La graine de chia : une production exigeante qui a de l’avenir

D’ici quatre ans, la filière Agrofün prévoit 5 000 tonnes de production.

Agrofün, filiale du groupe Panam et basée à Villemur-sur-Tarn, produit, développe et commercialise une graine de chia adaptée au climat tempéré, un superaliment encore méconnu des consommateurs occidentaux. La filière s‘est récemment dotée d’une usine dédiée au stockage et à l’ensachage. Elle espère atteindre une récolte de 5 000 tonnes d’ici 2025.

Son nom vous évoque certainement une denrée provenant d’une contrée lointaine. D’ailleurs, dans la conscience collective, sa consommation en France est majoritairement reléguée aux ayatollahs du bio et reste marginale. Pour preuve : seulement 1 500 tonnes ont été consommées en France en 2020, autant dire rien.

Le chemin est encore long pour démocratiser sa consommation. Introduire la graine de chia dans les assiettes, c’est en substance, le challenge ambitieux que s’est fixé Frédéric Poujaud, le dirigeant d’Agrofün, filiale du groupe Panam. En effet, cette variété de graines, dont la première culture serait apparue dans la vallée de Mexico il y a près de 5 000 ans, et majoritairement consommée par les Aztèques et les Mayas, regorge de vertus. Remise au goût du jour dans les années 1990 en Argentine, la « graine des Dieux » est, depuis, considérée comme un superaliment. Et son fervent défenseur haut-garonnais, ingénieur agronome, qui a passé près de 16 ans en Amérique du Sud à étudier les spécificités de différentes graines, est bien décidé à distiller un message urgent, à travers la filière Agrofün. Cette dernière a pour ambition de faire connaître la graine de chia en Europe. « Nous nous sommes historiquement intéressés aux graines qui apportent des lipides. Or, l’une des plus grosses carences alimentaires dont souffrent les populations occidentales et, ce, depuis la fin de la 2e guerre mondiale, est une carence nutritionnelle en oméga 3 dont particulièrement l’acide alpha-linolénique ALA, un précurseur de la famille des acides gras Oméga 3, qui est essentiel au développement et au bon fonctionnement du métabolisme. Ce manque est, en parallèle, favorisé par une consommation excessive d’oméga 6. Ce déséquilibre provoque notamment des troubles neurologiques et cardiaques, en constante évolution depuis plusieurs années, pointe-il. Notre objectif est ainsi de développer sa production en France et de la généraliser auprès de tous les consommateurs. Or, la demande provient surtout des consommateurs du bio. Il faut être sur tous les fronts, informer et soutenir les agriculteurs dans l’apprentissage de cette production encore nouvelle ». Un bémol cependant : « Cet alicament a une saveur plutôt neutre », reconnaît le dirigeant.

1 000 HECTARES EN 2021

L’aventure, qui dure depuis une décennie, requiert beaucoup de persévérance. « Nous avons, dans un premier temps, mené un programme de sélection en vue de créer une variété qui ne soit pas dépendante de la photopériode pour se reproduire et déclencher sa floraison. À l’origine, la graine de chia a besoin de 12 heures de jour et de 12 heures de nuit. Il nous a ainsi fallu huit années et la création de 14 générations (dont une production simultanée en France et en Amérique Latine) pour parvenir à une variété adaptée au climat tempéré », détaille Frédéric Poujaud, qui a créé en 2017 une filière intégrée, après l’obtention de la première autorisation européenne de mise sur le marché. Il s’est ensuivi la production, les premières commercialisations en 2018 et la diversification, sous forme d’huile, de farine, de gélules, etc. « Nous commercialisons des gélules d’huile en 500 mg pour les personnes âgées. C’est une demande qui émane de l’Europe ». Aujourd’hui, la filière visionnaire sur le marché français regroupe 150 agriculteurs et une vingtaine de partenaires (coopératives, industriels, collecteurs, écoles agricoles).

Une part de 95% de son CA provient actuellement des distributeurs spécialisés en bio et en circuit court, « mais nous visons toute sorte de distributeurs pour atteindre notre objectif, à savoir une consommation de 10 grammes par jour par habitant. Il est cependant difficile de s’imposer sur le marché français alors que la graine importée coûte moins cher. Nous allons d’abord nous concentrer sur le territoire national avant de conquérir l’Europe ». Pour l’heure, 800 hectares sont dédiés à la production de la graine de chia mais la filière vise plus grand d’ici quatre ans : 5 000 hectares et un volume de 5 000 tonnes. Problème : sa production est exigeante et doit être réalisée de main de maître. « Les producteurs doivent être labellisés bio, posséder les équipements nécessaires pour parvenir jusqu’à la phase de récolte et accepter de prendre des risques car sa culture est sensible. La graine est peu vigoureuse au début, il faut bien maîtriser l’air tout au long du cycle et la récolte peut s’avérer compliquée car la graine capte généralement beaucoup d’eau », explique le dirigeant.

Récemment, la filière Agrofün a investi 2,5 M€ pour se doter d’une ligne automatisée de 400 m2, à proximité de son siège, afin de trier, sécher et conditionner la graine « C’est une graine petite et bigarrée qui est difficile à trier pour parvenir à une pureté de 99,9 % ». Un second bâtiment de 2000 m2 en cours de construction sera dédié au stockage et à l’ensachage. « L’idée est de se préparer à une consommation massive d’ici les 10 prochaines années ». Outre l’objectif de booster le marché français, Agrofün inscrit dans sa feuille de route la création de filières locales dans d’autres pays. Des essais sont en cours en Autriche et Outre-atlantique. La société, qui vise 1M€ en 2021, envisage en parallèle de diversifier ses activités avec la production de la graine de caméline, en collaboration avec l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

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