Sophie GarciaEntretenir la flamme

Cogérante de PSL, une PME basée à la Salvetat-Saint-Gilles et spécialisée dans la sécurité incendie, qu’elle a cofondée
avec son mari en 2001, la quadra est la seule femme à présider un Medef régional.

Après neuf mois de crise sanitaire, deux confinements, des fermetures administratives toujours en cours, et malgré un vaste plan de relance, « la colère monte au sein des entreprises, expliquait mi décembre Sophie Garcia lors d’un petit-déjeuner informel à un parterre de journalistes. En janvier, nous serons au bord de l’explosion ». Oscillant entre colère et exaspération, sans langue de bois, la patronne des patrons occitans pointait « un souci de méthode » au sein du gouvernement, qui, indiquait-elle, « a une peur panique de la crise sociale », mais évoquait surtout « des chefs d’entreprise qui n’en peuvent plus ». « On est totalement infantilisé et ce n’est juste pas possible », bouillait-elle.

À la tête, avec son mari, d’une PME de 30 salariés qu’ils ont créée ensemble il y a 20 ans, comme des milliers de dirigeants, elle pourrait faire le dos rond en attendant des jours meilleurs. Mais courber l’échine pour parer au danger, ce n’est pas trop son style. Cette battante, qui s’est découvert une passion pour l’entrepreneuriat sur le tard, vient d’être réélue à la tête du Medef Occitanie, après un premier mandat au cours duquel elle a essuyé les plâtres de la fusion entre les ex-régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. À l’issue d’une campagne à laquelle elle n’était « pas préparée », reconnaît-elle, et qu’elle a gagnée haut la main – avec 70 % des suffrages – en allant « sur le terrain ». Réélue cet automne pour un nouveau mandat de trois ans, elle demeure la seule femme présidente d’un Medef régional.

La quadra a intégré les rangs de l’organisation patronale tout juste quelques mois après avoir rejoint l’entreprise du couple, en 2006, et gagné, en quelque sorte sur le tas, ses galons de dirigeante. « C’est mon mari qui m’a envoyée au Medef, s’amuse-t-elle, en me disant : “Te connaissant, il faut que tu ailles prendre l’air” ! »

Un très bon conseil, puisque, ajoute-t-elle, « j’y ai appris mon métier de chef d’entreprise et j’apprends encore au contact de mes homologues, tous les jours ». De fait, cette fille d’un ingénieur de l’aéronautique, née à Valence dans la Drôme, le reconnaît très volontiers : « C’est vrai que je n’avais pas cette fibre-là. On ne m’a jamais appris. Il fallait avoir un salaire à la fin du mois, ça commençait par ça. Je n’étais pas du tout dans l’état d’esprit de devenir entrepreneur, de prendre des risques. Ce n’était pas mon ADN. Comme quoi, on peut évoluer ! Aujourd’hui, rien ne me fait peur. Il y a un cheminement certain. Ce sont les rencontres, et notamment avec mon mari, qui font que j’ai dévié. »

Sophie Garcia fait une prépa HEC à Montpellier, avant d’intégrer à Paris, une école de commerce, l’Institut supérieur de gestion (ISG). Ses parents – son père est devenu le premier lobbyiste de l’Aérospatiale à Bruxelles – lui suggèrent de perfectionner son anglais. Elle « vadrouille une petite année » à Cambridge, en Angleterre. « Ça m’a servi lorsque j’ai rejoint la commission Europe du Medef », reconnaît-elle.

Une fois diplômée de l’ISG, plusieurs options s’offrent à elle : rester à Paris ou prendre un poste à Lyon ou à Toulouse. « Connaissant déjà un peu la Ville rose, c’est elle que j’ai choisie. » La voilà bombardée responsable du marketing et de la communication d’une entreprise familiale, rachetée ensuite par Gerflor. « Je m’occupais de la France, du Royaume-Uni, de l’Espagne et du Moyen-Orient, détaille-t-elle. J’assumais des fonctions assez classiques de lancement de produits, de communication et je m’occupais des salons professionnels. Je me suis beaucoup épanouie, car l’entreprise grandissant, le poste évoluait beaucoup ». Une belle expérience qui se solde au bout de dix ans. « J’aurais pu rester, mais mon mari me disait : “ce serait bien que ce que tu fais ailleurs, tu le fasses avec moi”

Cinq ans plus tôt, aux côtés de ce Gersois autodidacte, de 10 ans son aîné, elle a fondé PSL, une société spécialisée dans la sécurité incendie. Lorsqu’elle rejoint l’entreprise, qui compte alors deux salariés, les premiers temps sont compliqués. « J’ai découvert ce qu’était un réseau informatique, un contrat de travail… En fait, vous vous formez à tous les métiers, ce n’est pas l’école qui vous les enseigne. En vous plongeant dans le monde de la TPE, vous apprenez l’informatique, les ressources humaines, le juridique, le commerce… Tout ce que je savais faire, je n’avais plus le temps de le pratiquer : le marketing et la communication n’étaient pas le sujet. Et une fois que vous avez décidé de faire les choses, il faut les faire vous-même ! Vous apprenez tout sur le tas. Les chefs d’entreprise sont tous logés à la même enseigne. Et bien sûr, on n’est pas bon dans tous les domaines : d’où l’art de s’entourer en interne ou en externe. »

