« La relance passera par la confiance »

Un an après le début de la crise sanitaire et alors que des sous-préfet ont été nommés dans chaque région pour veiller à la bonne application du plan de relance, Fabien Sudry, préfet de la région Bourgogne Franche-Comté et de la Côte-d’Or, nous a ouvert les portes de son bureau pour dresser un bilan et évoquer la relance et l’avenir.

Le Journal du palais. Ça va bientôt faire un an que nous sommes confrontés à cette crise sanitaire. Quel bilan pouvez-vous dresser de l’année 2020 ?

Fabien Sudry, préfet de région. Cette crise sanitaire a complètement bouleversé nos habitudes et nos vies, avant de chahuter la vie économique et sociale de notre pays. Et forcément, quand vous êtes préfet, il y a des choses au travers desquelles vous ne pouvez passer. Dans notre pays, comme dans beaucoup d’autres, l’État a en charge les questions sanitaires et il est au centre des enjeux de la continuité de la vie de la nation. Donc tout ce qui concerne la gestion des conséquences de la crise, en tout cas pour atténuer celles sur les acteurs économiques et sur les Français, revient à l’État. Cette crise est effectivement plus longue qu’on ne l’avait imaginée et nous avons appris à connaître cette situation. Aujourd’hui, en attendant le vaccin, la seule manière de s’en sortir est de respecter les règles de distance et les mesures barrière. Au début, c’était compliqué à percevoir tant tout cela a bouleversé la façon dont nous concevons les rapports sociaux voire même familiaux. L’État a été encore un peu plus sollicité que d’habitude. Personne n’était vraiment préparé à ce scenario noir qui pèse d’abord sur notre système de santé. Dans l’ensemble, l’administration publique territoriale de l’État a tenu le coup. Les services de l’État ont fait le travail qui a été demandé au service de la population, à la fois pour décliner les dispositions dans chacun des territoires et en même temps pour mettre en place des dispositifs de soutien aux acteurs notamment économiques.

Quel est l’impact sur l’économie ?

Il y a eu une baisse d’activité certaine, mais l’impact sur l’emploi et sur les entreprises a été moins important. Parce que la baisse d’activité a été atténuée par les aides de l’État. Cela commence à évoluer négativement depuis la rentrée. Il y avait eu un rebond économique à la sortie du premier confinement. Lors du premier confinement, l’économie s’était complètement effondrée, avec une baisse d’activité de 31 % (en avril). L’activité est ensuite repartie et avec le deuxième confinement, elle a rechuté de manière moindre de 10 % en décembre. Donc la baisse d’activité a été plus atténuée qu’au premier confinement, mais elle existe. Le secteur industriel se relève particulièrement bien. Il développe des projets et des dossiers en nombre. Il surmonte les difficultés. On le voit notamment dans le domaine de l’automobile. Il y a une vraie capacité d’initiative et de rebond. Il faut maintenant poursuivre le travail.

Comment l’État a répondu à cette crise ?

L’État a protégé et il prépare à travers le plan de relance les conditions de rebond. La protection vis-à-vis des entreprises, ce sont tous les dispositifs qui ont été mis en place et qui ont été très massifs. Jamais l’État, en aussi peu de temps, n’avait, pour les acteurs économiques, soutenu de manière aussi importante les entreprises. Sur la région Bourgogne Franche-Comté, c’est un milliard d’euros d’aides directes (fonds de solidarité et activité partielle) qui ont été débloquées. Le chômage partiel a touché 350.000 personnes. C’est un soutien sans précédent qui a permis à notre système économique de tenir le coup. Concernant le Prêt garanti par l’État, nous sommes à 3,4 milliards d’euros versés rien qu’en Bourgogne Franche-Comté. Ce soutien massif a limité les conséquences pour l’emploi. Le gouvernement souhaite que l’activité reprenne pour qu’on puisse, par la consommation et l’investissement, avoir finalement l’année prochaine une croissance positive. L’objectif est de 5 % de croissance. Mais cela dépendra aussi de l’évolution de la crise sanitaire.

Qu’en est-il de la relance économique ?

