La saison de tous les dangers pour les clubs de football

Jean-Pierre Caillot a été élu Président du Collège Ligue 1 pour quatre ans en septembre dernier, succédant ainsi à Jean-Michel Aulas pour représenter les clubs de Ligue 1.

Le Président du Stade de Reims, Jean-Pierre Caillot, est en première ligne sur les négociations avec les diffuseurs pour les droits TV et les représentants des joueurs pour évoquer les baisses de salaires.

«La situation est relativement facile à comprendre : nous sommes un organisateur de spectacle sans spectateurs », résume le président du Stade de Reims, Jean-Pierre Caillot. « Aujourd’hui nous avons toutes les charges traditionnelles du club à payer, à savoir la location du stade et les salaires des joueurs, sans aucune rentrée d’argent en face, puisque, au niveau de la billetterie et des hospitalités, c’est zéro. Quant aux droits TV, seulement 41% d’entre eux sont sécurisés ». Alors que le président des Rouge et Blanc avait prévu un budget de 70 M€ en début de saison incluant 35,458 M€ de droits TV, il ne touchera finalement que 14,674 millions de la part des diffuseurs en raison de la défection puis du retrait de l’opérateur Mediapro. « Il nous manque donc 21 M€ de droits TV et 10 M€ d’hospitalités et de billetterie », précise-t-il. « Pas besoin d’avoir fait une grande école de commerce pour comprendre que quand il manque 30 M€ de recettes, la situation d’un club est difficile ». Face à la situation, les clubs professionnels de football – avec à leur tête Jean-Pierre Caillot, élu Président du Collège Ligue 1 pour quatre ans en septembre dernier – se sont mis en quête d’un nouveau diffuseur pour récupérer des droits TV, ce qui leur permettrait de limiter les pertes financières causées par l’affaire Mediapro. 

BRAS DE FER AVEC CANAL PLUS 

Le président rémois, qui mène les négociations, sait que le côté premium du produit foot à la télévision peut tirer son épingle du jeu. En tant que chef d’entreprise, le président Caillot connait bien le jeu des négociations lors des opérations d’achats et de vente de produits. « Dans ce genre de négociation, celui qui a des atouts dans sa manche en fait usage, c’est bien normal », estime-t-il avec lucidité. En coulisses, la position de Canal Plus, qui a demandé un nouvel appel d’offres global, s’explique à la fois par une volonté des dirigeants de la chaine de jouer la montre face à des clubs dans l’urgence, que par une rancœur à peine voilée de ces mêmes dirigeants de s’être fait souffler leur produit fétiche par Mediapro en 2018. De leur côté, les présidents comptent sur la nécessité de Canal Plus de proposer l’offre Ligue 1 pour conserver ses abonnés. Il se murmure également que les négociations autour du football se jouent au plus haut sommet de l’Etat, avec des demandes du groupe Vivendi – auquel appartient Canal Plus – auprès du Gouvernement pour obtenir une réforme audiovisuelle et une baisse de la TVA sur le cinéma. Un enjeu qui pourrait conditionner le positionnement de la chaine cryptée et des différents opérateurs tandis qu’un appel d’offres a été lancé par la LFP ( Ligue de Football Professionnel) pour les lots de Mediapro. 

« Nous avons aussi engagé des démarches auprès des autorités compétentes (le Gouvernement, NDLR) pour bénéficier d’une exonération des charges sociales ». Le président rémois a également mené les premières discussions (en compagnie du président strasbourgeois Marc Keller notamment) entre les clubs professionnels et le syndicat des joueurs (UNFP) pour évoquer une baisse des salaires de ces derniers. « Les représentants de l’UNFP comprennent la situation », souligne Jean-Pierre Caillot, qui, sans présager de la suite des discussions entre les joueurs et leurs employeurs, rappelle : « Les salaires des joueurs représentent environ 55% du poste de charge global des clubs, c’est pourquoi nous demandons un effort collectif ». Des négociations internes, auxquelles son club souhaite convier un représentant de l’UNFP, doivent débuter le plus rapidement possible. « Nous n’avons pas encore discuté », révélait le président mi-janvier, « mais je suis raisonnablement confiant car nous avons face à nous des pères de famille qui connaissent bien le club et ce qu’il représente », rappelant au passage que de nombreux salariés sont toujours au chômage partiel (billetterie, service commercial…). En ces temps troublés, les clubs de Ligue 1 sont-ils davantage attentifs à leur situation financière qu’à leur situation sportive ? « Nous avons la tête aux deux », assure Jean-Pierre Caillot. « En temps normal, un président de club est soumis à beaucoup de pression. Actuellement on s’est ajouté deux pressions supplémentaires : financière et sanitaire. Mais la pression sportive est toujours bien présente ! » 