Avant de sauter dans le grand bain, Sophie Garcia a pris le temps de la réflexion. « Le déclencheur a été l’arrivée d’un deuxième enfant. Vu que je travaillais comme une folle en étant salariée, si c’était pour ne pas les élever, cela ne servait à rien. J’y ai donc vu le côté liberté : c’est ce qui m’a décidé. Et effectivement j’ai pu organiser ma vie, en travaillant toujours autant, mais avec des horaires décalés. Je travaille tous les soirs jusqu’à minuit ou 1 heure du matin, cela ne me dérange pas. »

Au Medef 31, Sophie Garcia est séduite par « l’esprit d’entraide », le côté « défense des entreprises et des entrepreneurs ». Cette bosseuse rentre rapidement au comité directeur, puis au bureau, avant de se voir confier par le président une commission Développement durable, transformée en commission RSE. Elle cherche alors des connexions avec le niveau national. « Lorsque j’ai rejoint la commission nationale RSE, un peu comme la provinciale qui débarque, je voulais juste benchmarker, voir un peu ce qu’il s’y faisait, détaille-t-elle. J’ai découvert un autre monde : les responsables RSE des grands groupes. J’ai d’abord beaucoup écouté, puis je leur ai apporté la dimension PME et territoire qui leur manquait. » Elle rejoint quelques mois plus tard la commission Europe, recréée par Pierre Gattaz. « Encore un autre monde, vraiment passionnant. J’étais aussi la seule PME et la seule représentante des territoires ». Au premier tour de table, au milieu des patrons du CAC 40, elle pose les choses. « Je viens de Toulouse, une ville soi-disant européenne, leur explique-t-elle, mais comme beaucoup de citoyens en ce moment, les patrons de PME sont plutôt anti-européens. Et Loïc Armand, vice-président de L’Oréal en charges des affaires extérieures, de me répondre : “Ce n’est pas possible ! Toulouse n’existe pas sans l’Europe”. C’est la première fois que j’ai compris le décalage entre le macro et le micro. »

Sophie Garcia est vice-présidente du Medef 31, quand la fusion des Medef Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées s’opère. « Je n’ai pas pensé une demi-seconde à me présenter à ce mandat. Ce sont des hommes qui sont venus me chercher », se souvient-elle. Cette fusion, comme toutes les fusions, est compliquée : « problème de personnes, chacun voulant conserver son pré carré, ce qui est humain. » Toujours pas convaincue par le bien-fondé de cette candidature, à l’occasion d’un déplacement au Medef national à Paris, elle évoque le sujet avec la DG adjointe de Pierre Gattaz. « C’est elle qui m’a décidé, en me disant : “je vois toute la journée des hommes défiler, prêts à se battre pour le moindre pouvoir ou le moindre mandat et une fois seulement qu’ils l’ont, ils se demandent comment ils vont faire”. Il est vrai que, majoritairement, les femmes ont besoin de se sentir légitimes. Du coup elles mettent la barre très haut. Ensuite, il faut aussi que ce soit matériellement possible. Et si toutes les cases du tableau Excel ne sont pas remplies, elles n’y vont pas. Donc autant dire qu’elles y vont rarement. Les hommes ne se posent pas ce genre de question. »

Le premier mandat lui a permis de « créer une identité » autour du Medef Occitanie, de constituer une équipe et de se bâtir un réseau – « aujourd’hui je suis très proche de la présidente de Région, Carole Delga et du préfet de Région Étienne Guyot », assure-t-elle. Ce second mandat va lui permettre d’en « tirer les bénéfices, a fortiori dans le contexte de crise, pour continuer à agir de façon rapide et efficace, parce que je ne suis pas seule. » Elle s’est du reste donné une priorité « la sauvegarde de l’emploi. Nous ne sommes pas sortis de la crise et nous ne savons pas combien de temps cela va durer. Mais là, tout de suite, il faut survivre. » Et dans cette région extrêmement hétérogène, « tout l’enjeu sera d’éviter une fracture territoriale encore plus prégnante », confie-t-elle.

Parcours

1971 Naissance à Valence
1991 Intègre une prépa HEC à Montpellier
1994 Sort diplômée de l’Institut supérieur de gestion (ISG), à Paris
1995 Responsable marketing et communication de SPM International (groupe Gerflor)
2001 Cofonde avec son mari la société PSL spécialisée dans la sécurité incendie, basée à la Salvetat-Saint-Gilles
2005 Prend la direction de PSL
2017 Elue à la tête du Medef Occitanie
2020 Réélue à la présidence du Medef régional. En parallèle, elle exerce d’autres mandats : membre du conseil exécutif et du bureau du Medef national, coprésidente de la commission croissance et territoires du Medef national, membre du Ceser Occitanie, adhérente et membre associée au Comité directeur du Medef Haute-Garonne, membre associée de la CCIR Occitanie ainsi que de la CCI de Toulouse