Stéphane CreusvauxGrand frère défenseur

Engagé dans le monde associatif depuis le début de sa carrière, Stéphane Creusvaux est aujourd’hui Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Dijon. Une fonction qu’il a prise en plein mouvement de grève contre la réforme des retraites.

Avocat au Barreau de Dijon depuis plus de 20 ans, il se souvient de son premier jour comme si c’était hier. En fin d’année, Stéphane Creusvaux a été élu par ses pairs Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Dijon, une fonction qu’il exerce depuis le 1er janvier.

Si le métier d’avocat s’apprend, tout comme l’art oratoire, vertu de la profession, l’art de défendre son prochain est quant à lui une qualité parfois innée. Stéphane Creusvaux est né à Dijon et a grandi à Auxerre. « Dès l’adolescence, j’ai senti que j’avais besoin parfois de venir en aide sur la défense de choses qui, à l’époque, paraissaient anodines, et prendre la défense du plus faible était en effet dans mon caractère, confie-t-il. Naturellement, chacun à des capacités plus ou moins importantes à s’exprimer. Mais quand on est jeune, c’est d’autant plus compliqué qu’on est souvent davantage timide ou qu’on a bien souvent peur du regard de l’autre. J’aimais l’idée de pouvoir être la voix de celui qui n’était pas en mesure de s’exprimer. » Aîné d’une fratrie de quatre, Stéphane Creusvaux a fait ses armes sous le toit familiale. « Il y avait une espèce de solidarité fraternelle qui faisait qu’on essayait d’une manière générale de se défendre mutuellement lorsque l’un de nous se retrouvait en difficulté vis-à-vis des parents, se souvient-il. On a eu la chance de grandir dans une famille où la communication était de mise naturellement, sans aucune censure, ce qui permettait, ponctuellement, d’avoir quelques joutes orales. » De retour à Dijon à tout juste 18 ans, Stéphane Creusvaux s’oriente donc de fait vers des études de droit. Un chemin pris de manière naturelle, selon lui, alors que le métier d’avocat était étranger à la sphère familiale, sinon un cousin magistrat. « C’est au fil des stages que j’ai réalisés que j’ai découvert que c’était ce métier vers lequel je devais me destiner. »

UNE PLONGÉE DIRECTE DANS LE GRAND BAIN

Après un DESS en droit (équivalent aujourd’hui d’un master 2 à bac+5, Ndlr), il intègre directement l’école d’avocats, alors encore à Dijon. Sa formation accomplie, Stéphane Creusvaux prête serment auprès du Barreau de Dijon à l’aube de ses trente ans. Sa première journée, il s’en souvient comme si c’était hier. « C’était très excitant mais aussi très stressant. Pour tout dire, j’ai prêté serment à 14 heures et à 16 heures mon maître de stage m’envoyait déjà plaider en correctionnelle… Donc je n’ai pas eu trop le temps de me retourner, explique-t-il. Cette plongée dans le grand bain, c’est l’inconnu total. Comme beaucoup de formation à l’époque, c’est moins vrai aujourd’hui parce qu’on tend à développer davantage les stages, on n’était vraiment que sur du théorique. » Un stress renforcé par l’attente mais qui par la suite se transformera en trac, avec la maturité et l’expérience. « L’usage veut que tous les dossiers soient appelés à la même heure, à quelques exceptions près, et que l’ordre de passage se fasse par l’ancienneté au passage. Donc la problématique c’est que, bien souvent, vous arrivez en audience au taquet de ce que vous allez exposer et finalement la chose la plus difficile à gérer est ce temps d’attente qui avoisine parfois les trois à quatre heures. »

Après avoir été collaborateur pendant huit ans, Stéphane Creusvaux s’est installé à titre individuel avant de rejoindre le cabinet Beziz-Cléon / Charlemagne. « Aujourd’hui en retraite active, Maître Beziz-Cléon, l’associée historique du cabinet, avait souhaité céder ses parts. Je me suis donc associé avec Fabrice Charlemagne pour travailler avec leurs quatre collaborateurs au sein de cette SCP [Société civile professionnelle, Ndlr]. » Spécialiste en droit de l’immobilier et des assurances, le cabinet exerce aujourd’hui sur l’ensemble de la Bourgogne Franche-Comté et plus largement au niveau national sur des questions de responsabilité médicale.

