Olivier NouvelPionnier de la raw food

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Après une longue carrière dans le marketing, l’encadrement et l’export dans l’agroalimentaire, le quinquagénaire a racheté l’entreprise Gourmie’s en pariant sur cette nouvelle tendance.

La cinquantaine bien entamée, alors que certains désirent se sécuriser avant que ne sonne le glas de la vie active, Olivier Nouvel a pris la décision de quitter le confort salarial assorti d’un florilège d’avantages attachés à son poste de directeur de zone export chez Nutrition & Santé, pour posséder son entreprise. « Cela faisait cinq ans que j’étais au même poste, après avoir déjà bien évolué au sein de ce groupe pendant deux décennies. J’en avais fait le tour », explique l’entrepreneur. Une expérience enrichissante dont il tire les leçons, dans son nouvel habit de chef d’entreprise après avoir racheté en 2018 la TPE Gourmie’s, nichée dans une zone commerciale à Montrabé. Du 20 au 22 octobre prochain, il exposera à Natexpo, le Salon international des produits biologiques, afin de dévoiler ses nouveautés et d’étendre son marché, car la raw food, cette tendance à manger des produits bruts ou crus bien évidemment bio, venue de Californie, reste encore discrète en France.
Aujourd’hui, le sourire aux lèvres, adoptant une allure plutôt décontractée au sein de sa petite usine, le dirigeant ne regrette rien même si la reprise s’est révélée plus compliquée que prévu. « Je reprends tout en main. Les anciens propriétaires, qui transpiraient le bio écolo, ont fait carrière dans la restauration en Californie avant de plonger dans le milieu industriel en France, en rapportant le concept de la raw food et en fabriquant des barres de céréales. Ils se sont lancés dans cette niche, ont tout appris sur le tas, mais n’avaient pas l’âme très commerciale. Ils ont su cependant amener la lumière sur eux, mais les deux dernières années, ils n’ont pas su déceler les signes de fragilité. Et aujourd’hui tout ou presque est à refaire », détaille le dirigeant, plutôt opiniâtre, qui ignorait le challenge qui l’attendait mais qui a su cependant relever la santé économique de son « bébé », en prenant de nouveaux virages.

Il aura fallu plus de deux ans de persévérance au quinquagénaire pour reprendre l’affaire. Après plusieurs tentatives, il touche enfin du doigt l’aventure entrepreneuriale. Il s’est, tout d’abord, rapproché de Laurent Spanghero fin 2015, alors président de Nutrinat SAS, une entreprise qui développait des protéines végétales. Alors que le projet végétait, le dirigeant étant en parallèle éclaboussé par un scandale, Olivier Nouvel a pourtant fait le choix de devenir un repreneur sérieux. « J’ai mis 70 K€ dans l’affaire, et je suis resté à ses côtés en tant que directeur adjoint toute l’année dans le but de m’associer. Cependant, le chiffre d’affaires était très bas. Au final, l’entre- prise a été vendue à une coopérative agricole, je ne pouvais pas suivre », se justifie-t-il, tout en conservant un bon souvenir de cette expérience.

L’homme, qui ne croit pas « à la faute à pas de chance », ne baisse pas les bras, et repart en quête. Développant en parallèle un large réseau régional, il est alors séduit par le concept de la bière sans gluten, créé par Soma, une petite entreprise basée à Castelnau-dary. « Les deux créateurs avaient de l’ambition. Je les ai accompagnés amicalement pendant quatre mois mais au final, j’ai mis fin à notre collaboration car je pressentais de trop grandes difficultés ». Deuxième essai, deuxième échec. Mais le quinquagénaire, qui a écumé les CCI, les sites de rapprochement d’entreprises à céder, les salons d’investisseurs, les apporteurs d’affaires, et qui a distribué des centaines de cartes de visite, s’est ainsi fait repérer et connaît aujourd’hui 60 % des entreprises estampillées
« biologiques » en Occitanie.

« Il m’a fallu environ un an pour reprendre Gourmie’s, devenue Gourmiz. Il faut être accrocheur, patient et montrer aux professionnels du métier que vous avez cette idée ancrée en tête et que ce n’est pas juste une foucade. C’est donc un travail à temps plein avant même de prendre les rênes », souligne-t-il.

