Les aménagements de sécurité au service du mieux-vivre

Par Pierre Carlotti, directeur sécurité et prévention des risques chez Artelia

La longue liste des attentats a malheureusement montré que les espaces urbains peuvent être fragiles face à des terroristes utilisant des véhicules comme moyens de destruction. L’attaque au véhicule bélier est en effet redoutable, et elle est très facile à mettre en œuvre par des individus n’appartenant pas à des groupes à forte technicité, en visant la foule sur des espaces ouverts. Le terrorisme n’est pas le seul utilisateur du véhicule bélier, qui peut aussi servir à des fins crapuleuses, que ce soit pour forcer l’entrée d’un bâtiment contenant des biens de valeur, ou pour marquer un territoire dans le cadre d’une stratégie de racket.

UN PARADOXE

Longtemps les critères de sécurité routière ont conduit à mettre en place des dispositifs effaçables en cas d’accident. De plus, pour des raisons urbanistiques, le souhait est fort de ne pas faire envahir les villes par des équipements anxiogènes, mais bien plutôt de viser à créer les conditions d’une vie collective sereine au sein d’espaces publics accueillants.

DES DISPOSITIFS ANXIOGÈNES ?

La prévention de la malveillance en architecture et en urbanisme est aujourd’hui presque un sujet tabou car les préjugés font que design et sécurité paraissent inconciliables. L’attention au bien être de chacun est présent dans les objets de mobilier urbain aux diverses fonctions, mais leur rôle sécuritaire est souvent relégué au second plan. Les dispositifs de sûreté, tels que les bornes et les poteaux, quant à eux, se cantonnent le plus souvent à leur fonctionnalité première alors qu’ils pourraient en intégrer d’autres qui leur permettraient de participer positivement à la construction durable de la ville, et cesser de devenir anxiogènes pour les citoyens qui les perçoivent comme un rappel au danger.

AU SERVICE DU BIEN VIVRE ENSEMBLE

La qualité des aménagements urbains doit donc tout à la fois participer à créer une image rassurante des villes et favoriser la sécurité de tous. Ce sujet est au cœur des enjeux tant au niveau du traitement des interfaces des bâtiments avec la ville (façades, accès) que dans le mobilier urbain.

UNE NOUVELLE PHASE ET DE NOUVELLES OPPORTUNITÉS

Sur le plan économique, dans l’urgence de la réponse à la montée de la menace sur la période 2015-2018, la plupart des municipalités ont d’abord mis en place des moyens humains et des dispositifs provisoires, tels que des véhicules des services techniques garés en travers des voies d’accès pour protéger les événements festifs. Cependant, cette approche a vite montré ses limites en termes de coût et de disponibilité des équipes. Nous entrons donc maintenant dans une nouvelle phase, où les acteurs ont intégré que le niveau de menace est pérenne. Les nouveaux projets d’aménagement intègrent dorénavant dès la conception les besoins de protection, qui peuvent sembler coûter plus chers au moment de l’aménagement, mais donc le coût doit être mis en balance avec les économies sur la mise en place de personnel que permet une conception intégrée de la sûreté. Cependant, les dispositifs choisis respecteront-ils les normes de résistance adaptées à leur environnement urbain ? Comment articuler leur conception technique avec les études urbanistiques qui ne manqueront pas d’être entreprises en 2020 ?