AVOCAT ET INVESTI

En parallèle de ses activités d’avocat, Stéphane Creusvaux a toujours été engagé et investi dans le milieu associatif. « Quand j’ai intégré le Barreau, il existait différents syndicats ou associations et j’ai rapidement adhéré à l’Union des jeunes avocats qui permettait de nous mettre un peu le pied à l’étrier et de nous faire comprendre le fonctionnement de l’institution et du barreau dijonnais, se souvient-il. Assez rapidement j’en ai pris la présidence et par la suite, parce que le fonctionnement de l’Ordre m’intéressait, je me suis présenté au Conseil de l’Ordre. » Après quatre mandats et différentes missions, la dernière en date étant la gestion de la partie sinistralité de la profession, Stéphane Creusvaux a été élu par ses pairs en fin d’année pour occuper la fonction de Bâtonnier, pour une durée de deux ans à compter du 1er janvier 2020. « Poursuivre sur une autre dimension m’intéressait aussi puisque même si les membres du Conseil de l’Ordre s’occupent de beaucoup de choses, par délégation, pour accompagner les 340 avocats du Barreau de Dijon, je souhaitais apporter ma pierre à l’édifice sur la question de l’évolution de la profession, tout en pouvant gérer le barreau dijonnais. » Une fonction qu’il a finalement prise en pleine crise puisque dès les premiers jours de son mandat, l’ensemble de la profession se mettait en grève relativement au projet de réforme des retraites. Une grève qui a mis la profession à l’arrêt pendant quelque neuf semaines avant qu’une nouvelle crise ne commence, cette fois-ci sanitaire et d’une toute autre ampleur. « Le Gouvernement a pour le moment suspendu tous ces projets, mais nous resterons tout de même vigilants, comme nous restons vigilants sur de nombreux sujets y compris sur les restrictions des libertés individuelles par rapport à la loi portant sur l’État d’urgence sanitaire afin qu’elles ne se pérennisent pas. » Son cheval de bataille en prenant le bâtonnat ? Réorganiser la profession face au manque de moyens qui lui sont alloués par le Gouvernement et alors que la justice est en pleine mutation… « Il y a notamment tout ce qui est mode alternatif des litiges pour qu’on puisse aussi aller dans le sens d’une amélioration et d’être les premiers acteurs de l’évolution de la justice et surtout d’être vigilant sur le maintien du service publique pour que chaque citoyen puisse accéder à la justice dans notre pays. » En attendant, Stéphane Creusvaux se donne pour objectif de maintenir du lien avec les avocats du Barreau de Dijon durant cette crise sanitaire pour lutter contre l’isolement. Le Bâtonnier anticipe aussi la reprise de la vie judiciaire et les différentes évolutions que pour- rait impliquer cette pandémie.

Après son mandat, Stéphane Creusvaux espère rester au Conseil de l’Ordre pour accompagner son successeur. « Je me consacrerai aussi à nouveau à 100 % au cabinet. Il faut bien imaginer que les fonctions de Bâtonnier prennent un bon mi-temps, en temps normal bien sûr… Là, on est plus sur du 75 % », complète-t-il. En attendant, et pourrions-nous dire en guise d’exutoire, l’homme de loi oublie son stress en pratiquant du sport et en se cultivant. Aussi avoue-t-il un petit faible pour la cuisine, qu’il a pu, comme beaucoup de Français, exercer tout en restant confiné.

Parcours

1969 Naissance, le 26 mars, à Dijon.
1987 De retour à Dijon, après avoir grandi à Auxerre, il attaque des études de droit avant d’intégrer l’École d’avocats, alors encore à Dijon.
1998 Stéphane Creusvaux prête serment le 23 janvier à 14 heures et plaide pour la première fois deux heures après.
2016 Il s’associe à Fabrice Charlemagne et rejoint le cabinet Beziz-Cléon / Charlemagne.
2020 Élu par ses pairs après quatre mandats au Conseil de l’Ordre, Stéphane Creusvaux devient Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Dijon.
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