Finalement, en effet, il faut voir les mesures d’urgence un peu comme une riposte défensive… Maintenir ce qui peut être maintenu pour garder des emplois et les compétences, le tissu économique qui a souffert à des degrés variables. Et le plan de relance est un dispositif qui vise un peu plus l’encouragement du rebond et de la transformation, pour une économie plus compétitive, plus souveraine, plus solidaire et plus respectueuse de l’environnement. L’État a mis sur la table 100 milliards d’euros au niveau national, entre 30 et 35 milliards d’euros par domaine, à savoir la transition écologique, le soutien à la compétitivité et à l’innovation et la cohésion sociale et l’emploi. Sur chaque thématique, des mesures sont mises en place, de manière différente dans leur gestion. Comme des baisses d’impôts de production, des aides directes aux entreprises avec différents guichets pour favoriser la reconversion et la transformation du tissu économique, mais aussi des investissements publics. Par exemple, sur les investissements publics, à fin 2020, l’État a arbitré pour la région Bourgogne Franche-Comté 95 millions d’euros pour la rénovation énergétique des bâtiments de l’État, soit 250 projets. L’État a également doublé ses moyens de soutien aux investissements publics des collectivités, soit 40,5 millions d’euros supplémentaires et 200 projets soutenus. Autre domaine qui profite au secteur du bâtiment et des travaux publics, MaPrimeRenov attribuée aux particuliers, 29 millions d’euros en 2020, sur 5.500 dossiers présentés. Sur le patrimoine, l’État a dégagé 17 millions d’euros pour accélérer les chantiers patrimoniaux comme la Cathédrale de Dijon et le Château de Bussy-Rabutin. Sur le champ de l’insertion professionnelle, l’État a dégagé 29 millions d’euros supplémentaires pour créer 4.000 places de formation sur la région. Tout l’enjeu est d’avoir un impact immédiat. Le plan de relance est acté pour 2021 et 2022. Pour 2021, beaucoup de guichets et d’appels à projets sont déjà ouverts avec des dates butoirs à la fin du premier semestre pour qu’ensuite les mesures soient vraiment mises en œuvre à la fin de l’année et les crédits consommés. L’objectif est que sur cette enveloppe de 100 milliards d’euros, il y ait un retour sur la Bourgogne Franche-Comté qui corresponde à l’importance de la région. Nous pourrions espérer qu’il soit de l’ordre de 3,5 milliards d’euros. Par exemple, sur le volet industriel, la région Bourgogne Franche-Comté a bénéficié de 20 % des moyens mis en œuvre au niveau national, soit 80 millions d’euros pour soutenir des projets des secteurs de l’automobile (41 projets subventionnés à hauteur de 25 millions d’euros), de l’aéronautique (sept projets subventionnés)… Ce qui fait qu’on est la première région française à bénéficier des moyens de l’État sur la partie du plan de relance fléchée “industrie”. Cela nous a donné l’impression que les entreprises industrielles avaient des projets sous le coude, ce qui est plutôt rassurant.

C’est une spécificité de la région ?

Je ne sais pas si c’est la seule région où l’industrie fonctionne bien. En tout cas, on se distingue favorablement sur le volet “industrie” du plan de relance. C’est d’ailleurs pour cela que la ministre déléguée à l’industrie est venue deux fois dans le cadre de visites.

On a pu avoir parfois l’impression qu’il y avait trop de mesures, à s’y perdre… Concrètement, aujourd’hui, comment une entreprise peut faire pour s’en sortir et comment peut-elle s’y retrouver dans toutes ces mesures ?

Elle est d’abord aidée. D’une manière générale, toute entreprise peut être aidée par
le fonds de solidarité, le chômage partiel et le report des charges sociales et fiscales. Et selon les domaines et les filières, elle pourra bénéficier d’aides particulières. Ces aides s’adaptent régulièrement, en fonction de l’évolution des mesures administratives à l’égard de certains secteurs d’activité. Le ministère de l’Économie et des Finances a mis en place un site de documentation, au niveau national, sur le plan de relance et qui permet à tous d’avoir accès aux mesures de l’État. Pour les entreprises, plus particulièrement, elles peuvent aussi cocher selon leur taille, leur secteur d’activité… Et au niveau régional, nous avons, avec la région Bourgogne Franche-Comté, territorialisé les mesures dans un plan de soutien qui agrège les mesures de l’État et celles de la région qui a adopté un plan d’accélération de l’investissement de 450 millions d’euros. Toutes ces mesures sont accessibles à tous en ligne via des fiches qui permettent de connaître très simplement les moyens à mettre en œuvre. Nous travaillons aussi avec les organisations professionnelles et les chambres consulaires dans un souci de rendre accessible toutes les informations.

