RS Beaux-Arts : du bois dont on fait les arts

Installé à Villeneuve-sur-Yonne depuis 1966, RS Beaux-Arts est le dernier fabricant français de châssis et de chevalets destinés aux artistes-peintres.

Si, selon l’adage, derrière chaque grand homme se cache une femme, derrière chaque grand peintre se cache, depuis 1887, un « Sennelier ». Gustave Sennelier, fabricant de couleurs à la fin du 19e siècle, fonda une dynastie qui constitue toujours, 133 ans et trois magasins plus tard, le temple des Beaux-arts. À Villeneuve-sur-Yonne, l’arrière-petit-fils de Gustave, Laurent Sennelier, 62 ans, est depuis 1984 à la tête de l’entreprise fondée par son père Robert, à Vitry-sur-Seine en 1957 : « Mon père était passionné d’alpinisme. Il a voulu se rapprocher des Alpes… et s’est installé à Villeneuve-sur-Yonne ». L’activité se développe à vitesse grand V et compte jusqu’à 17 salariés au milieu des années 1980, puis le début des années 1990 sonne le glas de la croissance : « Depuis 1990, la mondialisation nous confronte à des produits venus de l’Est ». Trente ans plus tard, il ne reste que sept salariés et la société RS (pour Robert Sennelier) Beaux-Arts est la dernière à fabriquer des châssis de toile de peintres, du petit matériel en bois, des selles de sculpteur et des chevalets Made in France : « Nous travaillons des chevalets en hêtre, en chêne ou des très hauts de gamme en acajou. Il y a dix ans nous avons racheté une entreprise qui fabriquait des châssis, c’est ce qui a permis de développer notre activité ».

LA VALEUR SÛRE DU MADE IN FRANCE

RS Beaux-Arts utilise du chêne en provenance de Montbard, de l’épicéa du Jura pour des produits « haut de gamme qui dureront au moins une génération » et son chiffre d’affaires qui frôle les 300.000 euros en 2020 (- 1,5% par rapport à 2019), démontre que le Made in France est une valeur refuge pour l’artisanat, même si la crise est passée par là : « Nous avons dû fermer deux mois en mars et avril 2020, mais les derniers mois ont été corrects. Le chiffre d’affaires est légèrement inférieur mais depuis que nous vendons en direct sur Internet – via le site comptoir des artistes – nous parvenons à maintenir et même à développer nos activités ».

À 62 ans, Laurent Sennelier sera le dernier du nom à diriger l’entreprise familiale qui fête ses 64 ans : « Mes enfants ne sont pas intéressés. Je vais devoir trouver un repreneur qui ait envie de poursuivre cette activité, prendre les deux années nécessaires pour le former et transmettre cette passion pour la qualité française ».

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