Sandrine LapradeLa personnalisation, sa tasse de thé

Imaginé en 2014, le mug « J’habite chez mon chat » reste le best-seller de Créabisontine, encore aujourd’hui.

D’abord assistante de communication pour Maty, la créatrice est désormais visible dans une centaine de boutiques.

Celle qui enfant voulait être « bonne soeur pour pouvoir chanter tout le temps » a finalement choisi de s’exprimer à travers des dessins que l’on retrouve désormais partout. Mugs, sacs en toile, porte-clefs, affiches et même paniers à linge, la poésie de Sandrine Laprade, plus connue sous le nom de sa marque Créabisontine, envahit les objets du quotidien. Une manière, pour la Franc-comtoise, de contribuer au rayonnement de sa ville de cœur au-delà de ses frontières. Avant d’écrire cette véritable success story locale, Sandrine Laprade a pourtant suivi une voie plus classique… 

L’histoire débute en 1973 à Montbéliard : « mon père travaillait à Sochaux, toute mon enfance s’est déroulée sur le Territoire de Belfort, plus précisément à Delle. Après mon bac, je suis arrivée à Besançon pour suivre une formation à l’IUT Info-com. À l’époque, cet établissement proposait l’option “documentation, communication d’entreprise et relations publiques” et j’avais été attirée naturellement par l’intitulé. Le DUT en poche, j’ai hésité à travailler dans une bibliothèque pour finalement exercer dans la communication », détaille-t-elle. Reçue au prestigieux Institut de la communication de l’université de Poitiers implanté sur le site de la technopole du Futuroscope pour se perfectionner dans ce domaine, Sandrine Laprade lâche cependant ce rêve par amour. « J’étais tombée amoureuse de Besançon et j’y ai rencontré l’amour. Je n’ai pas pu me résoudre à partir. » 

La jeune femme débute alors sa carrière en tant que conseillère de vente au sein de l’entreprise d’horlogerie et de joaillerie bisontine, Maty. « De fil en aiguilles, j’ai pu postuler pour être assitante de communication. J’y suis restée huit ans. Seulement, vers la trentaine, ça ne me plaisait plus tellement et j’ai décidé de partir. C’est en réfléchissant à ce que j’allais faire que je me suis souvenue d’un test passé lorsque j’étais étudiante à l’IUT permettant de savoir pour quel métier et domaines j’étais faite. D’après le test, je correspondais aux métiers artistiques. J’ai beaucoup réfléchi et je me suis inscrite à Formagraph, un centre de formation en communication graphique et multimédia à Besançon pour me former dans le domaine de la publication assistée par ordinateur (PAO) et des arts graphiques. Tout est parti de là. Je n’avais pas tellement envie de travailler dans une agence, de m’engouffrer dans des conditions de travail toxiques, c’est là que j’ai pris la décision de me lancer en tant que graphiste freelance. Mais entre temps je suis tombée enceinte de mon deuxième enfant… » Pour s’occuper, Sandrine Laprade s’essaie alors au digiscrapbooking (ou scrapbooking numérique) qui consiste en la création 2D en combinant différents éléments graphiques (photos numériques, dessins numérisés, etc.). « Le concept était connu dans le monde entier hormis en France. Pour moi, c’était devenu une vraie passion. J’ai alors commencé à créer des kits de scrapbooking que je partageais sur des forums. Ça a pris une telle ampleur que j’avais été repérée et interviewée par un média australien ! Cela m’a ensuite permis de vendre les kits dans une boutique américaine. » Pour les commercialiser, elle utilise le nom « Cre@bisontine », un dérivé du pseudonyme qu’elle utilisait pour consulter des blogs de maternité lorsqu’elle attendait son premier enfant (Bisontine 25). « Je suis tellement attachée à la ville de Besançon que c’était comme une évidence. Et puis, ça a l’avantage de permettre l’identification de l’origine des produits dès qu’on voit le nom même si certains croient que c’est lié aux bisons ! » 

C’est après la naissance de son deuxième fils qu’elle débute véritablement sa carrière de graphiste en freelance et travaille pour de nombreux photographes qui la sollicitent pour la création de logos et de plaquettes publicitaires. « J’ai fait ça pendant plusieurs années jusqu’en 2013 où j’ai de nouveau été lassée par cette activité qui devenait de plus en plus répétitive », se souvient-elle. C’est là que lui vient l’idée d’apposer ces dessins sur de petits objets : « au départ, je proposais des badges, des miroirs, des cartes postales que je vendais sur le site Etsy grâce auquel on peut vendre sans limites géographiques. Mais j’ai très vite compris que pour que ça marche, il fallait vendre des objets utiles. C’est à ce moment-là que j’ai pensé aux tasses et que je me suis aperçue que les mugs personnalisés étaient encore très peu répandus. À l’époque, en effet, seuls les sites spécialisés dans le développement photo tous supports comme Vistaprint ou Photobox en proposaient. Je me suis dit que ça pouvait marcher ! » À l’origine, son process est rudimentaire : « je personnalisais des tasses basiques disponibles sur Vistaprint avec mes propres dessins ! Du vrai bricolage ! Mais ce n’était pas très rentable… Je me suis donc intéressée à la technique puis j’ai investi dans des mugs blancs et des machines dont une presse pour mugs et une imprimante à sublimation pour réaliser moi-même les produits. » Des créations 100 % franc-comtoises (si on excepte la provenance des tasses brutes) puisque Sandrine Laprade a décidé d’installer ces équipements dans sa maison de Geneuille, près de Besançon. « Au départ, je n’avais pas d’atelier. Il y avait des mugs partout, de la cuisine au salon ! Le concept a fonctionné rapidement puisque je me suis très vite retrouvée avec des centaines de commandes. Il faut dire qu’à l’époque, je n’avais pas de concurrents, j’ai ouvert le marché. » En étendant ses ventes au site A Little Market, l’entrepreneuse voit son chiffre d’affaires décoller : « en à peine quelques mois, j’avais été propulsée au rang de meilleure créatrice de France. Je ne m’attendais absolument pas à un tel engouement ! » Un an seulement après s’être lancée dans la réalisation de mugs personnalisés, une boutique bisontine (Lulubel) se propose comme point de vente. « Un carton immédiat ! », selon elle. Puis tout s’enchaîne. « Grâce aux réseaux sociaux, l’éditeur, Label Tour (qui commercialise notamment les articles pour enfants « Quand je serai grand/grande » d’Isabelle Kessedjian, Ndlr) m’a repérée et m’a proposé de vendre les produits. Au début, cela me faisait un peu peur car je craignais de ne plus avoir de libertés sur mes créations mais, mon activité avait pris une telle ampleur que ça devenait compliqué de continuer seule. » Une sage décision qui propulse sa notoriété : « on retrouvait des produits Creabisontine partout ! Dans plus d’une centaine de magasins dont ceux de la chaîne dédiée aux arts culinaires, Du Bruit dans la cuisine, y compris à l’étranger. Je n’aurais jamais pu faire ça toute seule », glisse-t-elle. 

