Béatrice MoreauEngagée au service de l’agriculture

Béatrice Moreau gère une exploitation de 120 hectares comprenant sept cultures céréalières différentes.

Présidente de la Chambre d’Agriculture, membre du CESER et à la tête d’une exploitation céréalière de 120 hectares, la quadragénaire gère d’une main de maître sa vie professionnelle et son engagement syndical et citoyen.

C’est au sein de l’exploitation familiale, à Marson, dans cette partie de la Champagne où les champs s’étendent à perte de vue et où ciel et terre s’entremêlent à l’horizon, que Béatrice Moreau nous reçoit.

Passionnée. C’est le mot que l’on pourrait trouver lui correspondre le mieux au terme de cet entretien, mené tambour battant, entre ses différentes obligations. Au départ pourtant, Béatrice Moreau ne se destinait pas au métier d’agricultrice.

La terre en revanche, ses mécanismes, ce dont elle est composée, sa biodiversité, a toujours été une source d’intérêt et d’émerveillement. C’est pourquoi, après un bac scientifique, elle entame des études de géographie. Mais au fil du temps, elle commence à mûrir un projet de reprise d’exploitation familiale, d’abord en pensant à une ferme pédagogique, puis finalement en envisageant de continuer le travail commencé deux générations plus tôt. « En même temps que mes études de géographie, j’ai fait par correspondance un BTS d’analyse et de conduite des systèmes d’exploitations qui formait au métier d’exploitant agricole. » Travailler le vivant, voilà désormais son avenir. « C’est quand même un super beau projet de vie », livre-t-elle.

À 25 ans, la voilà donc à la tête de 120 hectares de 7 cultures céréalières différentes, dont la betterave, l’orge, le blé ou encore le colza.

« NOURRIR LES GENS AU QUOTIDIEN »

De ses cultures, c’est dans les champs qu’elle en parle le mieux. À peine arrivée au niveau d’une des parcelles de blé, elle entre dans les brins, égraine les épis et montre avec pédagogie comment est composée la plante « qui sert à nourrir les gens au quotidien ». D’ailleurs, dans son bureau et dans le hangar des tracteurs et matériel, est affiché en grand le nombre de personnes qu’elle nourrit durant année avec son exploitation, soit 2 280. Cette notion d’utilité publique est sans conteste un véritable moteur pour Béatrice Moreau. Et pour arriver à mener à bien cette mission tout en arrivant aussi, à dégager des bénéfices, pour pouvoir vivre et investir dans l’entreprise, elle a rapidement éprouvé le besoin de s’engager dans un collectif. Ce fut tout d’abord avec les Jeunes Agriculteurs de la Marne, où elle a défendu son travail mais aussi appris de celui des autres. « Le collectif est un lieu d’échange privilégié, c’est aussi une belle école quand on est un jeune qui commence à s’installer. »

RESPECTER DE NOMBREUSES NORMES

Car le métier d’agriculteur, s’il est en grande partie tributaire des conditions climatiques, évolue aussi avec le temps et se réinvente régulièrement, au gré des innovations technologiques mais également des réglementations françaises et européennes. « Nous devons respecter un cahier des charges très précis dans la récolte et la livraison de nos grains, explique Béatrice Moreau. Nous avons ce que l’on appelle un règlement de campagne, sur la base duquel nous devons respecter le taux d’humidité, la maturité, le calibrage, le taux d’impureté… Et si le grain est moins qualitatif, nous sommes payés moins. » Ce qui explique les journées à rallonge des agriculteurs lors des périodes de récolte, souvent jusque tard dans la nuit ou tôt au petit matin suivant. « Il faut récolter le grain quand il est sec et mûr, sinon on perd en qualité. Quand on entame la parcelle, on a envie de la finir, même si c’est pour terminer à une heure et demie du matin. »

Cet ancrage et cet amour du travail bien fait, l’agricultrice le met aussi à profit dans son engagement militant, en tant que présidente de la Chambre d’Agriculture de la Marne. « Beaucoup d’actions sont faites autour de la transmission, de l’accompagnement mais aussi de la formation », explique-t- elle. La formation comme clé de la réussite et pour laquelle elle s’investit au sein du CRFPS, organisme de formation « créé par des agriculteurs, il y a plus de50ans ».

« Faire un stage dans une exploitation avant de se lancer est nécessaire et c’est une chance dans le projet d’un jeune d’avoir ce regard et cet accompagnement. Le parcours aidé est là pour s’assurer que le projet est vivable et viable économiquement. Ce sont deux mots très importants. Et c’est pour cela que sur des installations accompagnées au CRFPS, on est à 99 % des gens qui sont encore là 10 ans après », insiste-t-elle. La Chambre d’Agriculture, la formation, mais aussi un siège au Conseil économique et social du Grand Est (CESER). « J’appartiens à la commission lycées et apprentissage, et tout ce qui relève du domaine de l’évolution des politiques publiques. » À ceux qui se posent la question de l’utilité du CESER, Béatrice Moreau répond que cette instance « émet de nombreux travaux importants comme celui sur le schéma des bio et agro-carburants dont la Région a utilisé de nombreuses préconisations. Les membres émettent aussi un avis sur le budget et cela permet à la société civile d’être représentée. »

AGRICULTURE « RAISONNÉE »

La volonté d’être actrice de son métier ne la quitte jamais, que cela soit au sein de ses mandats ou de son exploitation dont elle ouvre volontiers les portes. « Il faut faire comprendre aux gens le métier que l’on fait. Il y a encore beaucoup de fantasmes sur les agriculteurs et la manière dont ils travaillent. Face à tout ce climat d’agri-bashing avec le débat sur les produits phytosanitaires, j’explique moi que je ne balance pas des produits comme ça toute l’année, que c’est très ciblé et que cela a toujours une fonction particulière. Les fongicides ne vont être utilisés que dans des conditions de maladies ou de climat problématique pour la prolifération de mauvaises herbes. Le but n’étant pas de les éliminer complètement mais de faire en sorte qu’elles poussent au moment où elles pomperont le moins d’eau et de nutriments dans la terre par rapport aux cultures. »

Aujourd’hui, si la crise sanitaire a rapproché les Français des agriculteurs, dans la mesure où ils sont revenus les voir dans leurs fermes et acheter leurs produits, le principal challenge est de faire perdurer ce lien. « C’est une très belle chose de se dire que l’on nourrit les gens. On travaille aussi sur cette confiance avec les collectivités qui, légalement, ne peuvent pas choisir de préférer préparer les repas de restauration collective avec les producteurs à côté de chez eux. »

Quant à son avenir, Béatrice Moreau ne le voit pas dans une carrière politique toute tracée. « Ma passion c’est de servir mon métier, de toutes les manières possibles, mais il faut aussi savoir laisser à tous la chance d’apporter sa pierre à l’édifice. » Remplie d’humilité, c’est finalement dans ses champs qu’elle se voit dans dix ans, entourée de sa famille, « sa soupape » dans cette vie trépidante.

Parcours

1976 Naissance le 12 janvier, à Châlons-sur-Marne.
2001 Elle reprend l’exploitation familiale.
2008-2010 Présidente des Jeunes Agriculteurs.
2014-2019 Secrétaire générale de la FDSEA 51.
21 janvier 2019 Élue à la tête de la Chambre d’Agriculture de la Marne.
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