SOUTIEN DES ENTREPRISES ET DES COLLECTIVITÉS LOCALES 

Alors comment les clubs peuvent-ils espérer s’en sortir ? « Ceux qui ont été dans une situation saine par le passé, comme c’est le cas du Stade de Reims, puisent dans leurs réserves. Cette situation saine va certes aider sur le plan comptable, mais en terme de trésorerie cela va rester compliqué. Heureusement, nous avons vendu des joueurs au cours de l’été, pour 25 M€. Mais il nous reste encore beaucoup d’argent à recevoir de ces ventes. Nous allons faire ce qu’il faut pour nous financer », assure le président rémois. 

Côté partenariats, si le club est forcément impacté par l’absence de contrats d’hospitalité (loges, espaces VIP…) qui représentent habituellement près de 7 M€ dans son budget, il sait qu’il peut compter sur le soutien indéfectible des entreprises locales. « Les collectivités elles aussi se sont montrées très solidaires avec le club », souligne le dirigeant qui ne désespère pas de bénéficier d’un geste supplémentaire de la part de la Ville, propriétaire du Stade Delaune, pour faire baisser le coût de location d’une enceinte vide de spectateur. En interne, au niveau local comme au sommet de l’Etat, pour Jean-Pierre Caillot la survie du Stade de Reims et plus largement du foot français passera bel et bien par un effort collectif, à tous les étages. 

Tribunal administratif : une éclaircie dans le ciel rémois

Bonne nouvelle dans un paysage agité pour le président rémois : par un jugement en date du 15 janvier 2021, le Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a condamné la Fédération Française de Football (FFF) à verser 4,78 millions d’euros au Stade de Reims en réparation du préjudice subi du fait de sa descente en Ligue 2 à l’issue de la saison 2015-2016. Jean-Pierre Caillot avait saisi l’instance administrative au motif que le SC Bastia, mieux classé que lui en fin de saison, aurait dû être rétrogradé en raison de sa situation financière extrêmement fragile. Cela aurait permis au club rémois d’être repêché et maintenu en Ligue 1. Le tribunal a fait droit à cette argumentation et condamné la FFF à indemniser le préjudice subi par le club du fait de sa descente en Ligue 2 à hauteur donc de 4,78 millions d’euros. Un jugement sans concession envers la FFF et sa direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), chargée d’assurer le contrôle juridique et financier des clubs professionnels. Le « gendarme financier » du football avait en effet prononcé au début de l’année 2016, une mesure de rétrogradation du SC Bastia en fin de saison à titre conservatoire, en raison de la situation financière du club, avant de revenir sur sa propre décision, pour lui substituer une simple mesure de recrutement contrôlé. 

Le Tribunal administratif estime que « la DNCG a pris une mesure manifestement inadaptée à la situation du club », mesure qu’il n’hésite pas à qualifier de « faute » , et que celle-ci est « de nature à engager la responsabilité de la FFF à l’égard du Stade de Reims ». Pour le TA de Châlons-en-Champagne, la somme de 4,78 millions d’euros correspond à « des pertes de droits audiovisuels, de recettes de billetterie et d’hospitalité et de revenus de contrats de sponsoring ». Une première victoire pour Jean-Pierre Caillot. « Cette décision prouve que nous étions dans notre bon droit. Je suis satisfait que le Tribunal administratif le reconnaisse, c’est un jugement assez symbolique, d’autant que la fédération était assez sûre d’elle »

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