La Côte-d’Or garde l’innovation à l’œil

Greffe de membrane amniotique en ambulatoire à la polyclinique du Parc Drevon à Dijon et ajout d’intelligence artificielle (IA) dans le diagnostic ophtalmologique pour la start-up iSlit en collaboration avec l’université de Bourgogne (uB), La Forge et Sayens : l’innovation fait de l’œil à la médecine oculaire en Côte-d’Or.

Selon le rapport mondial de l’OMS sur la vision : « Au moins 2,2 milliards de personnes dans le monde sont atteintes d’une déficience visuelle ou de cécité, parmi lesquelles au moins un milliard présente une affection qui aurait pu être évitée ou qui n’est toujours pas traitée ». À cela s’ajoute, le vieillissement démographique conjugué à la décrue du nombre d’ophtalmologistes. Situation qui contribue à allonger les délais d’attente pour des consultations à plus de 60 jours en France. C’est à ces enjeux que la start-up iSlit créée en 2020 au sein du start-up studio parisien La Forge souhaite répondre. Pour cela, elle a sollicité l’expertise du laboratoire dijonnais Connaissance et intelligence artificielle distribuée (CiAD) dans le cadre d’un contrat de recherche partenariale noué entre l’université de Bourgogne et la SATT Sayens. ISlit entend révolutionner le marché de l’ophtalmologie en apportant la toute première solution à base d’intelligence artificielle (IA) pour simplifier, affiner et enrichir le diagnostic lors des examens à la lampe à fente. Cette solution repose sur une expertise en intelligence artificielle portée par cette collaboration R&D tripartite inédite. « La mission d’iSlit est d’apporter une aide aux diagnostics des affections oculaires en intégrant l’expertise et la connaissance des ophtalmologistes directement dans leur outil de travail (la lampe à fente) grâce à un outil avancé basé sur l’IA. Cette mission passe ainsi naturellement par le partage des connaissances avec le plus grand nombre. Voilà pourquoi nous développons également une application de formation pour les jeunes ophtalmologistes qui leur permettra de se mesurer au système et ainsi d’approfondir leurs connaissances tout en enrichissant la solution de leur expérience. C’est un cercle vertueux », affirme le docteur David Smadja PDG d’iSlit. Concrètement ce dispositif innovant permet à un système de vision d’analyser automatiquement les clichés collectés lors de l’examen pour détecter les éventuels signes d’affections de l’œil. Il suggère également à l’ophtalmologiste une liste de questions à poser à son patient. Ce système fonctionne sur une tablette mais sera également intégrable sur tout type de lampe à fente. La collaboration de R&D a été portée par Christophe Nicolle, professeur au sein du laboratoire CiAD de l’uB, assisté des équipes de Sayens et de La Forge. Elle a donné lieu au développement des bases d’un produit dont les principales techniques d’IA vont du raisonnement automatisé à la vision par ordinateur. Le tout permettant de délivrer une aide au diagnostic dans le domaine des maladies de l’œil.

OPHTAMOLOGISTE AUGMENTÉ ET GREFFE EN AMBULATOIRE

Ce programme a duré moins de 12 mois. « Grâce à l’IA, les praticiens vont pouvoir apporter un diagnostic fiable, ainsi qu’une prise en charge rapide et appropriée des maladies de l’œil. Car il nous importe de veiller à combiner systématiquement valorisation de nos travaux de recherche via des collaborations de recherche avec des industriels et dissémination scientifique ; d’ici peu de temps, nous pourrons publier les résultats scientifiques associés, et nourrir encore davantage les innovations technologiques pour l’ophtalmologie », développe Christope Nicolle. L’innovation au service de la santé de l’œil se donne aussi à voir du côté du traitement chirurgical pour les maladies inflammatoires de la cornée, avec la polyclinique du Parc Drevon à Dijon. Cet établissement du groupe Ramsay Santé, l’un des leaders de l’hospitalisation privée et des soins primaires, renforce ainsi sa prise en charge ophtalmologique avec la mise en place d’une nouvelle pratique innovante : la greffe de membrane amniotique en ambulatoire (c’est-à-dire sans hospitalisation du patient). Les membranes amniotiques sont des tissus aux propriétés rares qui recouvrent le placenta et entourent le fœtus pendant la grossesse. Extrêmement riches en substances cicatrisantes, elles s’avèrent très efficaces lorsqu’elles sont greffées à la surface d’une cornée endommagée. Cette greffe est utile pour combler : les défects conjonctivaux, à la suite d’une chirurgie de ptérygion (tumeur conjonctivale bénigne vascularisée qui entraîne une déformation de la cornée et une baisse d’acuité visuelle si on la laisse se développer). Mais aussi les défects cornées, par exemple dans le cadre d’un ulcère chronique de cornée. « La greffe de membrane amniotique est bénéfique pour le patient pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle permet de réduire de 15 à 20 minutes la durée de l’intervention. En effet, en l’absence de membrane amniotique, une reconstruction de la conjonctive nécessite un prélèvement de tissu sain à réimplanter sur le défect conjonctival, ce qui est particulièrement long et éprouvant pour le patient, obligé de regarder dans une direction sans ciller durant l’opération. De plus, une fois posée, la membrane s’hydrate naturellement, ce qui permet une cicatrisation plus rapide », explique le docteur Elsa Barrenechea, chirurgienne ophtalmologue à la polyclinique du Parc Drevon. Si la première greffe de membrane amniotique en ambulatoire à la polyclinique du Parc Drevon a eu lieu le 11 mars dernier, la pratique devrait s’accélérer avec une deuxième opération prévue ce mois-ci, avant d’envisager une récurrence mensuelle de cette pratique.

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