Missègle, le retour aux sources… De fil en aiguille

L’histoire de Myriam Joly, la fondatrice de l’atelier de tricotage Missègle, au Burlats dans le Tarn, ressemble à une pelote de laine que l’on déroule doucement, méthodiquement. Son entreprise emploie 35 personnes et s’engage à booster sérieusement la filière textile tricolore.

Ingénieure agronome formée à l’école de Toulouse Purpan, Myriam Joly, s’installe dans le Tarn dès la fin de ses études, avec l’idée de bâtir un modèle différent d’agriculture. Elle décide d’importer du Texas des petites chèvres angora. « Je suis allée chercher ces animaux avec l’envie de recréer une filière, de vendre du produit fini en direct. J’avais un besoin énorme de renouer avec le terrain. » Il fallait des acteurs capables de vendre du fil pour que Myriam Joly puisse fabriquer ses tricots. Elle s’installe en 1983 et met en place des circuits de transformation de la laine. Tout s’accélère ou plutôt tout se dérègle en l’an 2000 avec la crise liée au textile et au développement de filières à bas coût venant d’Asie. Myriam Joly sauve de la faillite une entreprise de tricotage de chaussettes tarnaise, Azéma. « Avec les six salariés, j’ai fait le pari de développer une entreprise de tricotage à Sémalens. »

Elle se consacre alors entièrement à cette activité et arrête l’élevage de chèvre, mais partage son savoir-faire au sein d’une association d’éleveurs locaux. Aujourd’hui, 150 éleveurs peuvent vivre de leur ferme en produisant de la toison, pari gagné pour Myriam Joly.

DONNER DU SENS À SA PRODUCTION

« Contre l’avis de tout le monde, j’ai pensé qu’il y avait une réflexion importante à mener sur notre façon de consommer », explique Myriam Joly. « Certes, nos valeurs sont dans la tendance, mais on ne peut pas nous reprocher d’être opportunistes, ce sont les mêmes depuis plus de 30 ans. »

Myriam Joly a investi récemment 1,5 M€ dans l’achat de machines de tricotage de dernière génération. « Je réserve la main de l’homme aux activités très pointues. On tricote des pulls en intégral en une seule pièce, sans couture. En revanche, on va remailler les cols à la main. » Un savoir-faire spécifique auquel Myriam Joly et ses collaborateurs sont très attachés. « Personne ne part à la retraite sans avoir transmis ses connaissances. »

UNE PROGRESSION DE 80 % CETTE ANNÉE

Il y a eu l’effet masque en mars 2020. « On a commencé à fabriquer des masques pour rendre service. Nous les avons mis sur notre site internet et les ventes ont explosé, 20 000 masques vendus en un week- end. »

Pas question pour autant de faire une opération financière, Myriam Joly a reversé 1 € par masque vendu aux hôpitaux de Castres, d’Albi et de Corte (d’où est originaire son époux).

Missègle travaille en nom propre, mais aussi en marque blanche pour les Laines Paysannes en Ariège ou pour Basserange à Toulouse.

100 000 colis sortent de l’atelier chaque année. « Le site internet monte en puissance mais nous avons toujours une forte activité courrier, qui représente 50 % de nos ventes. C’est culturel, nous avons beaucoup de seniors parmi nos clients, ils ont gardé le réflexe du papier », sourit Myriam Joly. Le CA est estimé à 8 M€, en constante progression.

L’international? Missègle a tous les atouts pour réaliser de belles opérations, la french touch séduit. « On y va doucement, notre problème n’est pas de vendre mais de produire. »

Aidée par la Région par le biais de contrats d’appui, l’entreprise vient d’achever un bâtiment en bois, écoconçu et autonome en énergie à 70 %.

Les fils de Myriam Joly ont rejoint l’entreprise. Tous réfléchissent à la manière de redonner des couleurs à la filière textile en Occitanie, en mettant, par exemple, en place le compagnonnage. La dirigeante est très optimiste. « Nous recrutons et formons en interne, plus de la moitié de nos salariés a moins de 35 ans ».

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