Esssentiel Pro veut mettre fin aux mégots grâce aux champignons

Michaël Mauvais va proposer de plus en plus de bacs de collecte pour traiter un maximum de mégots de cigarettes.

Michaël Mauvais met le mycélium des champignons au service de la dépollution, notamment pour assurer le dépolymérisation d’un mégot de cigarette en deux mois.

Véritables fléaux de la pollution des rues et des océans, les mégots de cigarettes sont extrêmement difficiles à recycler.

Fondateur et dirigeant de la société châlonnaise Essentiel Pro, spécialisée dans la propreté, Michaël Mauvais est confronté au quotidien à cette problématique. « 40% des déchets marins sont des mégots de cigarettes », précise-t-il. Interpellé par cette réalité, il a commencé à réfléchir, il y a plusieurs années, à la mise en place de solutions pour faciliter leur recyclage et a découvert les travaux réalisés par le mycologue américain Paul Stamets. Ce dernier a notamment découvert un procédé pour dépolluer les plages en cas de marée noire à l’aide de certaines espèces de champignons. Il a également prouvé que certains champignons peuvent dépolymériser les mégots.

Après deux ans de recherche et d’essais, Michaël Mauvais est parvenu à dépolymériser un mégot en 60 jours, quand ce processus met entre 10 et 15 ans dans la nature ! « Nous collectons les mégots de cigarettes, nous les rapportons ici et nous les mettons en cave avec des champignons ». Là, le mycélium* des champignons, placé dans un espace contraint, détériore la ouate de cellulose qui compose les mégots pour donner une matière dense et inerte.

Installée dans les bâtiments du 111 avenue de Paris à Châlons, gérés par la Semcha, l’entreprise Essentiel Pro a pu bénéficier de leur accompagnement pour faire avancer son projet Mange Mégot. « Tout a démarré grâce à Thomas Barbey, chargé de développement, qui a compris notre objectif et qui a mis à notre disposition une cave pour réaliser nos premiers essais ».

QUEL RECYCLAGE POUR LE SUBSTRAT ?

« Un mégot de cigarette est composé de près de 4 000 substances, dont la nicotine. Ces substances sont nocives lors de la combustion de la cigarette mais lorsqu’elles sont dépolymérisées par l’action du mycélium, elles redeviennent inoffensives », souligne Michaël Mauvais. De quoi avoir envie d’industrialiser le mécanisme et de le commercialiser pour le mettre à la disposition du plus grand nombre.

« Il nous fallait aussi trouver des débouchés à la matière compacte obtenue. Nous nous sommes rapprochés de la Région Grand Est qui nous a mis en contact avec le Pôle de compétitivité Matéralia et nous avons mis en place une action de R&D avec un laboratoire de Nancy pour trouver des pistes de recyclage de la matière obtenue après dépolymérisation ». Une matière qui s’apparente visuellement à du bois dégradé, qui est entièrement dépolluée et qui présente des caractéristiques intéressantes dans plusieurs domaines.« Il est possible de la réutiliser pour en faire une matière destinée à fabriquer des objets de décoration, ou un matériau de chauffage », explique le dirigeant châlonnais. « Mais nous travaillons aussi sur d’autres pistes qui restent confidentielles aujourd’hui car elles doivent encore être validées ».

Pour poursuivre le développement de son produit révolutionnaire l’entrepreneur marnais va sans doute devoir déménager dans de nouveaux locaux pour disposer d’espace de recyclages plus grands et plus adaptés. Il envisage aussi de créer une société entièrement dédiée à cette activité. « Elle sera détenue en partie par Essentiel Pro et ses actionnaires mais aussi par des investisseurs extérieurs, régionaux et nationaux, qui se montrent déjà intéressés pour investir dans notre aventure ».

* Le mycélium est appelé dans le langage courant blanc de champignon, il est composé d’un ensemble de filaments, plus ou moins ramifiés que l’on trouve dans le sol ou le substrat nutritif.

Propreté extrême

L’entreprise marnaise de 25 salariés est spécialisée dans les missions de propreté traditionnelle, notamment dans les immeubles, les syndics de copropriété, les commerces et les sites industriels. « Nous avons aussi développé une branche en propreté extrême pour intervenir sur des sites où ont eu lieu un décès ou dans le cadre du syndrome de Diogène par exemple », explique Michaël Mauvais.

Un marché à prendre du côté des collectivités

Essentiel Pro compte bien profiter de la mise en place de la Responsabilité Elargie du Producteur (REP) qui va obliger les cigarettiers à financer la collecte et le recyclage, avec des subventions à la clé pour les collectivités.

« C’est un marché qui va exploser, nous sommes prêts à y répondre », souligne Michaël Mauvais. En effet, l’Etat français souhaitant appliquer le principe du pollueur-payeur (ou Responsabilité Elargie du Producteur) qui a décidé de mettre en place une éco-taxe sur les paquets de cigarettes. Le produit de cette taxe servira à alimenter un éco-organisme spécialement créé pour gérer la collecte des mégots et la gestion de leur recyclage. Cette REP va alors permettre aux communes de toutes tailles et aux agglomérations de demander des subventions à cet éco-organisme pour mettre en place des systèmes de collecte et de recyclage des mégots.

Les collectivités de 5 000 à 50 000 habitants pourront ainsi prétendre à une subvention à hauteur de 1,08 euro par habitant pour gérer leur stratégie (pose de cendriers, communication, collecte et recyclage) Une dotation qui s’élève à 2,08 euros par habitant pour les agglomérations de plus de 50 000 habitants. Les communes de moins de 5000 habitants seront quant à elles dotées de 50 centimes par habitant pour les accompagner dans cette démarche de dépollution.

Au total, le marché national pourrait représenter un potentiel situé entre 60 et 100 M€ de subventions. Sa méthode, Michaël Mauvais l’a déjà mise en place à Châlons-en-Champagne avec le concours de la Ville. « Châlons est la première collectivité avec qui nous travaillons. Nous avons signé le marché en janvier 2021. C’est la première ville à se lancer dans le recyclage au niveau national ».

Car si quelques autres entreprises proposent du recyclage de mégots, l’entrepreneur châlonnais est bien le seul à utiliser ce processus à base de champignons. La REP devrait sans doute inciter d’autres collectivités à suivre le modèle de Mange Mégot, ce qui rend le chef d’entreprise plutôt optimiste pour son activité. « Notre objectif c’est de créer à Châlons-en-Champagne une filière de recyclage pour tout le Nord et le Grand Est élargi de la France ».

Un emploi a déjà été créé pour assurer le suivi du marché châlonnais mais Michaël Mauvais compte bien recruter bien plus massivement avec l’intérêt que commencent à lui porter de plus en plus d’acteurs économiques.

Côté entreprises en effet, La Poste s’est également positionnée pour faire traiter les mégots sur son site de Saint-Gibrien qui compte plusieurs centaines d’agents. Il vise aussi le secteur de l’événementiel comme les festivals, la Foire de Châlons ou le VITeff qui se montrent déjà intéressés pour rendre leurs sites plus propres et plus vertueux.

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