La filière Champagne retrouve son optimisme

Les deux co-présidents du Comité Champagne, Maxime Toubart et Jean-Marie Barillère, ont annoncé la décision “optimiste et réaliste” du rendement 2021.

Comme chaque année au mois de juillet, le Comité Champagne a annoncé sa décision concernant la fixation annuelle du rendement. Contrairement à l’année dernière où le consensus n’avait pas été trouvé dans un premier temps, à cause de la situation économique très préoccupante de la filière, cette année, Négoce et Vignerons sont tombés d’accord sur un rendement tirable à 10 000 kg/ha.

C’est détendus et souriants, que se sont présentés à la presse Jean-Marie Barillère et Maxime Toubart co-présidents du Comité Champagne, afin d’annoncer la décision du bureau exécutif concernant la fixation annuelle du rendement. Une attitude qui contrastait avec la conférence de presse avortée l’année dernière, conséquence des conditions économiques très compliquées pour la filière en 2020. Cette année, pas de suspense inutile : le rendement a été fixé à 10 000 kg tirables/ha « optimiste et réaliste ». « La tendance est excellente, nous sommes en train de connaître les meilleurs six premiers mois en termes d’export », se félicite Jean-Marie Barillère, Président de l’Union des Maisons de Champagne et co-président du CIVC. « La situation est beaucoup plus claire que l’année passée, dès que l’on peut, nous prenons des décisions simples », sourit-il.

EFFONDREMENT EN 2020, FORTE REPRISE DES EXPORTATIONS EN 2021

Il faut dire que les craintes étaient légitimes, après une année 2020 difficile pour la filière champagne. Début 2020, les professionnels constataient « un effondrement des ventes de l’ordre de 50 à 80 % sur les mois de mars et d’avril ainsi qu’une baisse significative des expéditions, de l’ordre de 21,9 % pour le mois de mars 2020 », confiait à l’époque, Maxime Toubart. Pour contrer cette situation sans précédent, l’interprofession avait pris la très controversée décision de reporter sous condition d’accord entre l’acheteur et le vendeur, les deux dernières échéances de la vendange 2019, soit celles de juin et septembre 2020, au plus tard les 5 octobre 2020 et 5 janvier 2021. Au final, l’année 2020 c’était révélée moins catastrophique qu’envisagé avec des expéditions de Champagne atteignant 244 millions de bouteilles, soit une baisse de 17,9% par rapport à 2019 (alors que la baisse anticipée était plutôt de l’ordre de 25 à 30%). Le chiffre d’affaires de la filière s’établissait à 4,2 milliards d’euros, soit une perte de 845 millions d’euros sur un an.

2021 rebat ainsi les cartes. « En termes d’export, nous enregistrons une hausse de 15% de plus que les six meilleurs premiers mois de 2018 qui font date », explique Jean-Marie Barillère. « Les marchés qui tirent sont les marchés anglo-saxons : Grande- Bretagne, États-Unis, Australie mais aussi les marchés européens, l’Allemagne, l’Italie, détaille le co-président du CIVC. La France est toujours un petit peu en retrait à fin juin. On espère que les mois de juillet et août seront aussi bons. Ces résultats économiques étaient encore inespérés il y a quelques mois. » Même son de cloche du côté de Maxime Toubart : « Peu d’entre nous auraient misé sur 2021. On peut se féliciter de cette très bonne reprise, cela annonce que le champagne est associé à un moment de gaîté et de joie. Toutefois, on reste dans une période compliquée, ce n’est toujours pas évident de prévoir ce qui peut se passer dans les six prochains mois », tempère-t-il.

DES VENDANGES LA DEUXIÈME SEMAINE DE SEPTEMBRE

Techniquement, les professionnels retiennent aussi leur souffle, au regard des récents événements climatiques, avec de fortes pluies et un important taux d’humidité dans les vignes. « C’est trop tôt aujourd’hui pour faire un bilan de l’année, à deux mois des vendanges, tant au niveau qualitatif que quantitatif. Beaucoup d’endroits connaissent un excès d’eau, anormal et donc c’est une année compliquée malgré tout. » Pour autant, le représentant des vignerons annonce « avoir du champagne en stock, et de qualité ». « Il n’y aura aucune incidence à date sur la qualité de cette vendange », tient-il par ailleurs à souligner. S’il y aura des disparités entre les régions, les vendanges se tiendront normalement la deuxième semaine de septembre et « seront très étalées ».

Si le rendement tirable a été fixé à 10 000 kg / ha, « beaucoup utiliseront leur réserve, outil fait pour les coups durs, pour amortir les effets d’une baisse de rendements liée aux conditions climatiques ». Rendez-vous est par ailleurs donné fin août, début septembre pour définir les degrés notamment.

Le mildiou attaque les vignes de manière inédite

Si la récolte, aujourd’hui, s’annonce qualitative, il est une forte inquiétude dans les vignes, c’est celle concernant l’invasion de mildiou, ce champignon vorace qui se développe sur les feuilles et la grappe lorsqu’il y a un fort taux d’humidité. « Les fortes pluies entre mai et début juillet ont eu un impact très important dans le vignoble de l’AOC Champagne, avec cependant une grande hétérogénéité selon les territoires », explique Arnaud Descotes, directeur Qualité et Développement durable au Comité Champagne, qui depuis le 10 juillet effectue une tournée d’évaluation du vignoble. Les endroits les plus touchés sont ceux de la Vallée de l’Ardre, le massif de Saint-Thierry ainsi que la partie ouest de la Montagne de Reims. La Côte des Bars est moyennement touchée tout comme le Sézannais ou la Côte des Blancs. « La disparité de l’invasion de mildiou a plusieurs causes : la pluviométrie bien sûr, mais également des facteurs agronomiques, l’enherbement et la vigueur de la vigne, les traitements qui ont été effectués en prévention, mais aussi, un facteur chance… » reconnaît Arnaud Descotes. « Le vignoble est une vraie mosaïque. »

Et si la prévention est une nécessité, en HVE ou en bio, le traitement du mildiou ne peut pas être curatif. « Il faut cependant souligner que si le mildiou affecte la quantité, il n’affecte pas la qualité du raisin et de la récolte », insiste le directeur Qualité et Développement durable. Pour autant, l’ampleur constatée dans les vignes est inédite. « Nous n’avons jamais vu cela. De ma carrière, c’est la première fois que je constate autant de mildiou. » Aujourd’hui, le pourcentage de perte est estimé entre « 20 et 25% », du jamais vu, dans la mesure où l’année la plus délicate, 2016, le vignoble avait connu une perte de 15% environ. Néanmoins, « 2016 avait été une très belle année qualitativement », rappelle Arnaud Descotes. Les prochaines semaines vont ainsi être déterminantes, les vignerons vont garder un œil sur les stations météo, car si le soleil rayonne, les vendanges s’annoncent plutôt sereines. En revanche, si les orages persistent, cela peut affecter encore plus le rendement, qui pour certain, sera déjà très bas.

Cette tâche jaunâtre est typique de l’attaque de mildiou sur les vignes.

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