L’apprentissage, au cœur des TPE

Jean-Christophe Repon, maître artisan électricien à la tête d’une entreprise employant deux salariés à Toulon, dans le Var, est le chef de file de l’artisanat du bâtiment, et le 7ème président de la Capeb depuis sa création en 1946. La Capeb (Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment) est le syndicat patronal représentant l'artisanat du bâtiment. Ses missions ? Promouvoir, défendre et représenter les acteurs de ce secteur d'activité.

La Confédération des artisans et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) défend avec ferveur, au niveau national, les intérêts des artisans du bâtiment et les valeurs de l’apprentissage. Le point avec Jean-Christophe Repon, son président, lors de l’inauguration du nouveau nom du Centre de formation des apprentis à Eschau (Bas-Rhin).

Quelles sont les orientations nationales de la Capeb ?

D’abord, il faut reconnaître que, malgré la crise sanitaire et économique qui nous a impactés, l’activité 2020 pour les TPE & PME du bâtiment a été très correcte. Cette fin d’année a surtout bénéficié d’un effet de rattrapage par rapport au premier confinement et a même favorisé quelques embauches.

Concrètement, le volume d’activité des entreprises artisanales du bâtiment a progressé de 1,5 % au 4e trimestre 2020 (par rapport au même trimestre de l’année précédente). Nous espérons que cette reprise des chantiers se prolonge par un maintien de l’activité également en 2021. Si cela se confirme, elle pourrait permettre à nos entreprises, qui ont su faire preuve de beaucoup d’agilité, de rebondir et même de s’orienter à nouveau vers de l’embauche d’emplois durables ou des contrats d’apprentissage, mais il faut rester prudent.

Le principal chantier que nous nous sommes fixé en ce début d’année porte bien évidemment sur la relance et l’activité des entreprises de notre secteur pendant cette période assez compliquée, liée à la Covid-19. L’une des problématiques au cœur de nos préoccupations est plus que jamais de trouver des compétences dans les territoires pour nos entreprises, afin de répondre à la demande de nos clients particuliers. La réussite de la campagne de vaccination nationale va également fortement contribuer à la reprise, mais surtout nous redonner un environnement de travail beaucoup plus serein.

Depuis fin 2020, notre vigilance porte particulièrement sur l’augmentation des prix de certaines matières premières. Ceux de l’acier ont augmenté de 10 à 40 % selon les produits, ce qui n’est pas sans conséquences pour nos TPE et PME du bâtiment. Elles doivent gérer la problématique de l’approvisionnement, des délais de livraison qui s’allongent, tout en veillant à la rentabilité des chantiers concernés par l’impact de cette nouvelle variable. Ce n’est pas simple, surtout pour des chantiers supérieurs à trois mois dans le contexte actuel.

Nous souhaitons aussi que le dispositif MaPrimeRénov’, puisse atteindre ses objectifs en 2021. Actuellement le désir des citoyens porte sur l’amélioration de leur cadre de vie : « Comment j’améliore mon habitat, tout en respectant l’environnement ! » Notre rôle est d’inciter et de soutenir les consommateurs dans cette démarche.

Pour réussir cet objectif, la Cabep va communiquer sur la transition énergétique, accompagner ses adhérents dans cette démarche et également promouvoir les audits de chantiers « au coup par coup » qui se traduiront, en fait, par l’octroi d’une « qualification chantier » permettant au client d’accéder à la prime MaPrimeRénov’. Pour l’obtenir et éviter les effets d’aubaine et abus en tous genres, deux limites sont imposées : l’entreprise devra avoir soufflé ses deux bougies et ne pourra pas solliciter plus de trois qualifications chantiers sur la durée de l’expérimentation, soit deux ans à partir du 1er janvier 2021.

Le déploiement de nouvelles mesures favorisant l’accès à la commande publique des TPE et PME du bâtiment représente également un autre axe important de la relance pour notre secteur.

Quel bilan pouvez-vous faire sur l’ouverture des restaurants pour leBTP?

