La Shem espère des cieux plus cléments

Cyrille Delprat, directeur général de la Shem.

L’hydroélectricien continue d’engranger un bon chiffre d’affaires et d’investir, malgré l’incertitude des précipitations et du renouvellement des concessions.

Des précipitations plus importantes et fréquentes en hiver, et des périodes de sécheresse plus longues et plus fréquentes en été… Même s’il se refuse à « faire le lien avec le réchauffement climatique parce que je n’en suis pas un spécialiste », Cyrille Delprat, le directeur général de la Société hydroélectrique du Midi (Shem), observe que « les périodes de pluie se décalent, se font plus intenses et les sécheresses sont plus marquées » comme cela a encore été le cas l’année dernière. « Une tendance qui augure peut-être de ce qu’on verra dans les prochaines années, et qui m’intéresse autant en tant que citoyen que de par l’activité » de la Shem, dont les barrages et centres de production hydroélectriques dépendent des précipitations.

Ainsi, en 2018, « nous avons eu une météo très particulière avec un premier semestre très favorable à l’hydroélectricité avec beaucoup de pluies en plaine, de la neige en altitude et des épisodes de fonte répétés, qui ont apporté de l’eau à nos barrages. Mais la deuxième partie de l’année a été plus délicate, avec une sécheresse exceptionnelle entre août et décembre », ce qui donne au final « une année correcte, dans la moyenne des 10 dernières années » avec 1,8 térawattheure (TWh) d’énergie produite – soit l’équivalent de la consommation de 860 000 personnes – contre 1,2 TWh en 2017. Conséquence, le chiffre d’affaires de la Shem a atteint l’année dernière 31,3 M€ contre 90,2M€ il y a deux ans.

Créée il y a 90 ans, la Shem se met à valoriser auprès des industriels et des particuliers de plus en plus « ce qu’elle a toujours fait : de l’énergie verte ! » Et il faut croire que cela marche, puisque la demande est de plus en plus grande pour une énergie certifiée comme produite de manière décarbonée et renouvelable, grâce à une « garantie d’origine ». Dans les entreprises comme Air Product (qui produit du gaz industriel), la Blanchisserie Catalane à Perpignan ou encore Coudène, une société agroalimentaire spécialisée dans l’agroalimentaire, ou chez les particuliers qui ont souscrit à l’offre « Mon elec » d’Engie depuis juin 2017, qui commercialise l’électricité pour la Shem, « il y a un mouvement qui se développe de plus en plus, car cela permet de valoriser l’énergie verte par rapport aux autres », observe Cyrille Delprat.

QUID DES CONCESSIONS ?

Mais si le directeur général de la Shem se montre volontiers optimiste sur ce sujet, il en est un autre qui, en revanche, l’inquiète plus, et poursuit la compagnie d’énergie comme un spectre depuis plus de 10 ans : la question du renouvellement des concessions. Une ouverture du marché des ouvrages d’hydroélectricité réclamée par l’Union européenne et que la France reporte toujours aux calendes grecques ; la Shem étant déterminée, tout en conservant les sites de production qu’elle administre déjà, à en gagner d’autres – en particulier sur son rival EDF, leader avec plus de 90 % des installations – pour obtenir au moins 500 MW de puissance installée en plus. En 2018, pourtant, le prédécesseur de Cyrille Delprat, Pierre Chambon – que ce dernier a remplacé en juillet – sentait de la part de l’État un « frémissement » qui laissait croire à l’arrivée, enfin, d’un calendrier de renouvellement des concessions… dont certaines sont arrivées à terme en 2012 ! Las, à part « pour le site de Marèges pour lequel on a avancé », un barrage sur la Dordogne entre Corrèze et Cantal, « pour les autres concessions, cela n’a toujours pas abouti. L’Europe est en “standby” jusqu’aux élections » ; aussi, le temps que la nouvelle législature se mette en place, « il est fort possible que cela n’ait pas beaucoup plus avancé à la même période de l’année prochaine ! », sourit Cyrille Delprat. Lequel souligne que cette question en suspens « n’est pas confortable pour les collectivités, ni pour les entreprises et pour les salariés. C’est pourquoi on a besoin de visibilité », l’ouverture des concessions étant autant un risque qu’une opportunité pour la Shem, qui ne pèse que 3 % du marché de la production hydroélectrique avec 783 MW de puissance installée. Aujourd’hui, « 4,3 GW de puissance seraient ouverts à la concurrence en France, mais cela pourrait être plus au final, car l’Europe trouve que c’est insuffisant », espère le directeur général de la Shem.

Reste que malgré l’incertitude, l’énergéticien a prévu d’investir 39 M€ dans ses différents ouvrages (32 M€ l’année dernière, dont 11 M€ pour la région Occitanie- Pyrénées) : cette année, cette dernière devrait recevoir 13 M€.