« Il y aura une crise à gérer sur laquelle personne n’a de visibilité »

Alors que la France est quasiment à l’arrêt, les assureurs sont sollicités au quotidien pour répondre aux questions de leurs assurés sur la nature des couvertures des risques et des pertes. Entretien avec Christophe Guirten, Directeur de Région Adjoint – Gras Savoye Région Est.

Quel est le rôle des assureurs en cette période ?

Notre rôle de courtier est d’être aux côtés de nos clients et de les accompagner. Nous sommes des partenaires de nos clients et nous nous devons de leur communiquer l’ensemble des outils ou aménagements dont ils peuvent bénéficier. Par ailleurs, nous leur proposons d’assister régulièrement à des réunions en ligne pour répondre à leurs principales interrogations en matière de couvertures d’assurances. Les assureurs, aujourd’hui comme hier, en confinement ou non, sont là pour assurer une continuité de service à leurs clients. Nous-même, comme courtier, sommes organisés en téletravail pour répondre au quotidien à tous nos clients, notamment les entreprises qui traversent une crise sans précédent ; je pense notamment aux autocaristes, sociétés d’événementiel, etc.

Concernant les contrats complémentaires santé et prévoyance, nous assurons une continuité de service pour l’ensemble de nos clients. Nous déployons également des services utiles en cette période. Exemple : la téléconsultation médicale, l’assistance psychologique…

Les contrats d’assurance prévoient-ils ce type de sinistre ?

Il n’y a pas à proprement parler de « risque pandémie » qui soit prévu par les contrats d’assurances en général. C’est bien le problème aujourd’hui, c’est que l’événement actuel ne rentre dans aucune « case » prévue.

Les pertes d’exploitation que subissent les entreprises ne sont pas consécutives à un dommage (incendie, tempête, etc.) et donc ne rentrent pas, sauf rares exceptions, dans le cadre de la « multi-risques » classique. Certaines assurances en revanche sont très sollicitées, je pense notamment aux garanties « annulation » annexées aux voyages vendus par les tour operators.

Les contrats complémentaires santé et prévoyance fonctionnent normalement. Les frais de santé liés au Covid-19 sont remboursés au titre des garanties des contrats, comme toutes autres dépenses.

Que font les assureurs aujourd’hui ?

Même si la baisse d’activité n’est pas couverte en tant que telle, les assureurs continuent de couvrir les risques prévus dans les contrats. Certains, d’ailleurs, sont aggravés par la situation. Les cyber-risks, par exemple, sont beaucoup plus importants lorsque les salariés se connectent sur des réseaux privés peu sécurisés. Les usines « vides », les chantiers à l’arrêt attirent aussi plus les personnes malveillantes. C’est pourquoi nous nous devons de rester présents auprès des clients pour les conseiller et les accompagner. Nous prévoyons aussi des formations / informations en Webex pour tenir nos clients au courant de tous ces sujets.

Par ailleurs, pour tenir compte de la situation, beaucoup d’assureurs acceptent de suspendre les procédures de recouvrement des primes, et ainsi soulager les trésoreries les plus tendues.

Au niveau national, les assureurs ont débloqué 200 millions d’euros destinés à participer aux conséquences de la pandémie.

Quelles sont les questions les plus fréquentes ?

Les clients appellent souvent avec une confusion, parfois entretenue par les médias, sur le terme « perte d’exploitation ». Mais pour ceux qui connaissent le mieux les couvertures acquises, les questions les plus fréquentes tournent autour des délais de paiement des cotisations.

Certains en profitent aussi pour faire un tour de leurs assurances et vérifier qu’ils sont bien assurés pour les risques accrus, comme le cyber-risk dont je parlais précédemment.

Nous avons également un certain nombre de questions relatives au chômage partiel.

Certains assurés sont inquiets… ont-ils raison de l’être ?

L’inquiétude est légitime, car la santé même des entreprises est en jeu. Une telle interruption, ou ralentissement d’activité est du jamais-vu… La reprise économique est incertaine… Donc, au-delà et après les difficultés sanitaires, et le drame humain que cela représente, il y aura une crise à gérer sur laquelle personne n’a de visibilité.

Mais si l’inquiétude dont vous parlez concerne les assureurs, je ne pense pas qu’elle soit fondée. Bien sûr, ils seront fortement impactés par la crise, mais le régulateur prévoit des garde-fous pour protéger la solvabilité des compagnies, et faire en sorte qu’elles honorent leurs engagements vis-à-vis des clients. Je pense notamment aux assureurs vie, prévoyance et santé.

Quelles mesures ont d’ores et déjà pris les assureurs pour leurs clients au cours des premiers jours ?

Les assureurs ont globalement déployé des services destinés à faciliter la vie des assurés. La téléconsultation par exemple connait une très forte utilisation depuis le début de confinement. Les services de soutien psychologique sont également de plus en plus utilisés à mesure que le confinement dure.

Des solutions sont également apportées aux entreprises en difficulté pour reporter le paiement des cotisations.

La sénatrice Françoise Férat demande la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle… Est-ce une bonne solution ? Qu’est-ce que cela pourrait impliquer ?

En tant que tel, un assureur peut couvrir un risque qu’il identifie, qu’il mesure et qu’il finance. C’est le cas des catastrophes naturelles (tempêtes, cyclones, etc.). La pré- sente situation ne comporte pas de dommage matériel, et n’entre ainsi pas dans les définitions de catastrophes naturelles, sauf à en changer la nature même.

Évidemment, comme courtier, nous représentons les intérêts de nos clients et sommes favorables à ce que les assureurs participent à l’effort de soutien aux entreprises. Mais nous ne pouvons pas changer a posteriori les règles d’un contrat. La discussion ne peut se faire que par une autre forme de solidarité, en sollicitant les assureurs sur la base du volontariat.

Que peuvent ou doivent faire les entreprises aujourd’hui ? Quelles sont les démarches à suivre ?

Les entreprises pour qui l’activité continue et qui ne peuvent proposer du télétravail, doivent veiller à mettre en place les mesures permettant de garantir la sécurité à leurs salariés. Au fil des jours, nous risquons de constater un certain relâchement dans le respect des gestes barrières. Il est fondamental de rester vigilants, les entreprises ont un rôle important à jouer.

Les incertitudes quant à la durée de la crise ajoutent-elles à l’inquiétude des assurés ?

Ces questions sur la date de reprise et des modalités sont fondamentales. À ce jour rien n’est défini, cette situation peut soulever des questions légitimes des assurés telles que : Quelle est la santé financière de mon entreprise, va- t-elle passer cette période sans trop de dommages ?

Et demain ? Que nous enseigne une telle pandémie ?

Notre monde actuel avait oublié que cela pouvait arriver… contrairement à nos ancêtres qui l’ont vécu.

Nous avons les véhicules économiques pour se préparer à affronter une autre catastrophe de ce type. Il faudra pour cela anticiper et créer les garanties d’assurance adéquates, avec un financement ad hoc. C’est ce qui a été créé après les attentats de 2001, avec le fonds de garantie obligatoire « GAREAT ».

Mais la leçon de tout cela est aussi et surtout une leçon d’humilité. Nos systèmes économiques et financiers sont bien peu de choses lorsque nous réalisons que notre vie même est menacée par un ennemi invisible.

Christophe Guirten, est le Directeur de Région Adjoint de Gras Savoye Région Est.

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