Jacques PoujadeL’expérience aux commandes

Ce spécialiste en traitement des déchets dirige Terroirs et Communautés, un cabinet de conseil qui monte des projets pour les collectivités territoriales et les sociétés privées à Montauban. Ce jeune sexagénaire profite de la liberté du statut de chef d’entreprise avec enthousiasme et ressent l’envie de transmettre sa passion.

À 63 ans, Jacques Poujade respire la jeunesse. « Je suis comme un enfant qui découvre de nouvelles choses. Dans ma tête, j’ai 30 ans. » À l’âge où certains envisagent la retraite, lui n’y songe pas vraiment. « Je pourrais m’arrêter. Mais je suis un peu passionné par ce que je fais. À 60, 62, 65 ans, on est au top dans les professions intellectuelles. Et on doit mettre tout ça au feu ? On oublie la transmission. Je veux pouvoir m’arrêter quand j’aurai pu transmettre. » Il ne pense pas forcément à la reprise de son entreprise, Terroirs et Communautés, qu’il a créé en 2014 à Montauban. Mais davantage à partager son savoir, son expérience, son envie et surtout sa capacité à rebondir, à chercher de nouveaux projets professionnels.

Spécialiste dans le domaine de l’environnement, il est devenu pointu dans ce secteur crucial au gré des opportunités. Plus que le traitement des déchets, le fil rouge de sa carrière est plutôt l’organisation, le montage de projets. C’est aujourd’hui le cœur de l’activité de sa première société, lancée il y a six ans après une vie professionnelle en tant que salarié. Son parcours, impressionnant, est une fierté. Mais pour lui, l’implication, la qualité du travail ne font pas tout : « J’ai toujours su prendre les trains qui se sont présentés devant moi ».

La métaphore ferroviaire n’est pas qu’un bon mot : son père travaillait pour les chemins de fer. Né à Brive en 1957, Jacques Poujade s’est orienté vers le commerce après un bac scientifique. Il entre à Sup de Co à Bordeaux en 1976 sans trop savoir où il met les pieds. « C’est un pur hasard : une amie m’en a dit du bien, alors je l’ai fait. » Trois ans après, il commence à chercher un premier boulot et intègre l’équipe qui lance l’hypermarché Auchan dans le nouveau quartier de Mériadeck, en plein centre de Bordeaux. « À l’époque, les jeunes diplômés n’avaient qu’à lever le doigt pour trouver du travail. » Recruté en septembre 1979, il fait quatre mois de formation à Strasbourg et revient dans la préfecture de la Gironde où il commence comme chef de rayon textile, à seulement 22 ans. « Je planchais 12 heures par jour et six jours sur sept. Cela m’a appris à travailler. Ils m’ont filé un carnet de chèques et du personnel, j’ai tout appris de la gestion des entreprises. J’en garde d’excellents souvenirs. »

Il fait rapidement le tour de cette première expérience et commence à chercher ailleurs. En 1982, il est embauché par une filiale de Promodes (Champion, Shopi…). Il est chargé de développer la franchise, d’assainir de petits magasins d’une grosse chaîne présente en Aquitaine. « Au bout de deux mois, je suis nommé responsable de l’expansion. J’ai 25 ans, je suis à la tête d’une équipe de sept-huit personnes. Là, j’ai appris mes compétences en droit et en développement. » Jacques Poujade mène ce projet pendant cinq ans avant d’être recruté en 1987 par le groupe qui deviendra Eiffage. Du commerce, il passe à l’immobilier. Et à un autre niveau d’organisation. « Je devais développer une filiale de promotion immobilière. Je devais créer l’activité : trouver un terrain, définir quelle activité implanter, quel projet architectural mettre en œuvre, traiter avec les notaires, gérer la partie commerciale… Tout faire jusqu’à la livraison du dernier mètre carré. À l’époque, j’ai 30 ans, et je n’ai jamais fait depuis quelque chose de plus compliqué. »

En 1992, le futur dirigeant de Terroirs et Communautés ne se sent plus très à l’aise dans son boulot : la crise immobilière est en contradiction avec ce qu’on lui demande de faire. Il cherche ailleurs et intègre Eco-Emballage en 1993 comme directeur régional à Toulouse. Un nouveau secteur auquel il ne connaît pas grand-chose. « Au début, les patrons ont dit que dans 10 ans, il fallait que la collecte sélective soit partout sur le territoire. Quand je suis parti en 2006, 90% de ma zone était couverte. »

Muté à Paris sur un poste avec plus de responsabilités, il ne s’y retrouve plus et cherche de nouveau ailleurs, plutôt dans sa région de prédilection. C’est finalement Véolia propreté qui le recrute comme directeur du développement pour le sud-ouest et responsable de la communication à Toulouse. À la fin des années 2000, au tournant de la cinquantaine, il est au faîte de sa carrière dans une société qui compte 5000 collaborateurs et 1 Md€ de CA.

Peu avant le milieu des années 2010, le groupe Véolia change de structure et la délégation de Jacques Poujade disparaît. « À ce moment-là, j’ai 56 ans, je me demande : “Qu’est-ce que je fais ?”. Je ne trouvais plus de satisfaction dans le salariat. En juillet 2014, je décide de faire mon sac, prendre un Blablacar, je me fais déposer à la basilique du Puy-en-Velay et je pars sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Après sept jours, j’ai les idées en place. Ma femme vient me chercher, je sais ce que je veux faire : créer mon entreprise. »

Le principe est validé, mais le contenu est flou. Jacques Poujade ne sait pas quoi faire. Il connaît beaucoup de monde dans les collectivités, qu’il rencontre sans que cela ne soit concluant. Un jour, l’un de ses contacts lui fait remarquer : « Tiens, mais tu t’y connais en marchés publics ! » Le dirigeant de Terroirs et Communautés commence par s’intégrer à des groupements où ses connaissances complètent les savoirs d’autres professionnels. Les projets se multiplient, il recrute une première collaboratrice en 2015, une deuxième en 2017, année où il monte ses propres groupements pour répondre aux appels d’offres.

Terroirs et communautés travaille surtout auprès des collectivités locales, pour lesquelles il conseille le service public de traitement des déchets et la collecte en matière d’organisation humaine, technique, financière, juridique. La jeune société œuvre également pour accompagner des acteurs privés dans leur « verdissement ».

Jacques Poujade n’a pas besoin de feindre son enthousiasme : il met à profit tout ce qu’il a appris dans le domaine de l’environnement, et ses compétences pour monter des projets. Ses projets. « Un chef d’entreprise gagne correctement sa vie et bosse beaucoup plus qu’un salarié. Mais je suis un homme libre, et ça, ça n’a pas de prix. »

Parcours

1957 Naissance à Brive-la-Gaillarde (19)
1979 ÀlasortiedeSupdeCo Bordeaux, il intègre l’équipe du nouvel hypermarché Auchan dans le centre-ville de la préfecture girondine
1982 Il est embauché par une filiale de Promodes pour développer une franchise de supermarchés. Devient rapidement responsable de l’expansion
1987 Il est recruté par le groupe qui deviendra Eiffage pour développer une filiale de promotion immobilière
1993 Intègre Eco-Emballage comme directeur régional à Toulouse
2006 Devient directeur du développement pour le sud-ouest et responsable de la communication de Véolia propreté
2014 Lancement de Terroirs et Communautés à Montauban
Commentaires