Le CESER plaide pour une agriculture bas carbone compétitive dans le Grand Est

La développement de certaines cultures, dont les légumineuses est encouragé, afin de capter l’azote.

Limiter l’artificialisation des espaces naturels, réduire au maximum les effets néfastes du méthane et de l’azote, redévelopper les cultures de légumineuses, produire français y compris dans l’alimentation du bétail, auditer les exploitations en transition écologiques et les aider à y parvenir, le CESER lance l’idée d’un label régional « Carbone score ».

En préambule à son avis, le CESER rappelle que pour des raisons évidentes de lien avec le vivant et du fait de ses fonctions nourricières, l’effort de réduction carbone demandé au secteur agricole est moindre par rapport aux autres secteurs. Cette position est explicite dans la Stratégie Nationale Bas Carbone qui fixe la réduction des gaz à effet de serre à 46 % d’ici à 2050, quand elle atteint près de 100 % ailleurs. 

Et, cependant, l’agriculture doit en partie se réinventer et innover en adoptant une démarche bas carbone. Les marges de progrès en ce sens existent dans différentes filières de l’agriculture. Pour le CESER l’agriculture peut être à la fois rémunératrice et bas carbone. Elle le peut sous certaines conditions que l’Assemblée de la société civile fixe à travers six thématiques. 

PRÉSERVER LES ESPACES NATURELS EXISTANTS 

L’avis du CESER rappelle la situation actuelle : 6 % du territoire du Grand Est, comme au niveau national, sont artificialisés, c’est-à-dire dédiés aux activités humaines de métropolisation (bâtiments, routes, logements, zones d’activité …). La progression de cette artificialisation (+0,3 % entre 2009 et 2018) est cependant moindre dans le Grand Est, région française de ce point de vue des plus exemplaires, avec la Bourgogne-Franche-Comté et la Corse. 

Pour autant, les objectifs impératifs du SRADDET, Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable et d’Egalité des Territoires, limitant notamment l’artificialisation des terres agricoles, forestières et naturelles, ne sont pas atteints. Le CESER indique que dans le cadre de la PAC, Politique Agricole Commune, des programmes doivent être mis en place pour sauvegarder les puits de carbone que sont les forêts, les prairies et les haies. Des moyens humains et financiers, via les fonds FEADER européens, devraient permettre cette sauvegarde. 

PASSER À LA MÉTHANISATION COLLECTIVE DES ÉLEVAGES 

Le méthane, engendré principalement par l’activité de l’élevage, est le deuxième gaz à effet de serre de l’agriculture, devant le dioxyde de carbone et derrière l’azote. Pour le CESER, il est possible d’atténuer cette situation en agissant sur l’alimentation des animaux et, par exemple, en préférant des produits locaux aux importations de tourteaux et de soja d’Amérique du Sud. 

La méthanisation en élevage, captation des déjections animales et valorisation en gaz, est une réponse concrète à ce problème. Le CESER insiste pour que la méthanisation collective en élevage soit incitée pour atteindre le seuil de rentabilité et la durabilité de ce type d’installation. 

ENCORE PLUS DE LÉGUMINEUSES POUR MAÎTRISER L’AZOTE 

Les émissions d’azote sont le point noir de l’agriculture. Elles pèsent 93 % des émissions de gaz à effet de serre émanant des activités agricoles. Le redéveloppement des cultures de légumineuses (lentilles, pois, féveroles …) permettrait de diminuer les rejets azotés et même d’en capter. Ce type de plantes n’a pas besoin d’apport azoté car il capte lui-même l’azote présent dans l’air. À sa destruction, la plante restitue dans le sol l’azote qu’elle a capté, entraînant ainsi une fertilisation naturelle des cultures qui suivront. 

En 2012 seulement 3 % des terres arables étaient consacrées à ces cultures, contre 17 % en 1960. Selon les chambres d’agriculture, passer à 7 % pourrait permettre de diminuer de 10 % la consommation totale d’engrais azoté. Pour le CESER, l’introduction de légumineuses, dans les cultures comme dans les pâtures, est un enjeu majeur, même si la région Grand Est est déjà une des régions les plus riches en pois, féveroles et luzerne déshydratée. 

DÉVELOPPER LES AUDITS DES EXPLOITATIONS AGRICOLES 

Pour faciliter la transition bas carbone des exploitations agricoles, le CESER demande que le Conseil régional développe des audits afin d’accompagner les fermes dans leurs choix pour y parvenir. La Région pourrait ainsi proposer des diagnostics et des aides aux agriculteurs prêts à s’engager dans cette voie : réduction des gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane et azote) et le stockage de carbone. 

Une autre thématique retenue par le CESER est celle de la consommation : « Les consommateurs ont un rôle clef à jouer dans la transition vers une agriculture bas carbone ». Les choix des consommateurs influencent la production des agriculteurs. L’avis du CESER cite deux sondages : 9 Français sur 10 pensent qu’acheter local permet de soutenir l’agriculture de proximité et 75 % des sondés se disent prêts à payer plus cher (entre 5 et 10 %). 

Les Français veulent connaître, de plus en plus, l’origine des produits qu’ils achètent. Au « Made in France », l’avis pour une agriculture bas carbone propose d’ajouter une étiquette « Carbone score » aux produits issus de l’agriculture durable. La Région fait du bon travail dans sa promotion de la consommation des produits locaux et elle pourrait aller encore plus loin, précise le CESER. Après les lycées, c’est toute la commande publique qui pourrait choisir de consommer local. 

FINANCER LES SERVICES ENVIRONNEMENTAUX ET LES PUITS DE CARBONE 

Le CESER souhaite que la Région favorise l’offre et la demande de crédits carbone, en prenant le rôle de chef de file et d’intermédiaire entre les stockeurs de carbone (agriculteurs et sylviculteurs notamment), les entreprises et les collectivités locales. Il faut financer la « pompe à carbone », précise-t-il. Il y va de l’attractivité du Grand Est, que le CESER évoque dans sa conclusion : « Au-delà de l’intérêt des entreprises des filières liées à l’agriculture, à la viticulture et à la sylviculture à s’implanter dans le Grand Est, ce système pourrait intéresser toutes les entreprises en recherche de crédits bas carbone en circuits courts. Ce serait un avantage concurrentiel face aux autres régions européennes potentiellement moins émettrices de crédits carbone ». 

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