Patient sous observation

Pierre Hornus a cofondé Sêmeia, une jeune entreprise spécialisée dans le suivi numérique des patients, qui vient de s’installer à Toulouse.

Sêmeia a beau être une petite entreprise récente – elle a été créée au printemps 2017 – ses ingénieurs n’ont eu aucun remords à laisser derrière eux leur équipe commerciale à Paris, sa terre de naissance, pour venir s’établir à Toulouse ; où Pierre Hornus (à gauche sur la photo), le cofondateur, et ses collaborateurs, ont été séduits tant par le bassin de recherche industriel que par sa qualité de vie. Manière de se rapprocher d’un éventuel marché en Europe du sud, peut-être ? Pas du tout. « Notre marché est pour l’instant français, et à terme international », explique Pierre Hornus, qui souligne que Sêmeia travaille déjà autant pour le suivi des patients qui ont bénéficié d’une greffe de rein à l’hôpital Foch de Paris, qu’avec l’Oncopôle où sa solution d’intelligence artificielle est en test auprès de patients souffrant de douleurs liées au cancer. Et, dans quelques semaines, celle-ci devrait également être testée auprès de patients atteints d’un cancer du sein, en partenariat avec l’institut Pasteur. L’idée de Sêmeia ? Offrir à un médecin une information synthé- tique et pertinente sur le suivi de son patient, et en particulier sur les risques d’arrêt intempestif de son traitement. Et ce, grâce à « une interface web qui se charge de récupérer les données du patient, qu’il s’agisse des examens faits à l’hôpital ou des résultats d’analyse biologique, et d’estimer le niveau de risque qu’il y ait une rupture du suivi des soins », explique Pierre Hornus.
Profitant du libre accès offert par l’Assurance maladie aux données de remboursement, Sêmeia a ainsi développé des algorithmes d’intelligence artificielle qui arrive à « identifier des signaux faibles ». Par exemple, dans le cas du traitement d’un cancer du sein, « nous voyons si la patiente commence à décaler ses visites à la pharmacie plutôt que d’y aller tous les mois comme prévu, et donc nous pouvons prédire le risque » de la voir arrêter son traitement. Pour autant, tient à rassurer Pierre Hornus, « le patient est bien sûr informé. On ne fait rien sans son accord ! »

Quant au coût que représente le produit de Sêmeia pour le médecin, « l’Assurance maladie rembourse notre solution pour le suivi de la greffe de rein, qui coûte 450 € par patient et par an ; dans d’autres cas, ce sont des établissements de santé qui payent », le prix évoluant en fonction de la pathologie.

La start-up vise cette année un chiffre d’affaires de 600 à 700 K€, et vise entre 25 et 30 M€ en 2023, « quand nous aurons dépassé les limites de la France ». En attendant, l’équipe de bientôt cinq personnes, installée dans le Village by CA sur les allées Jules Guesde, compte recruter à l’avenir une trentaine de personnes, principalement des ingénieurs et des data scientists pour affiner son produit. Une levée de fonds est en cours pour financer la R&D à hauteur de 3 M€.

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