Deux nouvelles cordes à son arc

Tony Moggio. Cet ancien talonneur, tétraplégique depuis 10 ans, auteur, conférencier et athlète, lance un porte biberon adapté et une marque d’habits.

«Donner le biberon à mon enfant est un acte essentiel. Si mon handicap me prive de beaucoup de choses, je ne souhaitais pas que celle-ci en fasse partie. Bien avant sa naissance, j’ai effectué des recherches pour trouver un accessoire mais rien n’existait sur le marché. J’ai ainsi décidé de créer un porte biberon baptisé Gianni comme le prénom de mon fils », détaille Tony Moggio, conférencier, auteur et athlète. Cet ancien talonneur toulousain devenu tétraplégique en 2010 lors d’un match amical, apporte un regard neuf sur le handicap. Après avoir traversé à la nage le golfe de Saint-Tropez en juin 2019 et écrit des ouvrages, ce père de famille ajoute deux nouvelles cordes à son arc avec le lancement simultané de deux produits, en vente sur son site depuis le mois de mars. Après un an de R & D, l’entrepreneur de 36 ans s’est rapproché de ces partenaires habituels en vue de concevoir cet accessoire breveté et 100 % local. « En collaboration avec ma couturière, qui réalise mes vêtements sur mesure, j’ai imaginé une housse en tissu reliée à une poignée ergonomique adaptée au handicap mais aussi aux personnes souffrant d’arthrose aux mains ». Cette dernière innovation a été conçue via une imprimante 3D, par l’entreprise Albatros France, spécialiste de matériel orthopédique, basée à Agen – avec laquelle Tony Moggio avait déjà imaginé des palmes sur mesure pour ses mains afin de relever son défi sportif . Une dizaine de prototypes ont ainsi permis d’aboutir à une poignée flexible qui « rend le biberon directionnel et permet de suivre les mouvements de l’enfant ». Avec pour l’heure une trentaine de ventes, le produit a notamment séduit des centres de rééducation disposant d’un service d’ergothérapie et, relève-t-il, « je reçois de nombreux appels de boutiques en ligne qui vendent du matériel médical ».

En parallèle, cet ancien sportif, qui fourmille d’idées, a lancé une ligne de vêtements pour tous, « un rêve », qui a connu un franc succès sur la toile avec plus de 100 pièces vendues en une semaine. Baptisée Phenix, un nom éloquent, à l’instar de ce « Talonneur brisé » (livre paru en 2015 aux Éditions Privat), cette marque fabriquée en Occitanie à partir de coton bio, entend briser les diktats de la beauté en mettant en lumière des modèles atypiques. « Des personnes en situation de handicap, ou simplement différentes, portant par exemple une taille XXL, qui ne se retrouvent pas dans l’image véhiculée par d’autres marques. Mon souhait est de porter un message ayant trait au collectif, à la motivation, au dépassement de soi et à l’optimisme et de proposer de la qualité à un prix attractif », explique-t-il. Si Tony Moggio freine pour l’heure les partenariats, il envisage d’étoffer sa gamme (constituée de deux polos et d’un blouson pour homme), avec une version femme et enfant, et de faire appel à un designer pour les prochaines collections. « Si je choisis actuellement les vêtements sur catalogue et y brode mon logo, je souhaite apporter plus de créativité et proposer une marque qui me ressemble davantage », avec par exemple un pantalon adapté universel. Sans oublier de cultiver, à côté, la notion d’écoresponsabilité.

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