Neocean dessine le futur des loisirs sur l’eau

Camille Rigaud, membre de l’équipe de France espoir en Nacra 17, a elle aussi testé l’Overboat.

Lauréate du Grand prix et du prix de la mobilité intelligente et durable du concours régional des Inn’Ovations, la start-up héraultaise prépare un lancement en série dès cette année.

«Le plaisir de voler sur l’eau en solo ou en duo, en toute sécurité et en silence, sans apprentissage et en respectant l’environnement marin », telle est la promesse de Neocean, la start-up fondée à Montpellier par Vincent Dufour il y a deux ans. La TPE conçoit, assemble et commercialise l’Overboat, un mini-catamaran monoplace à propulsion électrique, véritable engin volant.

Doté de quatre foils à régulation électronique, il dispose d’un moteur électrique d’une puissance de 4,5 kilowatts, qui lui permet d’atteindre une vitesse maximale de 15 nœuds (28 km/h). Sa batterie lui confère une autonomie de deux heures à la vitesse de 12 nœuds, soit 24 milles marins ou 45 km.

UNE NOUVELLE FAÇON DE CONCEVOIR LES DÉPLACEMENTS SUR L’EAU

Véritable alternative aux bateaux à moteur thermique, parce que propre, sobre (il consomme 20 fois moins d’énergie à vitesse égale) et silencieux, l’engin qui se déplace sans laisser de sillage derrière lui (il ne perturbe pas la faune sous marine), est destiné au marché des loisirs (particuliers, loueurs de bateaux, campings et hôtels), mais pas seulement. D’autres segments de clientèle pourraient être séduits par ses propriétés, tels que les autorités en charge de la protection de l’environnement et de la surveillance maritime, le ministère de la Défense (l’Overboat peut être dirigé à distance comme un drone), les ports de plaisance (ceux de Sète et Carnon ont manifesté de l’intérêt) ou encore certaines disciplines sportives. En prévision des prochains Jeux Olympiques, la Fédération française de canoë-kayak et d’aviron ainsi que celle de voile sont particulièrement intéressées pour suivre au plus près les épreuves.

La création de Neocean est « une vieille histoire, raconte Vincent Dufour. Alors que j’étais jeune océanographe à Tahiti, on se déplaçait dans le lagon avec des dinghis. Debout dans le bateau pour mieux le diriger, sur cette eau si calme et transparente, j’avais le sentiment de voler au-dessus de l’eau. Et cette impression est restée longtemps en moi. Jusqu’à ce que je vois, à l’occasion de l’America’s Cup à San Francisco, les premiers grands catamarans à foils qui se soulevaient au-dessus de l’eau. Je me suis dit que c’était le truc dont j’avais besoin pour voler ! Parallèlement à cela, avec le développement de Tesla, les voitures électriques commençaient à faire leur entrée sur le marché. Or, la voile c’est très bien, mais moi, je cherchais à faire un bateau populaire et beaucoup plus petit, évidemment. Alors, j’ai commencé à cogiter. »

Après avoir fait ses premiers calculs sur un bout de papier, de fil en aiguille, l’océanographe s’intéresse aux problématiques de puissance et d’électronique. « À l’époque, je travaillais aussi parfois avec des roboticiens. Je me suis dit qu’il fallait de l’électronique pour gérer tout ça, de telle sorte que les gens montent dessus, accélèrent et volent, aussi simplement que ça. L’idée c’était de ne pas avoir besoin de plusieurs mois d’apprentissage et que l’engin ne soit pas réservé à quelques happy few. »

Et comme les briques s’enclenchaient plutôt bien, Vincent Dufour décide de quitter son job dans l’innovation pour lancer son projet. Accueilli au sein de l’université de Montpellier, il y recrute une équipe de professeurs agrégeant un électronicien, un roboticien, un électromécanicien et un hydrodynamicien, « tous hyper passionnés, intéressés par la mer et l’écologie. Chacun dans sa spécialité, a validé le cahier des charges. »

Avec son dossier sous le bras, Vincent Dufour obtient aussi des financements de la Société d’accélération du transfert de technologie (Satt) AxLR « qui a cru au projet ». S’en suit la construction d’une série de prototypes jusqu’à l’échelle 1 et la création de l’entreprise en 2019. Depuis le début du projet, 2,5 M€ ont été investis dans la R & D. Outre l’appui de la Satt et de Bpifrance, le dirigeant a réalisé avec succès deux levées de fonds d’environ 1 M€ chacune.

LANCEMENT DE LA PRODUCTION

Alors que la production – made in Occitanie en grande partie – a débuté, Vincent Dufour l’assure: des Overboats seront accessibles cet été en location sur la Côte languedocienne et sur la Côte d’Azur.

Mais avec son équipe, il planche d’ores et déjà sur la conception d’un biplace qui sortira cet été doté d’un moteur plus puissant, capable d’aller jusqu’à 20 nœuds, manière « d’aller taquiner les jet-skis sur leur terrain », s’amuse Vincent Dufour. À plus longue échéance, Neocean prépare la sortie d’un day boat, qui permettra d’embarquer une famille. Ce type de bateau qui constitue « le cœur de cible du marché du bateau à l’échelle mondiale, rappelle le dirigeant de Neocean. Ce marché est évalué à 25 Mds$ par an. »

Mais pour l’heure, l’objectif de Neocean est de réussir le lancement commercial de l’Overboat. La start-up, qui emploie une douzaine de collaborateurs, envisage de produire entre 20 et 30 engins dès cet été, puis un à trois par semaine. Pour accélérer son développement, elle prévoit, dans les prochains mois, de déménager à Sète, dans le cadre du futur Pôle Croissance Bleue lancé par Sète Agglopôle Méditerranée autour des activités innovantes liées au nautisme, à la mer et à l’environnement marin, « un pôle dont nous serons partie prenante et auquel nous croyons très fort », précise Vincent Dufour.

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