Providentiel Coquillages: les huîtres au pouvoir

120 000 tonnes d’huîtres sont produites chaque année en France mais seuls 5 % sont recyclés.

Il serait temps de s’interroger sur le sort réservé à nos coquilles d’huîtres après les fêtes. Sur les 120000 tonnes d’huîtres produites chaque année, seuls 5 % sont recyclés. Providentiel Coquillages, installée à Ramonville, planche sur des solutions à haute valeur environnementale pour l’agriculture et l’industrie.

Vous n’imaginez pas tout ce qu’on peut faire avec une coquille d’huître. Daniel Moukoko a eu l’idée de créer son entreprise lors d’un séjour dans son village natal au Cameroun, en voyant son cousin broyer les coquilles d’huîtres pour nourrir ses poules. « Je me suis dit qu’il y avait une vraie richesse. J’ai lancé ma start-up en 2017, avec une première idée : démarcher les agriculteurs francais. »

Mais où trouver les huîtres en Occitanie ? Tout simplement à Sète, sur le bassin de Thau. Associé à Gaëtan Leguay, Daniel est allé rencontrer les acteurs de la filière ostréicole. Les deux fondateurs sont arrivés au bon moment. Les ostréiculteurs cherchaient des voies de valorisation pour leurs coquilles qui leur coûtent cher. Ils payent en effet en moyenne 2 500 € par an pour s’en débarrasser. 90 % des coquilles sont incinérées ou enfouies dans les carrières.

À Sète, c’est l’opérateur national Veolia qui est chargé de récupérer les coquilles d’huîtres auprès des professionnels, ostréiculteurs et poissonniers.

Les coquilles doivent sécher trois mois à l’air libre afin d’enlever les restes de chair, puis sont broyées sur place avant d’être emmenées à Toulouse. « Pour l’agriculture, une fois réduites en poudre, les coquilles sont livrées en camion. Pour les poules, le traitement est plus long : il faut chauffer la coquille pour la stériliser et ainsi détruire les bactéries. »

C’EST BON POUR LA PLANÈTE

Créer des emplois verts et apporter des solutions bas carbone pour l’industrie, c’est l’objectif de Daniel Moukoko. Là où les sols sont acides, les agriculteurs épandent de la chaux. Elle permet de relever le PH mais appauvrit la terre. En revanche, la coquille, grâce à son biotope marin, apporte des oligo-éléments et fortifie la terre. « On a commencé à travailler avec la filière viticole, explique l’entrepreneur, beaucoup de maraîchers nous appellent, on a des clients dans toute la France. »

Soutenue par l’incubateur d’innovation sociale Catalis puis repérée par Ad’Occ (l’agence régionale de développement économique), Providentiel Coquillages est dans une phase ascendante. L’entreprise, qui a installé ses locaux au sein de l’INP (l’Institut national polytechnique), s’appuie sur le savoir-faire des chercheurs du CRITT agro-ressources. « Notre force, c’est la recherche, insiste Daniel Moukoko. Nous travaillons sur des solutions à haute valeur ajoutée comme les cosmétiques aux huîtres. Il nous faut deux tonnes d’huîtres pour lancer une gamme de produits. Notre idée est vraiment de se focaliser sur la recherche. De grands comptes ont déjà montré leur intérêt pour les déclinaisons autour de l’huître. » Daniel Moukoko n’en dira pas plus, il garde jalousement ses procédés de fabrication.

NOUVELLE ANNÉE, NOUVEAUX MARCHÉS

Providentiel Coquillages espère ouvrir une unité de transformation près du bassin de Thau et se développer en Provence-Alpes-Côte d’Azur autour de la Méditerranée. « Nous voudrions récupérer les coquilles chez les restaurateurs et les particuliers, il y a un énorme gisement à exploiter », analyse Daniel Moukoko.

En 2021, l’entreprise va embaucher et développer son pôle recherche, tablant sur un chiffre d’affaires de 800 000 € à 1 M€. Elle va continuer à produire pour l’agriculture et commercialiser également son amendement en grandes et moyennes surfaces (GMS).

Daniel Moukoko espère un jour pouvoir réaliser son rêve : monter une usine de traitement de coquilles d’huîtres dans son village natal au Cameroun, près de Douala.

Gaëtan Leguay et Daniel Moukoko.

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