Les chefs d’entreprise optimistes pour 2019

De gauche à droite : Émile Noyer, président de la FFB de Haute-Garonne, Bruno Bergoend, président de l’UIMM de Midi-Pyrénées, Pierre-Marie Hanquiez, président du Medef 31 et Philippe Frey, président du Syntec Ingénierie d’Occitanie. (Photo : Simon Castéran)

À en croire un sondage effectué par le Medef de Haute-Garonne, l’activité économique a poursuivi cette année son embellie. Les chefs d’entreprise sont confiants dans la solidité de la conjoncture, et envisagent un haut niveau d’investissements et d’embauches.

Comme à chaque édition, la présentation de l’annuaire Top éco a été, pour le Medef, l’occasion de dresser un bilan économique à mi-parcours de l’année, et d’envisager les perspectives pour 2020. Ainsi, pour le président du syndicat patronal de Haute-Garonne, Pierre-Marie Hanquiez, « on constate que l’activité des entreprises est globalement en progression de 2 %, dans une région où le chômage baisse. Même s’il reste supérieur au taux moyen français, il passe de 11,9 à 10,3 % » – les départements du littoral occitan n’en profitant cependant pas, puisque le taux de chômage continue d’y avoisiner les 14 %.

Néanmoins, pour Pierre-Marie Hanquiez, la région continue de s’illustrer « par la solidité de son économie, en particulier dans l’industrie, grâce au domaine aéronautique et spatial » même si, a-t- il aussitôt ajouté, la performance ne saurait se limiter à ce seul secteur – les représentants des différents syndicats patronaux à ses côtés ne s’étant d’ailleurs pas privés de le rappeler. Mais avant de les laisser détailler les résultats de leur secteur, le président du Medef 31 est revenu en profondeur sur les enseignements de l’édition 2020 du Top éco. Pour cette 32e édition, 150 entreprises (58 % dans les services, 31 % dans l’industrie et 11 % dans le commerce) ont répondu à un questionnaire détaillé sur leur organigramme, leur chiffre d’affaires, leurs besoins en recrutement… et surtout, sur « l’état d’esprit des chefs d’entreprise en Haute-Garonne ».

Lequel s’avère plutôt positif, puisque « quand on leur demande ce qu’ils ont pensé de leur activité au premier semestre par rapport à celui de 2018, 38 % considèrent qu’elle a été très bonne voire excellente, et 23 % d’entre eux la jugent bonne. Seuls 11 % la jugent mauvaise ou très mauvaise », se félicite Pierre-Marie Hanquiez.

Même son de cloche en ce qui concerne les investissements : « 30 % des entreprises nous ont dit qu’elles ont plus investi au premier semestre 2019 qu’en 2018, et 43 % qu’elles ont investi à l’identique ». Concernant les embauches au 1er septembre, « on observe là aussi une certaine dynamique avec 11 % des entreprises interrogées qui disent avoir recruté plus de 20 personnes, 20 % entre cinq et 20, et 40 % entre une et cinq personnes ». Autrement dit, « plus de 70 % des entreprises disent avoir embauché depuis le début de l’année », résume Pierre-Marie Hanquiez, qui rappelle en outre que selon la même étude, « 60 % des chefs d’entreprise estiment que la fin d’année sera bonne, voire très bonne, et même excellente pour 30 % d’entre eux ». De la même manière, à la fin de l’année, près de la moitié (44 %) des dirigeants pensent que leur niveau d’investissement en 2019 sera identique à celui de l’année précédente, et 67 % ont déclaré leur intention d’embaucher avant la fin de l’année. Signe que « l’embellie se poursuit et semble s’inscrire de manière structurelle », espère le président du Medef 31, qui en veut pour preuve que 75 % des dirigeants s’estiment « confiants » dans l’évolution de leur secteur d’activité.

