« Il est plus risqué de rester à la maison que de s’internationaliser »

Aider les entreprises à relancer leur force de frappe à l’international, pilier de la relance, tel est l’objectif de l’État et de la Région qui se mobilisent notamment à travers des aides financières et des dispositifs simplifiés. Tour d’horizon avec la Team France Export.

Si l’année 2019 et a été marquée par des tensions commerciales à l’échelle mondiale et a fortiori 2020, les performances tricolores ont cependant été encourageantes, la France ayant été en 2019 le pays le plus attractif en matière d’investissements étrangers. « Les exportations de biens ont progressé de 16 Mds€ et la France n’a pas compté autant d’entreprises exportatrices depuis 17 ans », indique le rapport annuel du commerce extérieur de la France, publié en février. Des résultats prometteurs qui résultent notamment des efforts initiés depuis trois ans, et renforcés en cette période mouvementée, pour relancer la compétitivité française. Parmi eux, la mobilisation de l’alliance Team France Export créée en 2018 entre les Régions, les services de l’État, Business France, les Chambres de commerce et d’industrie et Bpifrance en vue de simplifier et fluidifier les démarches.

L’export reste l’un des principaux leviers de croissance pour les entreprises, un des piliers de la relance économique et le Covid-19 ne doit pas être un frein. C’est en substance, le message émis par les responsables nationaux et régionaux – Franck Riester, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, Nadia Pellefigue, vice-présidente de la Région Occitanie en charge du Développement économique, de la Recherche, de l’Innovation et de l’Enseignement supérieur, Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie et Christophe Lecourtier, directeur général de Business France – réunis lors d’un webinaire, le 20 octobre dernier. Son objectif ? Montrer que l’État et la Région Occitanie travaillent de concert pour soutenir les entreprises françaises à l’international et apportent un soutien financier, notamment aux petites entreprises, qui mènent des démarches à l’export.

Franck Riester a ainsi détaillé son plan de relance export doté de 250 M€. « Le plan de relance déploie une palette d’outils qui vise à améliorer la compétitivité des entreprises. Il s’agit notamment de renforcer l’information actualisée pays par pays, secteur par secteur via une interface de Business France ; de favoriser l’accompagnement au déploiement à l’international, en renforçant les moyens de l’assurance prospection, du chèque export, des outils de financement et notamment de l’assurance crédit publique ; d’augmenter les budgets à destination du volontariat international en entreprise (VIE) et de communiquer sur la marque France et ses déclinaisons », balaye le ministre.

Mesure phare de ce plan, le chèque relance export, mobilisable depuis le 1er octobre, doit permettre à 15 000 PME-ETI de mener une démarche de prospection. Cette aide prendra en charge jusqu’à 50 % des actions, par exemple, une prestation d’accompagnement lors de salons, de déplacements, etc. Les financements sont par ailleurs plafonnés à 2000€ pour une mission de prospection, 1 500 € pour les missions collectives et 2 500 € pour la participation à un pavillon France sur un salon étranger. Pour l’heure, « l’Occitanie est dans le top 3 des régions qui l’utilisent déjà », précise Christophe Lecourtier.

LA RÉGION MOBILISE 370 M

De son côté, la Région a mobilisé 370 M€ pour soutenir l’économie, préserver l’emploi et anticiper la reprise dont 211 M€ sur des filières ciblées porteuses à l’international et un plan spécifique à destination de l’aéronautique à hauteur de 99 M€. La région Occitanie a ainsi adapté son accompagnement en apportant des évolutions au Pass Export qui devient le Pass Relance Export, destiné aux TPE et PME. « Ce dernier finance à 70 % l’activité d’export dont notamment le conseil, la consolidation des marchés export existants, l’accompagnement des entreprises dans leur approche d’un nouveau marché, la première mission à l’export, etc. Il est plafonné à 20 000 € pour l’ensemble des entreprises, qui peuvent être appuyées par les Maisons de la Région à Shanghai, Casablanca, New York et Londres », détaille Nadia Pellefigue qui insiste sur la nécessité de fédérer les services et les acteurs. Quid de la possibilité de cumuler les aides ? « Il faut que les dispositifs soient cumulables, simples et lisibles, sinon les entreprises resteront perdues face aux milliards mobilisés. Le Pass Relance Export proposé par nos services et le chèque relance export proposé par l’État couvrent jusqu’à 100 % des coûts de participation à un salon international, ce qui peut être très profitable. »

L’État veut aussi favoriser le Volontariat international en entreprise (VIE), un dispositif qui n’existe que sous le pavillon français. L’institution prendra en charge 5 000 € pour l’envoi en mission d’un VIE et ce dispositif renforcé concernera tout autant les jeunes surdiplômés que des VIE issus de formations courtes ou venant des quartiers prioritaires. « L’entreprise peut, avant d’envoyer un jeune dans le pays visé, le garder jusqu’à six mois en France afin de le former et de lui faire connaître son environnement. Si l’entreprise n’a pas de structure dans le pays visé, il existe aussi des solutions d’hébergement, etc. Business France s’occupe ainsi de l’ensemble des démarches. Un VIE est un très bon moyen de pénétrer un marché », souligne Christophe Lecourtier.

