Claire BriottetPerle noire en héritage

La Maison Briottet fabrique une Crème de Cassis de Dijon élaborée de manière artisanale dans leur atelier situé en centre-ville à partir de baies de cassis récoltées en Bourgogne. Claire Briottet qui dirige aujourd’hui la maison avec son frère et représente la sixième génération de Briottet pose devant la photo de famille.

Avec son frère Vincent, elle intègre en 2010 la maison familiale éponyme. Cette sixième génération de liquoristes dijonnais perpétue ainsi le savoir-faire et les traditions héritées d’une histoire commencée en 1836. Aujourd’hui, Claire Briottet est la première femme a prendre la présidence du syndicat des fabricants de cassis de Dijon. Elle entend porter haut la voix de la perle noire bourguignonne.

Si les entreprises familiales ont souvent pour vertu de raisonner en termes de générations et non de mois, leur pérennité peut parfois être mise à mal par la survenance de conflits entre membres de la fratrie. Chez le liquoriste dijonnais Briottet, la sixième génération a bien failli ne pas prendre les rênes de la société éponyme née en 1836. Mais, point de zizanie à l’origine de la possible survenue de cette uchronie dans l’histoire d’un des grands noms du cassis bourguignon. Bien au contraire… Claire Briottet, qui, depuis 2014, dirige, avec son frère Vincent la maison Briottet se souvient : « C’était un week-end, au cours d’un repas de famille, notre père – qui souhaitait prendre sa retraite – annonce avoir trouvé deux acheteurs pour l’entreprise. Passée la stupéfaction, mon frère, qui travaillait alors pour Saverglass – verrier chez lequel nous nous fournissons en bouteilles – annonce être intéressé par la reprise de la société familiale… ». Entre la poire et… le cassis, Claire Briottet donne également de la voix, assurant qu’elle aussi y pense depuis quelques années et pas seulement le matin devant son miroir. L’inattendu concert en deux tons de sa progéniture laisse le père pantois. « Nous n’en avions jamais parlé. Mon père, sans doute par pudeur, par envie de nous laisser libre de nos choix et de nos destinées, de ne rien nous imposer. Pour lui : si continuité familiale il devait y avoir cela devait émaner d’un vrai choix du cœur,d’une authentique passion pour le métier…». De son côté, Claire Briottet, n’avait rien laissé transparaître de son désir de régler ses pas sur ceux de son père en s’inscrivant dans la transmission. La raison : ne pas lui donner de faux espoirs si d’aventure ses chemins de vie l’amenaient à embrasser d’autres amours professionnels. Il faut dire aussi que la fille de Gérard Briottet avait fait quelques infidélités au fruit noir de Bourgogne, en choisissant en 2004 – au sortir d’un IUT dijonnais en gestion, finances et comptabilité – de prendre la direction d’une baie, certes moins suave mais plus riche en embruns : celle du Havre. Sur place, accompagnée de son mari, elle intègre l’EM, une école de commerce avec une spécialisation en entrepreneuriat, s’investit dans un grand nombre d’associations, réalise des missions auprès des entreprises et remporte un concours international de négociation à Deauville. Le prix : un stage de six mois chez Monoprix à Paris comme assistante achat, chef de produit. L’étudiante traverse ensuite la Manche pour un second stage de six mois chez un importateur londonien de la Maison Briottet : elle pose ainsi les premières graines de son envie de poursuivre l’histoire familiale. À 25 ans, de retour sur le sol français, elle prend la direction d’un Simply Market (supérette du groupe Auchan) à Paris. Elle est alors la deuxième plus jeune responsable de France de l’enseigne. « Cette expérience a été pour moi très formatrice. La grande distribution est un milieu d’hommes, pas toujours facile où polyvalence et adaptation sont de mise. En deux ans, j’ai tout vécu, jusqu’à être victime d’un braquage un dimanche après-midi », témoigne-t-elle.