Des sous-préfets à la relance ont été nommés ; Natacha Vieille à vos côtés et Didier Josso auprès du préfet de la Nièvre. Quels seront leurs rôles ?

C’était une volonté du gouvernement de s’attacher des services de haut-fonctionnaires sur ces missions prioritaires qui demandent beaucoup d’animation au plan territorial. Beaucoup d’interlocuteurs sont concernés, il y avait donc une nécessité de renforcer l’animation de la mise en œuvre du plan, pour faire le lien entre les services de l’État (Direccte, Dreal, Draf…), avec les opérateurs de l’État (Bpifrance, la Caisse des dépôts, l’Ademe…). En moyenne, deux sous-préfets ont été nommés par région, un auprès du préfet de région et un autre dans un autre département. Ici, nous avons choisi la Nièvre, parce que c’est un département où il y a des enjeux très forts d’aménagement du territoire et où le plan de relance peut avoir un réel impact. C’est aussi un signe d’attention portée aux territoires ruraux de notre pays. D’une manière plus générale, avec l’appui de ces sous-préfets, il y a un réel enjeu de pilotage fin des dispositifs inclus dans le plan de relance.

Le Président de la République a affirmé que personne ne sera laissé sur le bas-côté. Arriverons-nous à sauver tout le monde ou n’y aura-t-il pas finalement quand même des entreprises qui resteront sur le carreau ?

Il y avait déjà des entreprises en difficultés avant la crise sanitaire. Celles qui sont en difficulté aujourd’hui étaient déjà celles qui l’étaient avant cette crise. Nous ne sommes pas dans un système d’économie administrée. Il y a une vie économique et une vie des entreprises. Certaines progressent et de temps en temps pour un tas de raisons, certaines sont confrontées à des difficultés. Mais ce n’est pas lié à la crise sanitaire. Ce processus existe et continuera à exister. Mais le système public a vraiment permis d’atténuer considérablement les difficultés. Quand on voit les plans de sauvegarde de l’emploi, c’est encore d’ailleurs plus vrai en Côte-d’Or qu’ailleurs, la Bourgogne Franche-Comté tire bien son épingle du jeu. On représente seulement 2 % des PSE alors qu’on représente 4 % de la population française. C’est-à-dire que le tissu économique régional résiste un peu mieux. Les PSE sont en effet plus important en 2020 qu’ils ne l’étaient en 2019, mais par rapport au poids de la région, ils sont plutôt en retrait par rapport à d’autres régions. Tout est fait pour limiter le chômage.

relance-bfc.fr

Fabien Sudry, préfet de région pose au côté de la Marseillaise, écrite par le Lédonien Rouget de Lisle.

« Il faut que l’information circule et que les services travaillent entre eux. J’apporterai aussi des réponses aux points de questionnement ou aux difficultés qui vont se poser très concrètement dans la mise en œuvre. Enfin, je coordonnerai la communication et la valorisation de l’action de l’État sur ce plan de relance, à la fois en amont, pour que tous les bénéficiaires potentiels puissent avoir accès à l’information et en aval, pour valoriser les actions des lauréats au plus près des acteurs du territoire en faisant des visites de terrain et en allant à la rencontre de ces professionnels. Nous nous sommes fixé comme objectifs que la Bourgogne Franche-Comté puisse tirer son épingle du jeu sur les différents volets du plan. J’attacherai une attention particulière aux bénéficiaires du soutien de l’État, en m’assurant que les petites entreprises et les communautés de communes aient bien aussi une visibilité sur ce dont elles peuvent bénéficier et sous quelles conditions, dans un souci d’aménagement du territoire. » Natacha Vieille, sous-préfète à la relance auprès du préfet de région.

Le jardin de la préfecture.

Un dessin du résistant Jean Moulin.

La carte de Bourgogne Franche-Comté.

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