Émilie GateauSavon naturel, tout un art

Émilie Gateau pose dans sa savonnerie artisanale La Belle et la Bulle.

L’Auboise a créé en 2018 la savonnerie artisanale La Belle et la Bulle, après avoir été céramiste pendant une dizaine d’années.

Ancienne céramiste, Émilie Gateau a créé sa petite savonnerie artisanale il y a deux ans. Mais avant de tomber dans la bassine des produits lavants sains et naturels, elle a longtemps cherché la bonne formule. Celle qui lui permet aujourd’hui d’exercer un métier correspondant vraiment à ses aspirations.

En arrivant à Troyes en 1998, la Niortaise d’origine a dû commencer par se réorienter. Un an plus tard, avec en poche un BAC en arts plastiques – et non en histoire des arts, comme
l’aurait voulu son début de cursus-, elle est partie à Chaumont. « Je souhaitais faire
une mise à niveau en arts appliqués afin d’intégrer une école. Pourquoi pas l’école Boule. Mais je me suis rendue compte que ce n’était pas ma voie »
, se souvient Émilie Gateau. Alors, pour se laisser le temps de mûrir, elle décide d’aller vivre et suivre les cours des Beaux-Arts à Dijon. Elle y restera quatre ans. Après mûre réflexion donc, elle décide de se former pendant un an et demi à la décoration sur céramique au CNIFOP, le centre international de formation aux métiers d’art et de la céramique, de Saint-Amand en Puisaye. « J’ai ensuite créé en 2006 mon atelier de poterie céramique à Mesnil-Saint-Père, dans l’Aube. Avant de l’installer en 2008 à Racines, suite à l’achat d’une maison, où j’y ai aménagé mon atelier », explique-t-elle. Elle essaiera d’en vivre pendant dix ans, en organisant notamment des stages en céramique. Parallèlement à son métier, elle occupe cependant différents postes dans l’Éducation nationale, comme surveillante, maîtresse d’internat ou encore assistante d’éducation. Puis, afin de laisser la place à de plus jeunes, elle exercera d’autres activités, notamment dans le domaine de l’entretien de jardin, « un endroit où [elle] se sent bien ». « La nature, la terre, les plantes, cela fait partie de ce qui me motive », ajoute-t-elle.

LA RÉVÉLATION

C’est grâce à la rencontre avec l’une de ses stagiaires, Florence, que la céramiste s’est mise à fabriquer à la main des savons saponifiés à froid. Ce jour-là, elle projetait de mettre en scène une exposition de porte-savons et avait cherché en vain un fabricant de savon artisanal. « Cela a été la révélation. Cela touchait à la fois la créativité, l’aspect artisanal et le fait de fabriquer un produit simple alliant environnement, nature, écologie et bien-être. Avec un petit quelque chose en plus, l’idée de faire un pas pour être plus proche des gens, plus proche de l’autre en quelque sorte. Cette dimension humaine me manquait », analyse-t-elle.

Cette découverte de la saponification à froid est en outre arrivée à un moment bien particulier de la vie d’Émilie. Et le fait qu’elle ait été à ce moment-là enceinte de son deuxième enfant l’a sûrement rendue encore plus réceptive, car elle recherchait alors une alternative aux gels douches souvent irritants.

S’est ensuite posée la question de savoir quoi choisir : « Je vibrais davantage en faisant des savons, j’ai donc abandonné la céramique, vendu mon matériel et transformé mon atelier en savonnerie en 2018 ». Mais avant cela, il a fallu mettre le local aux normes, suivre des stages pour apprendre la réglementation, préparer des dossiers cosmétiques et rédiger les Bonnes Pratiques de Fabrication (traçabilité des produits, contrôle qualité, respect des normes d’hygiène…), contacter un toxicologue pour faire valider les formules, créer le site internet (www.labelleetlabulle.fr), le logo et les étiquettes… « Cela m’a pris un an et demi pour tout mettre en place », se souvient la passionnée.

UN SAVON BON POUR LA PEAU ET LA PLANÈTE

Émilie Gateau n’est d’ailleurs pas la seule à apprécier les bienfaits des savons saponifiés à froid, dont elle a appris à maîtriser la production. Elle les a d’abord fait tester par toute sa famille, puis c’est tout son entourage qui en est devenu adepte. Il faut bien reconnaître que, fabriqués à partir d’ingrédients naturels et de qualité, majoritairement bio et en partie locaux, ils ont l’avantage de nettoyer sans irriter. Il sont en outre hydratants car cette saponification à froid – qui consiste à transformer à basse température un mélange d’huile végétale et de soude en savon solide – est une réaction chimique lente permettant d’obtenir de la glycérine naturelle.

Dans l’atelier de sa petite savonnerie, située en plein cœur du pays d’Amance, dans l’Aube, Émilie fabrique aujourd’hui toute une gamme de savons doux et surgras. Colorés aux argiles ou aux épices et parfumés aux huiles essentielles, ils sont naturellement riches en glycérine naturelle. Leur commercialisation se fait via son site internet ainsi que dans la boutique de sa savonnerie – ouverte de 17 à 19 heures les lundis et mardis – et dans quelques autres points de ventes.

En plus des savons, on peut y trouver des produits pour l’hygiène zéro déchet, comme des lingettes démaquillantes ainsi que des serviettes et des gants de toilette. Mais également des porte-savons, des rasoirs et des blaireaux, dont la fabrication est en partie assurée par trois potiers et un tourneur sur bois locaux.

Pour diffuser plus largement les produits de la Belle et la Bulle, l’Auboise cherche à présent des distributeurs sur les régions de Troyes et d’Auxerre. Encore dans les cartons, figure en outre son souhait d’enrichir le panel de ses prestations : « Le côté soin me parle de plus en plus. Ainsi que les médecines douces », confie la dynamique entrepreneure, qui se verrait bien suivre une formation complémentaire.

Parcours

1980 Naissance à Niort, dans les Deux-Sèvres.
1999 BAC L arts plastiques, à Troyes.
2000-2004 École nationale supérieure des beaux-arts de Dijon
2004-2006 Formation décoration sur céramique au CNIFOP de Saint-Amand en Puisaye.
2006 Création d’un atelier de poterie céramique.
2018 Transformation de l’atelier de poterie en savonnerie artisanale La Belle et la Bulle.