LE MUG QUI VOLA LA VEDETTE AU PRÉSIDENT 

La consécration vient plus tard, un jour d’avril 2018… « Nous buvions notre café avec mon mari devant le 13h de Jean-Pierre Pernaut le jour de l’intervention d’Emmanuel Macron dans une école de l’Orne. Puis, mon mari a reconnu mon mug “Ma maîtresse c’est la plus géniale” en fond ! Ce n’était pas le seul à l’avoir vu : mon téléphone s’est mis à sonner, ça n’arrêtait plus ! Les réseaux sociaux se sont emballés, le Huffington Post a carrément posté la photo de mon mug sur Twitter en disant qu’il avait volé la vedette au président ! L’après-midi, j’étais contactée par une journaliste de Besançon puis ça a fini par être repris dans tous les médias. Un vrai buzz puisque toutes les boutiques me commandaient ce mug alors que je venais pourtant de lancer un autre modèle dédié aux instits », raconte-t-elle. Un coup de bol qui lui colle encore à la peau aujourd’hui : « On m’en reparle à chaque fois. Les gens ont identifié Créabisontine grâce à ce mug ». Depuis, Sandrine Laprade continue de créer, entourée de ses nombreux chats dans son atelier geneuillois : « l’inspiration me vient surtout en repassant, quand je déconnecte mon cerveau. J’attache beaucoup d’importance aux petites attentions et je dois dire que j’essaie toujours d’imaginer ce que les clients aimeraient, ce qui les ferait sourire ». Addict aux réseaux sociaux, ces derniers le lui rendent bien puisque c’est par cette voie qu’elle avait été repérée par son éditeur en 2015 et qu’elle a suscité l’intérêt des éditions Tana en mai 2019. Elle développe : « J’essaie de poster quotidiennement du contenu sur mes réseaux. Le 22 avril 2019, cinquantième journée de la terre, j’ai dessiné sur ce thème pour le publier. Et j’ai été appelée par une éditrice qui l’avait apprecié et me proposait de faire un livre. J’étais plutôt étonnée puisque j’avais fait ce dessin sans trop réflechir… et c’est comme cela que je me suis retrouvée à devoir fournir plusieurs dessins en un temps record puisque le bouclage était prévu pour le mois de juillet de la même année ! Mais je n’ai eu aucun problème à tenir les délais tellement j’étais inspirée. Ce projet, avec ses contraintes particulières, était réellement différent de ce que j’avais jusqu’à présent eu l’habitude de faire »

Le livre, Ma planète est unique est sorti en octobre 2019, tiré à plus de 4.500 exemplaires. « Je suis plutôt fière d’être allée au bout car, dans ma vie, j’ai souvent refusé des projets car je ne m’en sentais pas capable. Cette aventure m’a fait prendre conscience qu’il fallait croire en soi. J’ai connu des échecs mais sans ça, je n’aurais pas réussi. » 

Pionnière dans de nombreux domaines sur le marché français avec ses mugs personnalisés ou encore ses cartes à planter, Sandrine Laprade ne compte pas s’arrêter là. Elle travaille actuellement sur une collaboration avec la marque de biscuits franc-comtoise Délicassie basée à Loray. « J’ai pour mission d’imaginer les textes qui figureront sur les biscuits et les visuels de la boîte. C’est tellement gratifiant de contribuer au rayonnement de la région », glisse celle qui fait partie de l’association Pop and Folk, regroupant plusieurs créatrices locales. 

Parcours

1973 Naissance, le 28 février à Montbéliard.
1996 Elle entame des études de communication et de relations publiques à l’IUT Information- communication de Besançon.
1998 Elle débute une carrière en tant qu’assistante de communication au sein de l’entreprise bisontine, Maty.
2009 Elle démarre une activité de graphiste freelance.
2013 Elle se lance dans la personnalisation d’objets et de mugs personnalisés.
2015 L’éditeur Label Tour repère son travail sur les réseaux sociaux.
2018 Elle fait le buzz suite à l’apparition d’un de ses mugs lors d’une intervention télévisée d’Emmanuel Macron au journal de 13 heures.
2019 Sortie de son livre d’art-thérapie Ma planète est unique en octobre.
Commentaires