Être maître des décisions, c’est aussi ce qui a poussé cet ancien salarié, habitué à évoluer dans des cercles plus grands, à choisir une SARL. « Je ne pouvais reprendre qu’une TPE, et surtout je ne souhaitais pas composer avec un actionnaire. Je voulais mener ma barque », confie celui qui a redressé doucement la barre de l’entreprise, et vise un CA de 200 K€. Si la première année d’exercice lui a donné du fil à retordre, il a décidé d’apporter un nouveau souffle à l’entité et de dépoussiérer l’image de la raw food qui se veut pourtant créative. Aller à l’essentiel, c’est le virage souhaité par cet ingénieur agri-agroalimentaire de formation. « J’ai raccourci le nom pour éviter des erreurs de prononciation et mettre ma pâte. Aussi, j’ai voulu mettre l’accent sur le packaging et les ingrédients en laissant de côté les noms originaux qui n’étaient pas porteurs auprès des consommateurs. Par exemple, au lieu de Délice Martien, j’ai inscrit Spiruline, Ananas, Coco, Pâte de datte. Et j’ai créé une échantillothèque dès mon arrivée », souligne-t-il avant de poursuivre : « J’ai également revisité les conditions commerciales, un pas que refusaient de faire les anciens propriétaires. J’ai pu ainsi arrêter la chute et cela a payé au second trimestre de cette année. Enfin, j’ai fait le choix de la sous-traitance en mettant à disposition un outil et grâce à mes contrats actuels, j’ai triplé le volume de chiffre d’affaires par trois ».

Le dirigeant ne compte pas s’arrêter là et concocte déjà des innovations. Pourtant celui qui a misé au départ sur la raw food en reprenant l’entreprise porte aujourd’hui un regard différent. « C’était un pari sur l’avenir, mais les entreprises françaises dans ce secteur ne décollent pas. Autant, la raw food est une véritable tendance dans la culture anglo-saxonne, autant ici c’est un mouvement associé au vegan, au végétarien, qui n’a pas vraiment pris. J’avais en tête de créer un pôle et de devenir le spécialiste français de la raw food mais j’ai abandonné cette idée », souffle celui qui avoue parfois effrayer ses potentiels clients en utilisant ce terme. « Pourtant, la raw food, c’est la naturalité, la simplicité des ingrédients et des recettes, le côté « clean label », un barbarisme anglo-saxon décryptant les attentes des consommateurs depuis quelques années ».

S’il entend bien garder les mêmes procédés de fabrication par déshydratation qui permettent de conserver la valeur nutritive des aliments, et utiliser des ingrédients naturels bio, il envisage de dévier un peu de la raw food pour développer de nouvelles recettes : « Je veux proposer autre chose que des barres sucrées et ne pas utiliser uniquement la pâte de datte comme liant qui représente actuellement pour l’entreprise une consommation de quatre tonnes par an ». Un léger tournant, sans toutefois baisser en qualité. Ce flexitarien prône en effet le bien manger. « Ton aliment est ton premier médicament, selon Hippocrate ; cela dit tout sur ma philosophie. Manger est source de plaisir et de santé, tout comme le sport ». Lui qui se décrit comme n’étant pourtant pas « un fou du bio » suit malgré tout la tendance. L’entreprise s’astreint au respect d’une charte stricte édictée par l’un de ses plus gros clients, Biocoop, qui défend les produits provenant du commerce équitable et responsable. Les barres sont également commercialisées dans des boutiques indépendantes, mais le dirigeant compte bien conquérir d’autres marchés. « J’ai déjà une nouvelle vitrine dans les stations Dyneff. Cela a d’ailleurs été la négociation la plus rapide de ma vie », sourit-il. Pas question pour autant de trop franchir les frontières. « Mon objectif est de stabiliser les ventes en France. En ce qui concerne le site internet, le but n’est pas de concurrencer la vente en magasin, ce n’est donc pas un axe de développement », explique celui qui ne craint pas une concurrence accrue dans l’Hexagone mais plutôt une concurrence étrangère toujours moins chère.

Déambulant dans le laboratoire de production, le dirigeant, qui a fait carrière chez Prodiaal, Lactalis, puis Nutrition & Santé et qui a débuté chez Meilland Richardier, en tant que technico-commercial ce qui lui a permis de voyager partout dans le monde pendant deux ans après ses études à l’Institut supérieur d’agriculture Rhône-Alpes à Lyon, est aujourd’hui fier de produire près de 200 000 barres par an. Même si « rien n’est gagné », il compte bien intensifier le rythme de production.

Passé également par le Conservatoire national des arts et métiers en 2016 afin de « vivre une expérience entrepreneuriale de l’intérieur » pendant six mois, Olivier Nouvel sait qu’« il faut intensifier le rythme, redonner de l’envie mais ne pas accabler les salariés car contrairement à moi, ils ne sont pas là par conviction. Il faut parvenir à un équilibre, tout comme entre vie professionnelle et personnelle ».

Parcours

1963 Naissance à Lyon.
1985 Décroche un diplôùe d'ingénieur agri/agroalimentaire à l'Isara de Lyon.
1986 Suit un troisième cycle en commerce international à l'Ecole supérieure de commerce de Clermont-Ferrand.
2000 Intègre le groupe Nutrition & Santé où il fera presque 20 ans de carrière.
2016 Obtient un diplôme du Cnam de gérant de la petite entreprise à l'université Paul Sabatier de Toulouse.
2018 Rachète la société Gourmie's et en devient le gérant.
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