Nogent-sur-Seine, enfin à l’heure du grand gabarit

Le port fluvial de Nogent-sur-Seine va voir son trafic augmenter sensiblement dans les années à venir.

Un accord financier a été trouvé entre les Voies Navigables de France et les collectivités territoriales pour ce chantier à 343 millions d’euros.

La mise à grand gabarit de la Seine jusqu’au port de Nogent-sur-Seine a souvent pris l’allure d’un serpent de mer d’autant que cela fait une quarantaine d’années qu’il en est question. Maintes fois évoqué mais jamais réalisé jusqu’à présent, le projet de canal à grand gabarit entre Bray-sur-Seine (Seine-et-Marne) et Nogent-sur-Seine vise à permettre aux péniches de 2 500 tonnes de naviguer depuis le port du Havre jusque dans l’Aube. À terme, avec la création du futur canal Seine-Nord Europe, ce sont également les grands ports de la Mer du Nord qui seront accessibles depuis l’Aube avec ces capacités de tonnage. Actuellement, le tronçon concerné, long de 28,5 km, constitue en quelque sorte un goulot d’étranglement qui limite le passage aux bateaux de 650 tonnes. Permettre la navigation de péniches et de barges de 110 mètres, d’une capacité quatre fois supérieure, change totalement la donne au niveau du coût du fret fluvial. Jean-Michel Soufflet, le patron du groupe agro-alimentaire aubois, ne manque jamais l’occasion de rappeler combien la mise à grand gabarit de la Seine est importante pour l’économie auboise. Malgré les limites actuelles, Soufflet en est l’un des principaux utilisateurs mais d’autres entreprises auboises utilisent également le transport fluvial en vrac ou par conteneur. Selon les prévisions, la mise à grand gabarit jusqu’à Nogent devrait faire quadrupler l’activité du port aubois à l’horizon 2050. L’enjeu est également environnemental puisque le scénario retenu de 2 500 tonnes permettrait d’éviter la circulation de 27 000 camions par an. Bonne nouvelle en cette fin d’année puisque Voies Navigables de France, le maître d’ouvrage de l’opération, vient d’annoncer qu’un accord financier a été trouvé avec les collectivités territoriales concernées. Le coût total des travaux est estimé à 343 millions d’euros.

LES CASIERS DE LA CENTRALE

Les collectivités se sont engagées à investir 125 millions dans l’opération. Somme répartie à hauteur de 35,6 % pour chacune des régions Grand Est et Île-de-France, et 14,4 % pour chacun des départements de l’Aube et de Seine-et-Marne. « Le démarrage de l’enquête publique prévu début 2021 était conditionné à cet accord entre les collectivités locales, d’où son importance », souligne Voies Navigable de France dans un communiqué. C’est sans doute la première fois depuis bien longtemps que la réalisation de ce projet est aussi proche. Certes, il faudra encore patienter quelques années car les travaux s’annoncent gigantesques. Il faudra redimensionner les infrastructures actuelles mais aussi créer un nouveau canal sur une partie du tracé. Long de 9,2 kilomètres, ce nouveau chenal viendra remplacer l’actuel canal de Beaulieu, comptant deux écluses. Un chantier titanesque dont l’avancée sera facilitée par la présence de multiples casiers creusés dans les années 1980 pour extraire les granulats nécessaires à la construction de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine. Des carrières creusées à cet endroit en prévision, justement, d’une mise à grand gabarit de la Seine jusque dans l’Aube et qui vont pouvoir démontrer leur utilité.

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