Le budget régional passe au vert

La Région a voté un budget en légère hausse. Dans le viseur de la collectivité, une urgence : répondre aux défis de la relance tout en portant une forte ambition écologique.

«Sérieux, offensif et vert ». C’est en ces termes que Carole Delga, présidente de la Région Occitanie et Claire Fita, conseillère régionale, présidente de la Commision des finances, ont qualifié le budget régional primitif 2021 lors de la conférence de presse qui s’est tenue le 16 décembre, qui s’élève à 3,74 Mds€, en progression de 5,9% par rapport à 2020.

La Région s’est fixé un cap. « Nous ne voulons pas céder aux sirènes défaitistes. Nous sommes là pour agir face aux épreuves. De par notre budget, dans lequel les investissements restent forts et ce malgré les baisses de dotations, notre politique est résolument volontariste pour affronter la crise », affirme la présidente de la Région. Un budget « d’espoir et offensif » sur lequel pèse par ailleurs un nouvel emprunt de 643 M€, contre 535 M€ en 2020. « Nous avons augmenté les dépenses d’investissement liées à la crise sanitaire, économique et sociale. Notre recours à l’emprunt est donc plus important et pèsera sur notre budget 2021 », explique de son côté Claire Fita. Cependant, assure-t-elle « Nous maîtrisons notre solvabilité. Notre capacité de désendettement est portée à six ans au lieu de quatre ans l’an dernier et notre autofinancement brut est seulement en légère diminution à savoir de 361 M€ contre 383 M€ en 2020 ». L’encours de dette s’élève, quant à lui, à 413 € par habitant et par an en 2020 (342 € en 2019) contre en moyenne 384 € sur le territoire national.

Malgré un contexte de crise, la présidente de la collectivité régionale souligne que les dépenses de fonctionnement de l’Occitanie n’ont pas dépassé 0,8% du budget régional. Et ce, grâce notamment au choix fait de ne pas augmenter les indemnités des élus, qui a permis de réaliser une économie significative de 115 M€. Ces économies et une gestion rigoureuse de la Région, l’une des moins endettées de l’Hexagone, ce qu’a salué la Cour des comptes, ont permis de « répondre aux urgences de la crise sanitaire, d’augmenter le pouvoir d’achat des familles et en marge de poursuivre des investissements d’avenir pour les habitants. »

UN BUDGET OFFENSIF

Avec 1,4 Mds€ d’investissements, soit une hausse de 12%, la Région flèche notamment en priorité la relance de l’emploi, à travers pêle-mêle, la formation devenue le cheval de bataille de la Région, le fond L’Occal, la relocalisation des activités avec la création de l’Aris (voir ci-dessous), la transition numérique et le plan de soutien régional au secteur aéronautique. Également, l’accompagnement de 48 000 entreprises a permis de sauver 250 000 emplois. « C’est maintenant que les entreprises du BTP, par exemple, ont besoin de nous. C’est maintenant que nous devons soutenir les communes et intercommunalités dans leurs projets de développement, pour offrir plus de services aux habitants et créer des emplois. Ce budget 2021, c’est un levier pour garantir la relance des territoires ». En détail, une enveloppe de 1,6 Md€ est dédiée au maintien de l’emploi et à l’attractivité des territoires : la part belle est notamment donnée à l’éducation et la jeunesse dotée de 592 M€, à l’emploi et la formation (450 M€) et à l’agroalimentaire et la viticulture (117 M€). Le budget soutient également les infrastructures portuaires « la croissance bleue » et le plan littoral 21 qui atteint 138 M€, la transition écologique et énergétique (125 M€), l’aménagement du territoire (76 M€) et l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation (79 M€).

Le budget régional 2021 alloue par ailleurs 1,3 Md€ aux nouveaux modes de vies plus solidaires. Les transports et infrastructures disposent d’une enveloppe de 855 M€, tandis que l’industrie et les services aux entreprises bénéficient de 256 M€. Aussi, 87 M€ sont dédiés à l’économie touristique, 84 M€ au domaine de la culture, 33 M€ aux solidarités, services publics, santé et logement, et enfin 29 M€ aux sports.

En marge, à travers le nouveau Contrat de plan État-Région (CPER) 2021-2027, qui devrait être signé en automne, la Région vise notamment la protection des populations que ce soit sur le plan sanitaire, économique et environnemental et, en parallèle, à servir la transformation du modèle économique de son développement. « Nous devons profiter des difficultés liées au Covid-19 pour poser les nouvelles fondations d’un modèle de développement qui soit plus juste et plus protecteur de l’environnement. Nous ne pouvons pas continuer à abîmer la planète comme nous le faisons et à creuser les inégalités. Chacun, dans notre région, doit trouver sa place au sein de la République. Ce budget est avant tout la traduction de notre vision », souligne Carole Delga.

