Mariages, réceptions… Saison « blanche » pour les professionnels

Durant la période de confinement, Sylviane Bertacchi a continué les livraisons, mais pour les soignants.

Avec la crise sanitaire, la saison des réceptions et cérémonies a été totalement bouleversée. Pour les professionnels de l’évènementiel privé, c’est une saison « blanche », avec des pertes de chiffre d’affaires catastrophiques. La prochaine échéance attendue est la rentrée de septembre, avec en question, la reprise des séminaires d’entreprises.

Les chiffres sont éloquents. Pour les traiteurs, qui font une grosse partie de leur chiffre d’affaires sur la période s’étalant de juin à octobre, aussi bien grâce aux prestations aux privés qu’aux entreprises, la chute est brutale. Moins 1 million de chiffre d’affaire pour Sylviane Bertacchi, traiteur installée et reconnue a Reims depuis 34 ans, 800 000 euros pour Marc Morel, incontournable à Épernay. « C’est simple, depuis le début du confinement et jusqu’en septembre, on n’a plus rien. Mais plus inquiétant, pour la suite, on n’a pas plus de visibilité », assène Sylviane Bertacchi.

Un drame pour celle qui emploie vingt salariés plus quelques 80 extras durant la période estivale. Pour autant, pas question de baisser les bras. « Si j’ai dû, par obligation, mettre mes salariés au chômage partiel, je n’ai pas arrêté de travailler durant cette période. On a refait des cartes, réfléchi à adapter nos prestations. Niveau sanitaire, on est en revanche sur des métiers avec déjà des obligations d’hygiène très stricte. » Et si les 800 m2 de laboratoire de préparation sont bien vides, la responsable de Bertacchi Receptions a décidé de faire des formations pour ses salariés.

DES CARNETS DE COMMANDES VIDES

À cette époque de l’année, l’entreprise intervient habituellement sur des évènements de 200 à 300 couverts, parfois plus, que cela soit pour des réceptions de particuliers ou d’entreprises. Même son de cloche chez Marc Morel. « En cette saison, nous couvrons trois à quatre mariages par week-end, avec l’embauche d’une trentaine d’extras. Là, je n’ai plus qu’un seul mariage programmé au mois de juillet. Les autres ont reporté en automne ou à l’année prochaine. »

DES CLIENTS FIDÈLES MAIS INCERTAINS

Fidèles, les clients n’annulent pas leurs réservations, ce qui apporte un soutien, du moins moral aux professionnels. La grande inconnue reste les évènements organisés par les entreprises, qui pour Sylviane Bertacchi, représentent 80% de son chiffre d’affaires. « Par jour, en tant normal, nous avons quatre à six réceptions, des maisons de champagne, des concessionnaires automobiles, des entreprises qui organisent des séminaires pour leurs collaborateurs, à l’échelle locale ou régionale… Tous nos clients nous disent qu’ils pensent à nous mais qu’ils ne savent pas quand ils reprendront les réunions entre salariés. » Car si l’impact économique est fort, moralement, les chefs d’entreprise ne sont pas non plus prêts à rassembler dans un même lieu, tout leur personnel ou partenaires. « La question de la responsabilité revient beaucoup. »

Alors pour s’adapter, durant le confinement et en attendant la reprise d’activité des entreprises, pas attendue avant septembre, les traiteurs restent ouverts pour de la livraison de plateaux repas. « J’ai rouvert le 11 mai, indique ainsi Marc Morel. Mais pas tant pour le chiffre d’affaires que pour signaler à nos clients qu’on est toujours là et que même sur des petites prestations, nous sommes à leurs côtés. Et puis, la reprise du travail est nécessaire aussi pour les salariés, même en roulement, en chômage partiel, afin de les sortir du confinement et de se sentir de nouveau actif et utile. Moralement, c’est très important. »

Le moral aussi et le fait de se sentir utile dans la tempête ont motivé Sylviane Bertacchi et ses équipes pour livrer des plateaux-repas aux soignants du CHU et cliniques de Reims. La prochaine échéance reste pour tous, en premier lieu les vendanges avec en saison normale, 500 à 800 couverts par jour, puis la rentrée de septembre. Plus philosophiquement, c’est aussi la capacité de rebond et de résilience qui interroge les professionnels. Quid de la convivialité ?

Des échanges autour d’un verre et d’un bon repas ? C’est aussi des bons comportements de chacun que dépendra la reprise du monde « presque comme avant ».

La Foire de Châlons, comme espoir de redémarrage

Tekliss, entreprise spécialisée dans la prestation de services dans l’événementiel public et privé en images, son et lumières compte sur la foire de Châlons pour initier un redémarrage après une saison faite d’annulation et reports.

Comme la plupart des entreprises du secteur de l’évènementiel, Mendy Lebel-Gosselet déplore une saison « blanche » avec la totalité des événements annulés ou reportés au sein de son entreprise « Tekliss ». Avec cinq salariés permanents et l’emploi d’une vingtaine d’intermittents sur les gros salons, c’est pendant la période s’étalant d’avril à octobre qu’il fait habituellement la plus grosse partie de son chiffre d’affaires. « D’avril à juillet c’est une grosse période, puis ça se calme en août pour reprendre très fortement fin août début septembre avec la Foire de Châlons. » Justement, dans ce contexte d’incertitude et morose, le maintien de la Foire est « ce qui nous sauve et nous stimule à la fois », confie Mendy Lebel-Gosselet. Durant la période de confinement, le chef d’entreprise a gardé le lien avec ses clients, « à chaque étape des annonces » pour pouvoir anticiper la suite et se projeter, même si les entreprises jusqu’aux annonces concernant la deuxième phase du déconfinement (à partir du 2 juin) n’osaient se prononcer.

DES ANNULATIONS DÈS MARS POUR NOVEMBRE

«On a eu, dès le mois de mars, des annulations pour les mois de novembre et décembre, mais peut-être qu’avec les nouvelles annonces gouvernementales, les choses vont redémarrer. Cela dépend aussi du fait que les personnes vont pouvoir et vouloir de nouveau se réunir. » Pour Tekliss, le redémarrage sera initié par la Foire de Châlons qui « cette année plus que les autres, sera le moteur de la rentrée et aussi le symbole du redémarrage économique. »

Et si dans le domaine de l’événementiel d’entreprise, « on prévoit rarement à plus de 10 mois d’avance », 2021 pourrait bien échapper à la règle avec le report de la majorité des évènements pré- vus en 2020.

Tekliss a notamment mis en lumière le château des Crayères.

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