Virginie Rodrigues« Je m’accomplis dans le défi »

Très liée à l’entreprise familiale, Virginie Rodrigues a construit sa carrière professionnelle de défis et de challenges.

Biologiste de formation, Virginie Rodrigues, 39 ans, a fini, après bien des aléas, par reprendre la PME familiale, Fixation Technique de Vireux, tout en créant parallèlement une société de consultante en qualité.

«J’ai fait des études de biologie jusqu’à l’âge de 20 ans mais au terme de ce cursus, je me suis vite aperçue que je m’ennuierais dans un laboratoire. Alors, suite à une proposition de mon père, Carlos, j’ai choisi d’intégrer l’entreprise familiale pour devenir pendant un an responsable qualité. Ca devait normalement s’arrêter là, mais force est de constater que 20 ans après, je suis encore présente ».

Après un BTS en analyses biologiques et biotechnologiques à Thillois conclu par un stage de trois mois au laboratoire départemental d’Hagnicourt (Ardennes), Virginie Rodrigues, même si elle est vivement encouragée par ses professeurs à continuer dans cette voie, n’a, à 21 ans, qu’une seule idée en tête : voler de ses propres ailes et mettre un pied dans le monde du travail.

« IL FALLAIT CONVAINCRE »

« Gagner ma vie et mon indépendance, c’est ce que j’ai tout de suite voulu ». Elle ne sera donc pas vétérinaire mais chef d’entreprise. En 2001, elle entame sa carrière professionnelle « en étant, selon le désir de mon père, payée au Smic, formée sur le tas, opérationnelle tout de suite et missionnée pour mettre en place la certification ISO 9001. J’ai touché à tout avec l’envie de faire avancer les choses, découvrir l’évolution informatique, l’organisation de la production, l’informatisation des devis, en installant un logiciel de gestion commerciale et fait plein d’autres choses passionnantes. Tout cela en faisant aussi comprendre à mes collaborateurs que je n’avais rien d’une fille à papa qu’on avait mis là sans savoir quoi en faire. J’ai fini par convaincre pour prolonger l’expérience ».

Mais alors que Fixation Technique de Vireux tournait à bon régime, boosté par son principal client, le groupe automobile Serflex, qui représentait à lui seul 65% de son activité, l’entreprise spécialisée dans la vis de haute qualité subit de plein fouet l’inattendu dépôt de bilan de son principal partenaire pour être placée en redressement judiciaire le 28 octobre 2003.

« Du jour au lendemain, on s’est retrouvé quasiment sans activité. Avec une ardoise de 450 000 euros pour un chiffre d’affaires de 1,4 millions d’euros qu’on ne pouvait assumer ». Une grosse claque, d’autant que le père de Virginie, ingénieur hors pair, avait imaginé six mois plutôt la conception d’une machine-outil susceptible de faire réaliser des économies à FTV avant d’être « doublé » par son associé dans ce projet.

Soumise au régime sec, la société licencie la moitié de ses 24 salariés. « Mon père prend cette expérience comme un échec personnel et la période d’observation de six mois renouvelée deux fois qui s’ensuit est pour lui, psychologiquement, très difficile. Je m’occupe alors de la qualité, de l’informatique et de la partie soustraitance-achats et un peu du commercial. On se retrousse les manches pour trouver des solutions. Même s’il fut très difficile d’être dans l’obligation de nous séparer de douze de nos collaborateurs dont certains étaient des amis ».

Lors de cette période délicate, Virginie, qui a alors 24 ans, va entrer en contact par le biais d’une cliente avec le Centre des Jeunes Dirigeants dont elle deviendra plus tard présidente régionale. « Lorsque je les ai mis au courant de nos déboires, plusieurs de ces chefs d’entreprises m’ont alors entourée, accompagnée et encouragée. Ca m’a beaucoup aidée durant cette phase difficile ».

DEUX « MI-TEMPS » COMME CONSULTANTE ET SALARIÉE DEFTV

En 2004, pour soulager la PME familiale, elle accepte un mi-temps dans un cabinet de conseil en qualité, tout en effectuant un autre mi-temps comme salariée à FTV afin de pouvoir se consacrer à sa survie et au soutien de son père, toujours très éprouvé. « J’ai tenu un an et demi à ce régime mais, après quelques malaises, je me suis rendue compte que je ne pouvais cumuler autant de choses ».