LE MEDEF S’INVITE DANS LES MUNICIPALES

« Pour autant, tempère Pierre-Marie Hanquiez, il reste des sujets de préoccupation, dont le premier est la difficulté de recrutement, un sujet récurrent quelle que soit la branche d’activité : il y a 255 900 emplois à pourvoir en Occitanie, et selon une étude de Pôle Emploi, 45 % des entreprises déclarent avoir des difficultés à embaucher » ; un chiffre qui rejoint les 46 % observés par le Medef dans son questionnaire. Les chefs d’entreprise se plaignent également des lourdeurs administratives, des problèmes de compétitivité – « entendez : la fiscalité, d’autant qu’on parle de rogner des niches fiscales comme le gasoil non routier, et la fiscalité locale », souligne le président du Medef de Haute-Garonne. Enfin, autre sujet d’inquiétude, « le poids de la dépense publique » – là aussi, comprendre le niveau de commandes des collectivités qui, à l’approche des élections, a tendance à baisser, « en particulier dans les grands projets d’infrastructure qui tardent à sortir, précise Philippe Frey du syndicat patronal de l’ingénierie Syntec : la ligne LGV Bordeaux-Toulouse, Bordeaux-Dax, l’autoroute Toulouse-Castres… » Moralité : selon Pierre-Marie Hanquiez, « les entrepreneurs disent : nous sommes en train de développer notre activité, l’économie va mieux, et notre principale inquiétude est que l’on nous mette des boulets supplémentaires aux pieds ». Cependant, il ne faudrait pas croire que les mêmes se montrent ingrats ; puisque, lorsqu’on les interroge sur les réformes récentes qu’ils jugent positives, ceux-ci choisissent à 48 % la réforme du code du travail, à 41 % celle des retraites, et pour 29 % d’entre eux, la réforme de l’assurance-chômage.

Pour autant, le Medef compte s’investir dans les prochains débats des élections municipales, en faisant entendre sa voix sur les questions de l’emploi, de la fiscalité locale, d’attractivité et de mobilité : « nous serons bien sûr à l’écoute de ce que proposent les candidats sur ces questions-là ; mais nous serons aussi force de proposition pour dire ce que les entreprises attendent », prévient Pierre-Marie Hanquiez. Lequel rappelle, à toutes fins utiles, que « la contribution des entreprises au budget de la métropole représente plus de 50 % »…

LES FORTUNES DIVERSES DE L’ÉCONOMIE EN HAUTE-GARONNE

L’industrie connaît une hausse d’activité, tandis que le petit commerce continue de souffrir

Cette année en Occitanie, « l’industrie se porte globalement bien, avec une conjoncture favorable (+2,3 % d’activité) qui s’est traduite par une hausse des emplois d’1,8 % à 109 000 postes », estime Bruno Bergoend, directeur des programmes chez Airbus et ATR et surtout président du syndicat patronal de la métallurgie, l’UIMM de Midi-Pyrénées. Malgré une légère érosion, « la balance des exportations reste positive à 15 Mds€ ; l’appareil productif est bien utilisé (à 80 %) et les carnets de commandes sont très corrects », s’est réjoui le représentant syndical. Le secteur observe également une recrudescence « jamais enregistrée » de création d’entreprises, avec 1 800 nouveaux métallurgistes au premier semestre 2019.
Dans le bâtiment, secteur sinistré pendant des années, Émile Noyer de la FFB de Haute-Garonne s’est pour sa part félicité de « la baisse significative des défaillances d’entreprise », 200 seulement ayant été déclarées. Entre juin 2018 et juin 2019, l’activité du bâtiment et des travaux publics a représenté un chiffre d’affaires de 9,7 Mds€, soit « une augmentation de 2,5 % par rapport à l’exercice précédent » – là où, pourtant, 5 % de hausse étaient attendus. Entre juin 2019 et juin 2020, l’activité devrait se maintenir à 9,7 Mds€.
Quant au commerce, du fait des nombreuses manifestations qui ont émaillé le centre- ville depuis la fin 2018, le secteur fait évidemment grise mine, « même s’il faut faire la distinction entre la TPE, qui a souffert dans sa trésorerie et ses marges, et la grande distribution qui n’a pas été pénalisée de la même manière, et qui, elle, pourra se remettre sur les rails au deuxième semestre », explique Denis Lafon, le président du Conseil départemental du commerce de Haute-Garonne (CDC). De sorte que « la clientèle s’est repliée, et aujourd’hui, ce sera compliqué pour la petite distribution, en particulier dans l’habillement et l’équipement du foyer, de communiquer auprès des clients. Il faudra que la confiance revienne, car depuis, le consommateur a appris à consommer différemment, ou ailleurs »… à commencer sur internet.

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