Outre ces aides financières, L’État souhaite renforcer des moyens de l’assurance-prospection, outil très sollicité par les PME et ETI qui se lancent à l’export. Selon Pedro Novo, directeur exécutif en charge de l’export à Bpifrance, « aujourd’hui, il est plus risqué de rester à la maison que de s’internationaliser. L’assurance prospection que nous avons musclée pour trois ans, permet de prendre en charge 65 % des coûts de l’entreprise et partage ainsi les deux tiers du risque au déploiement international. Pour en bénéficier l’entreprise doit être accompagnée par la Team France Export et des prestataires labellisés. L’assurance prospection est plafonnée à 40 000 €, contrairement à l’assurance classique qui, elle n’est pas plafonnée. On ne pose pas le sac à dos face au monde, on y va, car c’est la croissance des dix prochaines années que nous préparons ! »

État d’esprit partagé par l’ensemble des acteurs. De son côté Jean-Marc Dessapt, directeur opérationnel au sein d’Ad’Occ, l’agence de développement économique régionale, invite à prioriser trois marchés : la Chine, l’Allemagne et les États-Unis, et à observer l’export de façon plus globale et transversale. « Il faut traiter l’export et le marché intérieur local et national dans le même élan, à l’image du secteur agroalimentaire, se poser la question de la diversification des marchés d’activité comme pour l’aéronautique, avec une diversification dans le secteur de l’énergie et répliquer des actions telles que ce webinaire organisé dernièrement sur le thème des opportunités de diversification dans le ferroviaire pour les entreprises aéronautiques. Et enfin aider les entreprises à mieux utiliser les outils numériques pour faire de la prospection distancielle. Il faut aller chercher la croissance là où elle est. »

De fait, l’Hexagone représente 3 % du PIB mondial, ce qui, dit autrement, signifie « qu’il y a 30 fois plus de business à faire à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos frontières », souligne Alain Di Crescenzo qui salue l’ensemble des mesures avant de poursuivre, « nous avons une hausse de 124 % des prestations par rapport à l’an dernier, grâce à la Team France Export qui est très mobilisée. »

À l’heure actuelle, 85 % des exportateurs français auraient repris leur activité dont 91 % en Occitanie. « Il reste encore 10 % qui sont aux abonnés absents, c’est pour cette raison qu’il faut rendre à nouveau l’aventure de l’exportation possible », conclut Christophe Lecourtier. Pour rappel, en 2019, la Région a accompagné 214 projets d’entreprises souhaitant se développer à l’international pour un montant global de 9,4 M€ d’aide.

« Il nous tarde d’avoir accès à ces mesures »

Témoignage de l’entreprise Berdoues basée à Cugnaux

La PME familiale, regroupant 80 personnes, qui développe et commercialise des parfums et des produits cosmétiques, est présente dans près de 80 pays. « Depuis quelques années, nous constatons une décroissance sur le marché national, et nous avons décidé de privilégier notre développement à l’export, qui avec le digital, est notre principal levier de croissance, explique Karim Sikaddour, directeur commercial France du groupe Berdoues. Cette crise sanitaire a créé beaucoup d’incertitude et nous manquons de visibilité sur les marchés. C’est pourquoi, nous nous sommes appuyés sur la Team France Export qui nous a accompagnés avec des études, des échanges réguliers avec les bureaux de Business France à travers le monde, concernant nos projets en cours. Demain, nous souhaitons initier un plus grand nombre de missions, notamment, à court terme avec des projets d’implantations, et à long terme, avec la mise en place de notre réseau de distribution. Grâce aux chèques relance export, nous pouvons désormais réaliser des missions individuelles qui étaient inaccessibles financièrement par rapport aux missions collectives. Dans certains pays, les missions collectives n’existent pas, ce qui nous bloquait l’accès aux compétences locales. Nous ferons aussi appel à la Région notamment pour des contrats grand export qui représentent des investissements lourds pour une PME. Il nous tarde d’avoir accès à ces mesures ».

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