C’est un bilan très positif. Il y a quelques mois, nous nous sommes aperçus qu’il y avait un risque plus important de cluster Covid lorsque les salariés de notre secteur mangeaient, parfois à quatre personnes, dans leur camionnette. Les représentants de la Capeb, qui sont avant tout des chefs d’entreprises responsables, ont interpellé les parlementaires et différents ministres sur ce point, afin d’obtenir que des restaurants ouvrent à nouveau pour accueillir les salariés du BTP. Il fallait éviter une importante régression sociale au sein de notre secteur, surtout en période de grand froid. La Cabep a porté ce projet au niveau national. C’est une belle réussite, qui s’est bien développée sur le territoire avec le soutien de nombreux élus locaux, malgré une certaine réticence initiale des préfets qui ont vite compris qu’il n’y avait pas de prise de risque si les procédures sont claires et respectées. Par ailleurs, des contrôles de police dans ces restaurants partenaires confirment que les consignes sanitaires sont appliquées scrupuleusement : aucun incident n’a été relevé ! Dans tous les établissements de restauration qui ont ouvert et jouent le jeu de proposer un repas au prix du panier et d’accueillir les clients sur réservation, les règles sanitaires sont respectées et il n’y a eu aucun cluster.

C’est la preuve que l’on peut réinventer des façons de faire et de vivre, pour répondre à une contrainte !

Ce concept correspond-il aux besoins du BTP ? Que faudrait-il encore développer ?

Oui, cela répond tout à fait à leurs attentes. Les restaurateurs avaient aussi des questions sur la mise en place de ce dispositif. C’est une nouvelle clientèle, des conditions spécifiques de fonctionnement… Ils ont joué le jeu de la solidarité, pour ce concept porté par les ministres.

Maintenant, l’objectif est de parvenir à l’élargir à davantage de restaurants, notamment en milieu rural, pour que l’ensemble des territoires soient couverts.

Il est rassurant de constater qu’en période de crise, quand la volonté politique est présente, on peut être pertinent et réactif. C’est prometteur pour les revendications futures, celles qui seront portées dans un contexte hors crise.

Quelle est la situation des sociétés artisanales du bâtiment, au niveau national ?

Le dernier trimestre a fait état d’une reprise d’activité et d’une création de 15 000 emplois, dans le secteur des petites entreprises artisanales. Pendant la crise, elles ont su réagir pour répondre à une commande des besoins. Pour 2021, nous espérons une activité en évolution à minima entre 5 à 6 %, correspondant aux valeurs de 2019. Ce développement de l’activité du BTP permettrait de réaliser de nouvelles embauches. La contrainte porte actuellement sur la difficulté à trouver les compétences salariales. Nous devons également veiller au risque d’augmentation des prix des matériaux, et au volume des travaux commandés. Une perspective qui devrait être positive, si les consommateurs souhaitent continuer à améliorer leur cadre de vie.

Par ailleurs, les aides pour l’apprentissage ont donné un coup de pouce aux TPE. Cette mesure spéciale a été mise en place par l’État pour inciter les entrepreneurs à embaucher et à former des apprentis. Jusqu’au 31 mai 2021, une aide financière de 5 000 à 8 000 € par an et par apprenti est consentie à l’entreprise qui recrute dans le cadre d’un apprentissage. Nous œuvrons pour obtenir le maintien de ce dispositif au moins jusqu’à la fin de l’année 2021, afin de le faire correspondre à la période Covid. Il est utile de souligner que l’artisanat forme à 80 % les futurs salariés du secteur du bâtiment.

Nous avons toujours la volonté de développer l’emploi durable et de proximité des entreprises, dans le respect du partage des richesses. Il y a beaucoup d’espoir pour qu’à l’avenir, ce modèle de gestion devienne une partie incontournable de la réalité. Cela correspond à un « après Covid ».

Le circuit court, l’emploi non délocalisable, la proximité… ont créé du lien social et ont généré de la richesse ! À la CAPEB, nous aimerions que les gouvernants en prennent conscience, et que ces constats restent à leur esprit après la crise sanitaire. Nous sommes des entrepreneurs de seconde ligne, pendant la pandémie !

À l’avenir, nous espérons garder cette juste place, et être toujours écoutés.

CH. BE. (Les Affiches d’Alsace et de Lorraine) pour Réso Hebdo Eco

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