NOUVEAUX PARFUMS, VENTE EN LIGNE ET EXPORT

Suite à ce fameux déjeuner dominical de 2010, aux airs de Vaudeville, Gérard Briottet annule la vente et propose à ses deux enfants une transmission douce sur quatre ans. Concomitamment, le maître de chai de la Maison Briottet annonce son départ. Le père de Claire, lui demande alors de revenir sur Dijon pour endosser cette fonction. « Après un mois de formation, j’ai revêtu le bleu de travail et j’ai appris sur le tas. Sur le papier cela tenait de la gageure, tant j’étais peu familière des aspects techniques du métier. Mais j’ai relevé le défi : cela prouve que si l’envie est là, on peut tout apprendre ».Vincent Briottet ne tarde pas à rejoindre sa sœur. Un jeu de chaises musicales s’opère alors pour que le duo de futurs repreneurs s’aguerrisse à tous les postes de l’entreprise familiale. Un passage au service emballage agit en madeleine de Proust chez Claire Briottet. « Je me revoyais lycéenne, quand, une année où j’avais mal travaillé, je me suis vue privée de vacances à devoir mettre en cartons tout au long de la journée des centaines de bouteilles de liqueur. Une décennie plus tard, j’y prenais alors un réel plaisir ». En 2014, à 60 ans, Gérard Briottet prend officiellement une retraite bien méritée. « La passation s’est faite dans la bonne entente familiale. Mon père m’a même accordé un délai supplémentaire de deux mois dans ma prise de fonction pour me permettre d’accueillir mon deuxième enfant dans les meilleures conditions », raconte amusée Claire Briottet. Aujourd’hui cela fait déjà dix ans que Vincent et Claire Briottet ont rejoint l’entreprise. Lui en charge de la production, de la qualité et des achats et elle, du marketing, de la gestion et du commercial. Ensemble, ils ont continué à enrichir la gamme au rythme d’environ une nouveauté par an portant le catalogue actuel à 63 références de liqueurs dont le Basilic, le Maratruffe, la fève Tonka ou encore l’étonnante mousse de Cassis. En 2018, année où la Maison Briottet reçoit le label Entreprise du patri- moine vivant (EPV ), ils redonnent un coup de jeune à l’habillage des bouteilles. « Bousculer l’identité d’une marque est toujours un pari risqué. Nous l’avons pris car cela correspondait également à une attente exprimée par nos clients », affirme Claire Briottet. En 2020 la Maison Briottet s’offre un nouveau site internet et fait ses premiers pas dans le e-commerce : « L’idée était de donner à nos clients la possibilité de retrouver l’intégralité de notre gamme. La boutique en ligne a été lancée le 25 avril en plein confinement. Le démarrage est plutôt bon et fait ressortir nos produits atypiques. » La jeune femme a également affirmé la place de l’export dans la stratégie commerciale de la maison. « Avant nous étions sur des proportions de 2/3 pour le marché français contre 1/3 pour l’export. Nous avons totalement inversé cette tendance pour atteindre les 2/3 à l’export, le tout avec une croissance continue. L’export est intéressant car c’est un marché où l’on développe de vrais partenariats ancrés sur la durabilité et la fidélité, ce que l’on trouve moins en France, où le marché est plus volatile », explique celle qui vient de prendre la présidence tournante du Syndicat des fabricants du cassis de Dijon. Cette instance rassemble les maisons dijonnaises Gabriel Boudier, Lejay-Lagoute, L’Héritier-Guyot et bien-sûr Briottet. À sa création en 1945, elle comptait 22 signataires. C’est la première fois dans l’histoire de la filière qu’une femme se retrouve à sa tête. Pour la suite, Claire Briottet se veut optimiste et volontaire : « Nous avons été durement touchés par la crise sanitaire et les mesures de confinement liées. La Maison Briottet ne travaille pas avec la grande distribution. Nos produits sont vendus en épiceries fines, chez les cavistes, dans les hôtels et restaurants… Autant de lieux fermés pendant cette période inédite. Aujourd’hui, la reprise est encore timide, mais nous sommes une entreprise saine, solide, riche de savoir-faire, de valeurs de partage et de transmission… nous tiendrons le choc, j’en suis intimement convaincue. »

Parcours

1983 Naissance, le 18 novembre à Dijon.
2004 Obtient un DUT en gestion, finances et comptabilité.
2008 Est diplômée de l’EM, une école de commerce du Havre.
2010 Intégre la Maison Briottet.
2014 Prend avec son frère Vincent la succession de Gérard Briottet à la tête de la maison.
2020 Devient la première femme présidente du syndicat des fabricants de Cassis de Dijon.
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