Laurent PanigaiLe sens du collectif au service de la Champagne

Laurent Panigai est le nouveau Directeur général du SGV.

Ingénieur agronome de formation, ce spécialiste de l’effervescence champenoise de l’amont à l’aval vient de prendre la Direction générale du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne.

Fraîchement nommé Directeur général du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne, Laurent Panigai est loin d’être un inconnu dans le monde de l’effervescence. À bientôt 60 ans – il les fêtera en octobre prochain – c’est un homme de challenge qui a rejoint les locaux du 17 de l’Avenue de Champagne à Epernay. Et s’il n’a pas encore officiellement dévoilé son plan stratégique pour le SGV, c’est avec une idée très précise qu’il arrive à la tête d’une entité de 150 personnes : « redonner de la puissance au Syndicat ». 

Après avoir accompagné jusqu’au bout le projet de rapprochement du CVC Nicolas Feuillatte (où il était Directeur général adjoint jusqu’en décembre dernier) avec la CRVC Castelnau, Laurent Panigai a donc pris ses toutes nouvelles fonctions le 11 janvier au SGV. Le Directeur général du puissant syndicat champenois (20 000 vignerons adhérents) a été clairement recruté pour accompagner le projet de transformation de la structure. « C’est à la fois un défi et un enjeu global de redonner de la puissance au Syndicat », souligne-t-il. « Dans une période charnière de crise économique de court terme – mais à ne pas sous-estimer car de grande ampleur -, ma venue s’inscrit dans cette volonté. À ces éléments de court terme, il faut ajouter des sujets à moyen et long terme – je pense notamment au défi du changement climatique – qui nécessitent d’avoir un collectif en ordre de marche. La somme des initiatives individuelles ne peut pas se substituer à la force du collectif ». 

La notion de collectif, Laurent Panigai la connaît justement sur le bout des doigts, après avoir effectué une grande partie de sa carrière au sein du CIVC (Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne), l’instance collective champenoise. Une référence. Responsable du service viticulture du Pole technique du CIVC pendant une vingtaine d’années, il a notamment été l’animateur du Réseau Matu, l’organisme chargé de déterminer les dates de vendanges. « Mes fonctions au CIVC m’ont permis de sillonner le vignoble champenois dans tous les sens et d’être partie prenante de tous les sujets qui l’animent », rappelle celui qui avait notamment la responsabilité de piloter le réseau de maturation et ses quelque 600 parcelles de référence, indispensables pour établir les dates à laquelle plus de 100 000 vendangeurs se mettront à l’action dans les vignes champenoises pour cueillir un raisin à la qualité optimale. Ces nombreuses années passées au service de l’interprofession, « par sens du devoir » précise-t-il, lui auront permis d’aiguiser sa connaissance de la Champagne. 

PASSION PRÉCOCE 

Si son patronyme révèle ses origines du nord-est de l’Italie, c’est bien en Seine-Saint-Denis que Laurent Panigai est né et a grandi dans les années 60. La région transalpine du Frioul, connue pour ses grands vins blancs et également dans la zone d’appellation du Prosecco, c’est surtout au cours de ses vacances qu’il en fera la connaissance. « Ma passion et ma motivation pour travailler dans le domaine agricole sont apparues très jeune, à l’occasion des vacances passées en Italie », se souvient-il. Après son bac, il traverse la France pour rejoindre l’Institut Agronomique de Montpellier où il obtient son diplôme d’ingénieur agronome, en spécialité viticulture et œnologie. Un cursus qui lui ouvre les portes du CIVC en 1987, une fois libéré de ses obligations militaires. Il y restera jusqu’en 2014, en tant que Responsable de la viticulture au sein du Pôle technique. 

C’est alors que Laurent Panigai rejoint le CVC Nicolas Feuillatte en tant que Directeur général adjoint. Un mandat de six ans sur les hauteurs de Chouilly au cours duquel le Centre Vinicole aura opéré un redéploiement stratégique, avec à la clé une mutation architecturale spectaculaire « qui a insufflé une nouvelle fierté à la marque », souligne-t-il. Une expérience qui lui aura aussi permis d’appréhender les notions de mise en marché du champagne : Nicolas Feuillatte est en effet à la fois la marque leader en France et le troisième opérateur mondial en volumes, tout en étant issue d’une coopérative forte de ses 5 000 adhérents. Laurent Panigai ne s’en cache pas : il aura à cœur de mettre en musique le projet du SGV au regard de ses connaissances et de sa vision de la champagne. « Le défi de la filière c’est de rendre audible, simple et pédagogique les communications et les faire-savoir qui doivent servir à construire le projet ». 

PUISSANCE COLLECTIVE 

S’il admet que les marques ont remarquablement su se faire vecteurs du faire-savoir champenois, il ne veut pas réduire cette réussite aux seules grandes étiquettes et ambitionne de permettre aux vignerons de se saisir des ces sujets pour toucher le cœur du consommateur, élément indispensable pour surmonter les défis à court, moyen et long terme. « Par exemple, en matière environnementale nous devons donner des éléments simples et crédibles, sans nous limiter à des certifications. Le SGV est l’instance qui doit permettre à la filière de donner cette dimension environnementale au-delà des certifications »

Parmi ses autres projets, Laurent Panigai cite la volonté d’accompagner une création de valeur supplémentaire du produit champagne au travers de la commercialisation, grâce à la mise en avant d’une offre « plus spécifique, plus artisanale et plus singulière » en s’appuyant sur un terreau de viticulteurs « passionnés et ayant choisi des parti-pris venant compléter toute l’offre », précise-t-il, ajoutant : « Soit on voit les particularités et les singularités comme des difficultés, soit on les appréhende comme un potentiel collectif et une puissance collective : Nous avons chez les viticulteurs champenois de nombreux double actifs qui disposent de bagages qui peuvent être utiles. Ma conviction c’est qu’on doit pouvoir identifier des axes de développement et de montée en puissance grâce à des mises en synergie et une coordination. Notre succès dépendra de notre capacité à fédérer. Je suis davantage pour un travail d’orchestration que dans la crainte de la diversité ». Fin observateur de la société qui l’entoure, il en décèle les travers mais aussi les pistes de réflexion à suivre.« Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous avons aujourd’hui des générations entières qui naissent en ville, y grandissent et ne connaissent pas du tout la campagne », regrette-t-il. « Les gens ne savent plus d’où vient le champagne et comment il est conçu ». 

D’où l’insistance sur les notions de faire-savoir et sur la nécessité de changer les regards sur les usages, les marchés et les consommateurs. « La force de la Champagne, c’est son organisation, son histoire, son territoire et ses hommes. Cette formidable histoire du champagne qui a quatre siècles d’existence est exceptionnelle, entre autres grâce à son organisation », souligne-t-il. « Les défis, économiques, sociétaux, environnementaux et climatiques nécessitent un SGV qui soit fort, très fort même ».

Parcours

23 octobre 1961 Naissance à Dugny (Seine-Saint-Denis)
1982-1985 Etudes d’ingénieur agronome et d’œnologue à l’Institut Agronomique de Montpellier.
1987 Intègre le Pôle technique du CIVC.
2014-2020 Directeur général adjoint du CVC - Nicolas Feuillatte.
11 janvier 2021 Intègre le Syndicat Général des Vignerons en tant que Directeur général.
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