Antoine MunozL’accueil dans les gènes

Voilà 20 ans qu’il dirige l’hôtel de La Cloche à Dijon. Une longévité pas si commune dans ce métier exigeant, mais qui se comprend si l’on met en regard un parcours professionnel motivé par l’envie d’atteindre des objectifs précis, et un établissement qui a su se réinventer.

Être présent et efficace sans que jamais cela ne se voit ou se ressente : c’est tout l’art de l’hôtellerie haut de gamme. Il faut être à l’écoute des désirs, voire des exigences de la clientèle, régler chaque jour mille-et-un petits ou gros problèmes, et tout cela doit se faire de manière fluide. La tempête sous le crâne, on la garde pour soi. L’irritation, on la maîtrise. L’écoute et le sourire, on les cultive. Voilà 37 ans qu’Antoine Munoz vit et travaille selon des critères que l’on aurait peut-être du mal à s’appliquer nous-même au quotidien. Et 20 ans qu’il le fait à la direction du plus bel hôtel dijonnais : La Cloche. Vingt ans ! Une paille dont il pourrait lui-même être le premier surpris. Car lorsqu’il a pris la fonction de directeur de cet hôtel du groupe dijonnais Jacquier, en 1998, il n’imaginait pas que ce serait pour une période aussi longue, lui qui, auparavant, avait multiplié les expériences, enrichissant un parcours professionnel où le souci de progresser aura été une constante. Sauf qu’avec La Cloche, Antoine Munoz a aussi trouvé un outil de travail où l’évolution, les changements, les mutations, n’ont cessé, lui fournissant le prétexte quasi-infini à une satisfaction autant intellectuelle que professionnelle. Il se souvient des premiers instants passés dans ces murs. Des premiers regards jaugeant le potentiel et les défis à relever. Parvenant à se projeter dans ce qui allait devenir son lieu de travail comme un futur propriétaire le fait d’une maison qu’il visite. Croit-il au hasard ou au destin, Antoine Munoz ? C’est pourtant avec un peu de ces deux notions que son chemin a, un jour, croisé celui de cet hôtel dijonnais, ou plutôt de son propriétaire, Patrick Jacquier.

