», «La Plaque Tournante », francisation du nom anglais « turn table » désignant une platine, organise aussi des expositions sur les pochettes de disques « car bien souvent les albums mythiques sont associés à leurs supports graphiques » ou thématiques comme celle tenue durant l’Euro de foot en France sur les liens entre la musique et l’univers du ballon rond.

« Nous mettons aussi sur pied des showcases, à savoir des mini-concerts de groupes locaux ou des rencontres dédicaces avec des artistes se produisant au Forum et qui acceptent de venir rencontrer le public autour d’une bière ou d’un verre de cidre ».

Licencié économique depuis décembre suite à la vente du cabinet de son père qui a pris sa retraite, Simon Hubeau va désormais tenter de travailler à temps plein à « La Plaque Tournante » jusqu’alors ouverte du jeudi au samedi et qui devrait déménager, d’ici 2021, rue Baron Quinart. Une nouvelle page de l’histoire phonographique ardennaise. Un magasin spécialisé où les fans de musique attachés à l’enseigne trouveront toujours de bons conseils et de la convivialité. « C’est notre plus-value par rapport à la concurrence d’Internet, Amazon et la FNAC ». Dans sa propre playlist, Simon Hubeau éprouve un gros coup de cœur pour le disque de Nino Ferrer, Nino and Radiah, « un superbe album rock chanté en anglais un peu groovie contenant « Le sud » qui donne une sensation de bien être en annonçant l’été ». Il est aussi fan du groupe australien King Gizzard & The Lizard Wizard qui avait enflammé la scène des Illuminations en 2016 lors du Cabaret vert.

La Plaque Tournante, 76 avenue du Petit-Bois à Charleville-Mézières. Ouvert du jeudi au samedi de 10 à 20 heures.

Parcours

1985 Naissance le 21 février 1985 à Beaumont (Auvergne) où son père, futur inspecteur des impôts, était en formation professionnelle.
2001 L’achat de son premier vinyle : un 45 tours de Los Tres Puntos.
2012 L’année où il s’est mis en tête de devenir disquaire à Charleville-Mézières.
2015 Ouverture de la Plaque Tournante au 76, rue du Petit- Bois, à Charleville-Mézières.
2020 Déménagement rue Baron Quinart.
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