CONCRÉTISATION DU PACTE VERT

La Région affiche ainsi une réelle ambition écologique, un virage emprunté en 2016. Avec un budget dont plus de la moitié répond aux mesures définies par le Pacte vert signé en novembre dernier, l’Occitanie donne ainsi à l’écologie une dimension transversale qui intègre l’ensemble des politiques régionales. C’est aussi la première région à sauter le pas.

Ainsi, par le biais de ce programme ambitieux, l’Occitanie souhaite devenir la première région à énergie positive et atteindre le podium européen, en combinant écologie et économie. Le développement de la production d’énergies renouvelables, pour lequel l’Occitanie veut devenir pionnière en Europe à travers la structuration d’une nouvelle industrie à haute valeur ajoutée ainsi que la réduction des consommations d’énergie, dessinent les principaux axes du contrat. Ainsi, 3,7 M€ sont consacrés à l’accompagnement de la transition énergétique avec la mise en œuvre du Service public intégré de la rénovation énergétique et le déploiement d’un réseau de guichets uniques pour accompagner les citoyens dans une démarche plus écologique. Un budget de 10,2 M€ est dédié à l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments et 9,3 M€ sont consacrés à la poursuite du déploiement du Plan hydrogène et du projet européen « Corridor hydrogène » axé sur la mobilité routière décarbonée. « Concernant le train à hydrogène, nous attendons une aide de l’État. La transformation à l’hydrogène ne doit pas être supportée uniquement par les régions. Pour l’heure, nous supportons les trois quarts du financement. Nous souhaitons que les budgets soient plus équilibrés », relève la présidente. Outre ce sujet phare encore sous tension, les mobilités douces constituent aussi l’un des piliers majeurs de cette initiative.

Issu de la Convention citoyenne qui a mobilisé 100 Occitans tirés au sort, le contrat propose de nouvelles mesures dont l’éco-chèque réparation, la mise en place du fret intrarégional, le développement de nouvelles formations dédiées aux métiers environnementaux et le déploiement des circuits courts.

Dans le cadre du Pacte vert doté de 2 Mds€, l’ensemble des dépenses et investissements ont été passés au crible via une méthode de classification instaurée par l’Institute for climate economics, cofondé par la Banque des Territoires et l’Agence française de développement. Seuls, 4,4 % du budget sont classés en catégorie « défavorable », pointant le transport aérien et les routes, tandis que 9,6 % du budget sont étiquettés « favorable ». Il s’agit des financements qui concourent directement à l’efficacité énergétique, en créant un écosystème favorable au climat, tels les aides aux commerces de proximité ou encore le soutien à l’éducation en faveur de l’écologie. 16,2 % du budget sont ainsi classés dans la catégorie « Très favorable», intégrant les secteurs de rénovation énergétique ou encore les dépenses d’investissement pour un avenir plus vert.

Quant aux 60,8 % restants, ils constituent la catégorie « neutre » d’un point de vue climatique, tels les aides aux secteurs sportif et culturel. « L’objectif est bien sûr de mesurer les trajectoires pour augmenter la part favorable et améliorer chaque année l’impact climat de notre budget », affirme Agnès Langevine, troisième vice-présidente de la région Occitanie en charge de la transition écologique. Une démarche qui nécessite des investissements mais qui « permettra de lever des fonds » pour hisser l’Occitanie dans le Top des régions plus vertes. Un gros effort reste à faire concernant les déchets plastiques. Ainsi la Région a adopté le Plan régional de prévention et de gestion des déchets et le plan régional d’actions pour l’économie circulaire (PRAEC). L’Occitanie s’engage dans une trajectoire « zéro déchet plastique ultime » à l’horizon 2030. À suivre.

La relocalisation en ligne de mire

À travers le budget 2021, la Région entend soutenir des projets de relocalisation industrielle et de diversification. Ainsi, la création de l’Agence régionale des investissements stratégiques (Aris) à hauteur de 30 M€, soutenue par la Banque des Territoires et des acteurs industriels occitans, a pour mission de déployer différents services, allant du foncier et à l’aide à l’immobilier en passant par des prêts et investissements. L’Aris pourra notamment prendre des participations dans des sociétés de projets pilotées par plusieurs entreprises concernant notamment la R&D avec une visée industrielle.

Un appel à projet est actuellement en cours. Cinq secteurs sont fléchés dont la santé, l’agroalimentaire, les énergies renouvelables, la transition énergétique et le numérique.

En marge de ce projet, un fonds d’impulsion à destination des PME et des ETI, l’ouverture d’un technocampus de l’hydrogène appliqué à l’avion vert et le lancement d’un portail régional de financement participatif et citoyen dédié aux porteurs de projets régionaux viennent compléter la liste des initiatives pour relancer le « made in Occitanie ».

ET LE PLAN DE RELANCE ?

Le plan de relance régional se poursuivra en 2021 pour soutenir les secteurs les plus touchés par la pandémie. 300 M€sont consacrés aux mesures d’urgence, de relance et de transformation dont 60 M€pour le plan aéronautique régional, 20 M€ pour sécuriser l’emploi, et 90 M€ pour l’économie de proximité.

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