Virginie se décide alors à revenir pleinement dans l’entreprise qui lui tient à cœur. Un plan de continuation et de remboursement sur dix ans sont validés en juin 2005 à la condition qu’elle et son chef d’atelier, Jérémy Vincent, entrent à l’actionnariat.

CONTACT AVEC SAFRAN

L’équipe restante a faim et se lance sur de nouveaux marchés en prenant tout ce qui se présente à elle. Au Midest de 2004, FTV a la chance de nouer des liens avec un acheteur du groupe Safran qui veut se faire livrer des vis de sécurité matricées en frappe à froid pour l’aéronautique destinées aux missiles des Rafale.

« Il nous sollicite en nous présentant un cahier des charges très pointu. Et après avoir eu un peu peur au départ, on a fini devant leur insistance par relever ce défi pour faire nos premiers pas dans l’« aéro » en 2005. Depuis c’est une longue histoire ».

Ce secteur est devenu un point fort de la stratégie de FTV au point de représenter 20 % de son chiffre d’affaires. Mais l’entreprise a aussi retrouvé du répondant en devenant multicasquettes, s’ouvrant à l’armement, au ferroviaire, au bâtiment, à l’énergie et à la menuiserie tout en faisant du sur-mesure. « On occupe aussi des espaces réclamant de la technicité et de la souplesse sur des produits de niche où les autres ne veulent pas aller ».

CRÉATION DE « VR CONSULTING »

Depuis, à la demande de plu- sieurs dirigeants, Virginie Rodrigues effectue une fois par semaine des prestations de service conseil dans la qualité. « Ce fut l’occasion, durant deux ans de payer en grande partie mon salaire à FTV avant de créer ma propre société de conseil, « VR Consulting », en 2007, à un moment où mon père allait mieux. J’ai alors quitté FTV pour prendre seule mon envol en développant d’autres services ».

En 2010, à 30 ans, elle manifeste l’idée de pouvoir reprendre un jour les rênes de FTV qu’elle avait contribué à sauver. « Mais mon père n’était pas encore prêt à écouter ce type de propos. Très courroucée, à partir de là, je me suis alors contentée de ne plus venir qu’une fois par mois dans l’usine ».

REPRISE DE LA PME FAMILIALE

En 2013, Carlos Rodrigues, échaudé par l’échec d’une reprise de FTV, souhaite que la PME, crée en 1985, reste dans le giron familial à sa retraite. Il propose à sa fille de la racheter. « Je tombe un peu des nues car j’avais fait une croix sur ce pro- jet. Mais, mon père avait bel et bien décidé de passer définitivement la main. En mai 2015, après réflexion, je deviens dirigeante de FTV par le biais de ma société de conseil en reprenant 85 % de son capital. En deux ans, on a explosé en terme de rentabilité le business plan initial avec une redistribution aux salariés atteignant pour certains un 13e et 14e mois. Depuis, on est resté sur cette dynamique ».

En 2018, FTV s’est étoffé en reprenant le parc machines de la visserie belge Guerry, une société de 14 salariés liquidée peu de temps auparavant.

« Nous n’avons pas été en mesure de la faire tourner sur place tant elle était désorganisée. On a donc pris le taureau par les cornes en rapatriant tout le matériel dans la Pointe des Ardennes. Un sacré branle-bas de combat réussi grâce à la société de transport MBS et à Fosselev auxquels ont a fait de la place pour réussir un déplacement express ayant nécessité l’utilisation de 21 semi-remorques et 6 portes-chars ».

Aujourd’hui, FTV emploie seize personnes, dépasse la barre des deux millions d’euros de chiffre d’affaires et a renoué avec la rentabilité en retrouvant le chemin de la croissance grâce notamment à son Ecrou frein CR, breveté avec de grands donneurs d’ordres.

« Ce parcours est lié à ma personnalité, celle de quelqu’un qui a toujours voulu challenger et démontrer que je suis capable de… C’est dans le défi que je m’accomplis. S’il n’est pas pétillant et grisant, cela ne m’intéresse pas. Et je me suis éclatée dans mon boulot en réalisant des choses que je n’aurais jamais pensé faire ».

Parcours

1980 Naissance le 1er janvier à Sedan.
2007 Création de VR Consulting.
2015 Reprise de l'entreprise familiale FTV - Fixation Technique de Vireux.
2018 Rachat de l'entreprise Guery.
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