Maud CadoretIngénieuse et investie

Maud Cadoret a fondé le Futur au Féminin, un club agissant pour la promotion des filières scientifiques et des métiers de l’ingénierie auprès des lycéennes.

page40image24510208L’étudiante de l’UTT (Université de Technologie de Troyes) vient de recevoir le prix national de l’élève-ingénieure France du concours Ingénieuses’20.

Même plutôt douée en sciences, Maud Cadoret n’aurait jamais osé envisager un parcours dans l’ingénierie. Il y a quelques années, une journée dédiée aux lycéennes sur les femmes ingénieures allait tout changer. « Un de mes frères était dans une école d’ingénieurs… Mais c’est cette journée, organisée dans mon école autour de témoignages et de conférences, qui m’a convaincue de suivre des études d’ingénieur. Je n’avais aucune idée avant de ce que je voulais faire », explique-t-elle. Cinq ans plus tard, le 1er octobre dernier, Maud Cadoret a reçu le prix de l’élève-ingénieure France du concours Ingénieuses’20, récompensée ainsi pour son parcours, ses ambitions et son investissement associatif.

Avec en poche un Bac S, c’est en 2015 que la Rennaise d’origine arrive à Troyes pour suivre des études d’ingénieur en Génie Méca- nique à l’UTT (Université de Technologie de Troyes) avec prépa intégrée. « Cette année-là, les filles représentaient 16 % des étudiants de la promotion. Le pourcentage n’est pas beaucoup plus élevé aujourd’hui, il est à 25 % », déplore Maud Cadoret.

« L’idée qu’on s’en fait », explique probablement ce faible taux de présence des femmes en ingénierie. « Lorsque j’étais en Terminale, une classe avec pourtant 50 % de filles, seulement deux d’entre nous sur 17 sont venues à la journée dédiée aux femmes ingénieures. Je pense qu’on n’avait pas assez vendu cette journée-là », analyse-t-elle. Autre explication, le manque de représentation des femmes dans l’ingénierie n’incite pas les élèves à se projeter : « En règle générale, si on nous demande de citer le nom d’une femme scientifique, on pense à Marie Curie. Et on a du mal à en citer un deuxième ».

INVESTISSEMENT ASSOCIATIF

Dès le début de son cursus, elle s’investit dans la vie et les associations de l’Université troyenne. Et commence par devenir présidente de la Fanfare de l’UTT. « Je joue de la trompette depuis l’âge de sept ans », explique-t-elle. Elle s’investira ensuite au sein du BDE (Bureau des étudiants) pendant un an et demi avant d’en prendre la présidence en 2018. Ce sera « un tremplin » pour ce qu’elle accomplira par la suite.

Son parcours pour devenir ingénieure l’emmène pendant le deuxième semestre 2018 à Taïwan, où elle effectue son stage de six mois. À son retour, l’UTTienne opte pour une césure d’un an. Elle consacre une première partie de l’année 2019 à la fondation du Futur au Féminin. Ce club agit pour la promotion des filières scientifiques et des métiers de l’ingénierie auprès des lycéennes. Tout en luttant contre la précarité menstruelle.

Lors du deuxième semestre 2019, Maud Cadoret décide de rejoindre l’Asie du Sud-Est avec deux amies. Leur objectif : rencontrer en Thaïlande des associations défendant le droit des femmes dans leur pays, que ce soit par des cours pour leur apprendre un métier, des collectes de vêtements, des attributions aux femmes battues de logements avec garderie.

VOYAGE À L’ÉTRANGER ÉCOURTÉ

Situation sanitaire liée à la Covid-19 oblige, l’étudiante troyenne devra rentrer en France au bout de deux mois. Le contact avec les autres associations auxquelles elle avait prévu de rendre visite se fera par mail. Même écourté, ce voyage propice au questionnement l’inspirera dans la poursuite de son engagement associatif. Et l’acquisition de nouvelles compétences en montage vidéo par exemple lui permettra bientôt de faire partager des témoignages d’étudiantes ingénieures de l’UTT, afin de promouvoir l’école et les études d’ingénierie.

Avec le club du Futur au Féminin, elle a d’ores et déjà édité plusieurs publications sur les réseaux sociaux pour faire découvrir des portraits de femmes scientifiques mais également des œuvres artistiques mettant en avant les femmes dans leur ensemble. « Le Futur au Féminin réunit ce semestre une vingtaine de personnes », fait valoir Maud Cadoret.

L’étudiante troyenne a également d’autres projets en cours. Devenue, en septembre dernier, secrétaire générale de la Fédération des Étudiants Troyens, Campus 3, elle compte s’investir sur le thème de l’innovation sociale, développer des actions centrées sur la précarité étudiante, au niveau financier, mais également de la malnutrition et du logement notamment.

CONCOURS INGÉNIEUSES’20

« J’ai participé au concours Ingénieuse’20 grâce à une fille de l’UTT qui avait gagné il y a deux ans. J’étais à l’étranger et c’est le contexte de la crise sanitaire qui m’a fait revenir. Et comme j’avais le profil, j’ai tenté », dit-elle simplement. C’est ainsi qu’elle a été désignée lauréate du prix de l’élève-ingénieure France. L’opération Ingénieuse – qui est à la fois un concours et une opération de communication au niveau national – est organisée par la Conférence des Directeurs des Écoles Françaises d’Ingénieurs (Cdefi). Elle vise à promouvoir les formations et métiers de l’ingénierie auprès du public féminin.

S’intéressant en outre à l’art et la culture, Maud s’est également lancée dans la création du Bureau des Arts qu’elle a fondé avec un ami.

« Le Bureau des Arts réunit les différents clubs artistiques de l’UTT et appartient au BDE, précise-t-elle. On en entendait parler depuis cinq ans. Suite au confinement, le déroulement du semestre ayant été interrompu, c’est devenu un besoin, une réelle envie des étudiants. Ils sont près de 250 aujourd’hui dans les clubs artistiques de musique, vidéo, photo, dessin, théâtre, danse et stand-up ».

Aujourd’hui, lorsqu’on lui demande vers quel domaine elle souhaite orienter sa vie professionnelle, elle s’en est fait une idée, même si elle ne sait pas exactement où elle fera son prochain stage. Elle aimerait en tout cas travailler en ingénierie dans le domaine de l’économie sociale et solidaire.

Parcours

1997 Naissance à Rennes (Île-et-Vilaine) le 5 septembre.
2015 BAC S à Rennes. Prépa intégrée à l’UTT (Université de Technologie de Troyes).
2017 Étudiante ingénieure en Génie Mécanique à l’UTT depuis cette date.
2019 Fonde le Futur au Féminin.
2020 Prix de l’élève-ingénieure France du concours Ingénieuses’20.
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