RENDEZ-VOUS DE CANNES

« Il se trouve qu’à l’époque, explique- t-il, je travaillais pour un grand établissement parisien et j’avais envie de partir en province. À l’occasion des vacances d’été de 1998, je suis parti en famille à Cannes, où travaillait un ancien collègue, qui y dirigeait le Sofitel Cannes-Mandelieu. Alors que j’étais là-bas, j’ai reçu un coup de fil du directeur de l’hôtel parisien pour lequel je travaillais, qui m’a dit « le patron de l’hôtel Sofitel La Cloche à Dijon est à Cannes actuellement. Il recherche un directeur. Je vous ai bien vendu, je lui ai dit que vous étiez l’homme de la situation maintenant, à vous de jouer !…” Et c’est comme ça qu’ont démarré ces deux décennies : par un rendez-vous à Cannes ». Patrick Jacquier lui a proposé de s’arrêter à Dijon sur son chemin du retour à Paris et de venir passer une nuit à La Cloche. « Lorsque j’ai découvert l’hôtel, je me suis dit “il y a du boulot !” Ça me plaisait. L’hôtel était beau, le bâtiment magnifique, mais c’est dans les services que j’ai compris qu’on pouvait progresser ». Aujourd’hui, le directeur de La Cloche dirige une équipe de 60 salariés. Ils étaient 40 il y a 20 ans. La longévité d’Antoine Munoz dans cette fonction s’explique en partie par l’attachement fort qu’il ressent pour l’établissement ainsi que par la relation de confiance établie avec ses propriétaires au fil des années. La Cloche, c’est aussi, à Dijon, l’hôtel où, souvent, descendent les personnalités. Son directeur en aura évidemment croisé et côtoyé de nombreuses mais, pour lui, le souvenir le plus fort reste la rencontre, alors qu’il venait de prendre ses fonctions, du violoncelliste russe Mstislav Rostropovich. « Il m’a laissé le plus grand souvenir, se souvient-il, de par sa générosité et sa grande simplicité. Après, même si nous accueillons de grandes personnalités, notre priorité, c’est qu’ils soient au calme, qu’on ne les dérange pas. C’est ça, notre travail, avant tout ». Ce métier, a-t-il beau- coup évolué depuis ses débuts ? « Oui et non. Les fondamentaux du directeur d’hôtel restent stables : notamment la capacité à maintenir de bonnes relations avec les équipes, un bon management. Mais, dans les détails, le métier a beaucoup évolué, en particulier avec l’irruption d’internet. Il y a 20 ans, une fois qu’on avait fini de passer en revue le courrier le matin, on pouvait se consacrer à l’exploitation de l’hôtel le restant de la journée. Aujourd’hui, on est dans la nécessité de communiquer en permanence. L’organisation du travail administratif a beaucoup changé ». Ce métier d’hôtelier, Antoine Munoz y est venu totalement par hasard. Le jeune banlieusard, natif de Seine-Saint-Denis, qu’il était dans les années soixante-dix s’était engagé dans la préparation d’un bac technique en construction mécanique. «Arrivé en classe de 1ère, je savais que ça ne me plaisait pas. Les bureaux d’études, les planches à dessin et les ateliers, c’était pas mon truc ! J’ai tout de même passé mon bac parce que lorsque je me fixe un challenge, j’aime bien aller jusqu’au bout, mais ensuite, j’ai changé de filière et je me suis dirigé sur une licence de lettres en espagnol». Notre homme a des origines ibériques et a conservé des liens familiaux et culturels forts avec le pays de Cervantès. Il en cultive d’ailleurs, et même sous nos cieux, un certain art de vivre entre amis, un talent réel pour la paëlla et une capacité à supporter le Real de Madrid qui découragerait tout fan du « Barça » s’approchant d’un peu trop près… Mais refermons là la parenthèse. Sans être fixé clairement, il y avait chez lui l’envie de pratiquer un métier en relation avec les gens, et en développant certaines capacités dans les langues étrangères. Antoine parlait l’espagnol mais il lui fallait aussi se « muscler » en anglais. « Après ma licence, j’ai pris ma voiture et je suis parti à Londres. J’ai trouvé un boulot de bagagiste dans un hôtel et je faisais également les petits-déjeuners qui étaient servis en chambre ». C’est aussi là-bas qu’il se frotte à la restauration et au service en salle. À son retour en France, au bout d’un an, il cherche à se faire embaucher en agence de voyage mais sans succès. Il repart donc, direction le sud de l’Espagne, où il fait une saison dans l’hôtel d’un ami rencontré à Londres. Après cette saison il revient à nouveau en France et cherche dans ce qui est sa voie : l’hôtellerie. « J’ai démarré comme veilleur de nuit dans un hôtel vers Tolbiac, à Paris. En parallèle, j’envoyais des CV et j’ai été contacté par le Sofitel de Roissy. J’y suis arrivé comme standardiste ». Il devient ensuite assistant au chef de réception, puis responsable de l’informatique. Il reste dans cet hôtel jusqu’en 1990, gravissant tous les échelons, se confrontant à tous les aspects de son fonctionnement. S’investissant sans limites, saisissant les opportunités. Le Sofitel de Lyon lui en offre une belle et il y prend la fonction de directeur-adjoint. Dans la foulée, le groupe Accor lui confie la responsabilité de mettre en place des formations avec des écoles hôtelières, dans le but de procéder à des recrutements. « J’ai aimé ça, je l’ai fais pendant un an mais, au bout d’un moment, l’exploitation me manquait trop. Je voyais mes collègues dans les hôtels, je me disais qu’ils avaient de la chance ! L’exploitation d’un hôtel, c’est toute une vie, c’est le mouvement perpétuel… Il fallait que j’y retourne, parce que ce métier, c’est vraiment une passion ! » Le voici donc, au milieu des années quatre- vingt dix de retour à Paris dans un « paquebot » de 600 chambres, en bordure du périphérique, porte de Sèvres, toujours à l’enseigne Sofitel. Il y occupe la fonction de directeur des services d’accueil, avec 70 personnes sous son autorité. « C’est aussi dans ce cadre que j’ai suivi une formation montée par Accor pour ses futurs directeurs d’hôtels. On y abordait le marketing, la vente, les ressources humaines et la finance. Je voulais me donner toutes les chances pour passer au palier supérieur : la direction d’un hôtel. ». Expériences diverses et souci constant de la formation composent, chez Antoine Munoz, un profil qui a trouvé pleinement à s’exprimer au sein du grand hôtel dijonnais. Las de la vie parisienne, il avait fait savoir qu’il était en recherche d’un poste en province. Ce fut La Cloche, il y a 20 ans. Et Antoine n’a jamais rendu les clés…

Parcours

1958 Naissance le 14 août, à Saint-Denis (Seine Saint-Denis).
1980 Il part travailler à Londres et découvre l’hôtellerie.
1982 Il est recruté par le Sofitel de Roissy.
1990 Il arrive à Lyon, au Sofitel, comme directeur-adjoint.
1994 Directeur-adjoint du Sofitel de la porte de Sèvres à Paris.
1998 Fin octobre, il prend la direction de la Cloche, à Dijon.