Le webinaire et la réduction de voilure, modèles de résilience pour Planet A

Carmen Munoz-Dormoy, Présidente de Planet A : "Le travail en réseaux est au centre de notre mission et la visioconférence un outil familier".

La crise est passée par là. Planet A vient de traverser une année éloignée de sa prospection partenariale, de ses stagiaires et de son public. Avec un bilan financier, réduit et fort honorable, l’Association poursuit son cap en mode binaire, avec une prochaine exposition grand public à la Foire de Châlons-en-Champagne.

Ce qu’il advient aujourd’hui de Planet A n’est-il pas inscrit dans les statuts de l’Association ? Avec, évidemment les conséquences d’une crise Covid, entre le printemps 2020 et aujourd’hui qui impose un autre modèle. D’abord, parce que l’objet de Planet A, défini en 2017, est d’ambition mondiale : « Fédérer l’ensemble des personnes qualifiées, du monde entier et de bonne volonté connaissant en profondeur les enjeux du monde agricole, des ressources naturelles, de l’économie et des politiques publiques prêts à s’engager dans une réflexion et des actions pour engendrer l’innovation technique, économique et sociale afin de construire les solutions face aux grands défis globaux, au service des générations présentes et futures ». Ensuite parce que cette crise, alors imprévisible, a déjà brouillé toutes les prospectives d’hier.

LA CRISE IMPOSE UN NOUVEAU MODÈLE

L’Association Planet A porte deux actions directrices : un Institut et un Forum, d’un côté un carrefour de formation, de rencontres et d’échanges entre tous les acteurs de la question agricole, un outil de transmission des meilleures connaissances au public et d’un autre une rencontre annuelle rassemblant les acteurs internationaux dans la recherche de solutions autour des enjeux de l’agriculture de demain. Institut et forum sont des actions nécessitant des partenariats utiles à la mission de Planet A. La crise sanitaire, économique et social, impose désormais une réduction de la voilure, en guise de remise en question. La dernière Assemblée Générale de l’association vient d’en prendre acte. Sans entrer dans les détails, le rapport d’activité de la Présidente Carmen Munoz-Dormoy, a été un exercice de constat d’une structure associative coincée entre présentiel et distanciel, largement soumise aux aléas de la crise, aux reports de calendrier et aux rendez-vous manqués avec les partenaires potentiels et son public. Le webinaire a imposé sa norme pour ce qui est encore faisable et pour le reste tout ou presque a été reporté.

La prochaine foire de Châlons-en-Champagne, annulée en 2020, devient ainsi un phare pour septembre prochain. « Nous y serons », affirme la Présidente qui rappelle que bien des projets sont en route comme celui du travail mené avec l’INRAE, l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement pour la mise au point du premier indicateur mondial d’évolution du stock carbone dans les sols agricoles.

RÉDUCTION DRASTIQUE DES FINANCES

Le commentaire des résultats financiers 2020 du Vice-président Pol Lavefve est sans ambigüité : 787 000 euros de produits contre 2 168 000 euros en 2019, 846 000 euros de charges contre 2 079 000 euros en 2019, les produits ont baissé de 64% et les charges de 59%. Les concours publics et subventions d’exploitation sont passés de 1 712 000 euros à 809 000 euros, soit une baisse de près de 35%. Le résultat courant présente un déficit de 64 000 euros, contre un solde positif de 88 000 euros en 2019. Le chargé des comptes de Planet A souligne dans le déficit 2020 un amortissement et une réintégration de charges qui l’amènent à cette conclusion : « l’activité a été tenue et n’a pas généré de déficit conséquent. Il nous manque finalement 220 000 euros de concours privés pour atteindre l’équilibre en 2021 et, sur cet objectif, 110 000 euros sont acquis et 40 000 euros sont probables ».

Reste donc pour Planet A à trouver 70 000 euros d’ici à la fin de l’année. Dans son budget prévisionnel 2021, l’association mise sur 300 000 euros de recettes et 1 200 000 euros de subventions (Région, Département de la Marne, Ville et Agglomération de Châlons-en-Champagne, Etat et fonds européens). On reste ainsi dans un schéma de subvention publique à hauteur de 80%. Encore loin d’un équilibre public/privé souhaité par Benoist Apparu, le Maire de Châlons-en-Champagne, initiateur et fervent défenseur de Planet A.

PRÉSENTIEL ET DISTANCIEL DANS LE PROGRAMME 2021

Le 24 juin se déroulera en digital le 3e Forum sur le thème du carbone, thème que l’on devrait retrouver dans le séminaire envisagé dans le cadre de la Foire de Châlons-en-Champagne. L’Institut pourrait organiser son voyage d’études dans le courant du mois d’Octobre. Novembre verra la parution d’un ouvrage grand public et d’ici à la fin de l’année Planet A aura dévoilé son enquête sur le thème : « Consommation et santé unique, vers un nouveau rapport à l’alimentation ».

Benoist Apparu : « Notre priorité est dans la recherche d’un partenariat privé plus important »

Benoist Apparu estime que Planet A peut prendre sa place dans une réflexion mondiale globale sur tous les sujets relatifs à l’avenir des modes de consommation du monde et de la préservation des ressources de la planète. Le Maire de Châlons-en-Champagne et porte-parole de l’association croit en des jours meilleurs.

Benoist Apparu : « Le sujet central c’est comment peut-on concilier trois grandes questions : nourrir le monde, préserver les ressources et lutter contre le changement climatique. L’agriculture est une réponse à ces trois enjeux d’où l’engagement de Châlons-en-Champagne sur ce sujet primordial. Via l’Institut Planet A, nous aidons les élites et les dirigeants du pays à réfléchir sur l’importance stratégique de ces questions. »

Un démarrage compliqué ?

« En France, nous avons tendance à penser que tout peut fonctionner très vite. Des projets du type de celui de Planet A mettent plus de temps à aboutir. Nous en sommes au troisième exercice de l’Institut, patience, nous progressons. Je me moque des échelles de temps ou des diktats d’un calendrier. Les Chinois se projettent à cent ans, moi j’essaie de le faire à vingt ans. Les questions pour demain matin me fatiguent. Mon travail de dirigeant d’une collectivité locale est de penser sur le moyen ou le long terme. »

L’Institut ou le Forum, quelle priorité ?

« L’Institut est un outil d’influence. Nous avons besoin en France de lieux dans lesquels les cinq grandes familles que sont les ONG, le monde professionnel, la finance, l’administration et la recherche peuvent travailler ensemble. Le Forum est un de ces lieux. Le Forum coûte cher et les premiers résultats nous apparaissent peu probants. Ce genre de manifestation ne gagne en notoriété que sur le très long terme. De plus, la crise sanitaire a balayé complétement notre organisation à ce niveau. L’avenir sera peut-être à du 100% digital. L’Institut quant à lui va continuer, le Forum doit s’adapter. Je crois en l’avenir de la Cité de l’agriculture, au-delà du dialogue nécessaire avec les influenceurs et les élites. »

La situation financière de Planet A ?

« Nous sommes à la recherche de plus de partenariats privés pour moins peser sur les budgets publics qui nous accompagnent. Nous espérions parvenir à un cinquante/cinquante au bout de trois ans alors que nous ne sommes aujourd’hui qu’à dix ou quinze pour cent de financement privé. Cet équilibre n’est pas sain. Cependant, le concept Planet A est bon. Chacun est libre de penser ce qu’il veut de cette institution. Nous, nous continuerons sur notre temporalité. »

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