Lionel JouvenceauLa révolution des Greffes

Lionel Jouvenceau a intégré le Greffe du Tribunal de commerce de Dijon il y a 40 ans... Une charge qu’il cède aujourd’hui, à l’aube de ses 71 ans, après avoir mené une véritable révolution dont la profession se souviendra.

À 71 ans, le chalonnais d’origine cède sa charge et laisse le Greffe du Tribunal de commerce de Dijon à Emmanuelle Paillé. Après 40 années d’exercice, il résume sa plus grande fierté au fait d’avoir informatiser une partie de la profession… pour ne pas dire que par son action, il a participé à une véritable révolution menant à la création d’Infogreffe.

Greffier, c’est un métier qui s’exerce de père en fils dans la famille Jouvenceau. Après avoir passé 40 ans dans le fauteuil cédé par son père, Lionel Jouvenceau a fait valoir ses droits à la retraite et a cédé – le jour de son 71e anniversaire – sa charge d’officier public et ministériel à Emmanuelle Paillé, devenue mercredi 30 juin, la nouvelle greffière du Greffe du Tribunal de commerce de Dijon. Un métier qu’il a exercé avec passion durant toute sa carrière. « J’ai toujours été séduit par la gestion économique des entreprises », confie Lionel Jouvenceau. Originaire de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), il découvre pour la première fois Dijon au moment de ses études universitaires. « Dijon m’a toujours attiré. C’est une région qui m’est vraiment sympathique, que j’estime magnifique, avec une architecture extraordinaire. Une ville paisible et calme avec des Dijonnais très accueillants. » Toutefois, si son père dirige alors le Greffe du Tribunal de commerce de Dijon que son frère, Max Jouvenceau, rejoindra avant de le quitter pour Aubenas (Ardèche), l’aîné de la fratrie choisit de retourner dans sa ville natale pour débuter sa carrière. « Je me suis naturellement tourné vers un mandataire judiciaire que je connaissais à Chalon-sur-Saône et ce dernier m’a fait aimer la possibilité de pouvoir se battre afin de sauver des entreprises en difficulté. J’avais été recruté pour m’occuper des règlements judiciaires, ce qui m’a, au fur et à mesure rapproché des greffiers et des tribunaux de commerce qui étaient, eux, les décideurs pour sauvegarder les entreprises », détaille-t-il. Après avoir passé l’examen des Greffes – l’équivalent aujourd’hui du concours d’accès à la profession de greffier de tribunal de commerce – Lionel Jouvenceau a ainsi intégré le Greffe du Tribunal de commerce de Chalon-sur-Saône, avant de rejoindre son père au Greffe du Tribunal de commerce de Dijon, dont il devient rapidement greffier principal.

DE LA MACHINE À ÉCRIRE À L’ORDINATEUR

« En 40 ans, beaucoup de choses se sont produites et de nombreux présidents se sont succédés », se souvient Lionel Jouvenceau. Un nom ressort en particulier, un président qui a marqué le jeune greffier dès son arrivée, Raphaël Max. « Il m’a beaucoup épaulé et m’a réellement permis de continuer avec grand plaisir mon parcours. Raphaël Max m’a apporté une idée de la tolérance et de la bienveillance pour les justiciables. Il m’a aussi fait partager ses connaissances des pratiques commerciales de la région et de l’économie régionale. C’était un homme très bien, respectueux de tous et qui a beaucoup compté pour la région. Quand on est jeune greffier, c’est très important d’avoir de très bonnes relations avec le tribunal et son président. Nous sommes en quelques sortes la mémoire économique de la région et nous pouvons aider la région dans son développement, sachant exactement quels sont ses principaux intérêts économiques. »

S’il y avait une chose à retenir de cette longue carrière, le principal intéressé en parlant d’ailleurs avec beaucoup d’humilité, évoquant « le principal souvenir de toute ma carrière », c’est bien tout ce qu’il a fait pour la démocratisation de l’informatique dans les Greffes des tribunaux de commerce. « Je suis arrivé à une époque charnière où il n’était plus possible de pouvoir faire évoluer la profession en continuant sans une organisation informatique. Seulement quelques greffes pouvaient accéder à ce matériel, sinon, lorsque quelqu’un demandait un extrait au registre du commerce ou toute autre information commerciale, il fallait bien attendre une semaine, le temps que l’extrait soit tapé à la machine à écrire et acheminé », se souvient-il. Face à ce constat, le jeune greffier s’est alors mis comme challenge de révolutionner la profession. « Pendant 20 ans, je me suis occupé d’informatiser une partie de la profession et la majorité de la profession utilise aujourd’hui les logiciels que nous avions élaborés à Dijon. L’idée était vraiment de pouvoir aider les justiciables pour qu’ils n’aient plus à se déplacer systématiquement. Et nous sommes finalement arrivés à trouver des systèmes qui permettent, via internet, d’avoir accès à la justice commerciale et à l’ensemble du monde économique. » L’exemple le plus concret de ces années de travail n’est autre que le site Infogreffe. « Le fait d’avoir informatisé les greffes, nous a permis de récupérer toutes les informations pour les mettre en ligne dans un système généralisé et alimenté par tous les greffes de France. Mais pour cela, il a fallu trouver des solutions pour permettre aux greffiers d’accéder à l’informatique et aux ordinateurs. Nous avons donc dû faire des choix – le matériel le moins cher pour permettre aux greffes les plus petits de s’équiper – et nous avons créé une coopérative pour permettre à ceux qui étaient dans l’incapacité de payer d’avoir accès à des ordinateurs », détaille Lionel Jouvenceau. Infogreffe est aujourd’hui devenu la référence en matière de service public d’informations commerciales et économiques sur le territoire national. Un système qui fait même des envieux, en Europe et partout dans le monde. « Grâce à l’informatique, nous avons pu contribuer à l’évolution de l’économie française. Mais il a fallu vraiment ramer au début. Et s’il n’y avait pas eu des greffiers qui ont commencé à informatiser et faire évoluer la profession, celle-ci n’aurait pas pu perdurer », reconnaît-il.

UNE RETRAITE À LA (RE)DÉCOUVERTE DE LA FRANCE

« Si c’était à refaire, je pense que je ne changerais rien et referais tout à l’identique. J’ai eu beaucoup de chance de trouver des confrères qui ont compris que cette évolution était l’avenir de la profession et beaucoup de chance de trouver dans cette profession une volonté de remplir au mieux un rôle de service public et d’aider les personnes qui avaient besoin de ces informations », confie celui qui a aussi été, pendant 16 ans, représentant des greffiers de la région au niveau national. Aujourd’hui, si Lionel Jouvenceau quitte le Greffe, il ne compte pas pour autant quitter Dijon, « Sinon pour quelques excursions dans le Jura. Notre pays est tellement magnifique, je vais profiter de ma retraite pour le visiter ».

Parcours

1949 Naissance, le 30 juin à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).
1977 Il réussit l’examen de greffier et intègre le Greffe du Tribunal de commerce de Chalon-sur-Saône.
1980 Lionel Jouvenceau prête serment devant le Tribunal de Commerce de Dijon et devient greffier le 17 novembre, après avoir travaillé comme salarié du Greffe du Tribunal de commerce de Chalon-sur-Saône et de celui de Dijon.
2020 Après 40 ans au Greffe du Tribunal de commerce de Dijon, il fait valoir ses droits à la retraite et cède sa charge d’officier public et ministériel le jour de son 71e anniversaire.
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