Franck-Auguste PitoisetDes rêves et des rencontres

Passionné de meubles anciens, c’est dans cet univers cosy et hors du temps que Franck-Auguste Pitoiset imagine et conçoit ses papiers peints haut-de-gamme de luxe.

Depuis quelques années, ce fils de paysans que rien ne prédestinait à l’art conçoit des papiers peints haut-de-gamme. Pleins d’idées derrière la tête, il travaille aujourd’hui avec la Manufacture de Longchamp pour une nouvelle collection.

Il y a des endroits que l’on n’imagine pas exister. Franck-Auguste Pitoiset s’est conçu son propre havre de paix en plein cœur de Dijon. Un mobilier d’une autre époque avec beaucoup de cachet, de la musique d’ambiance et des senteurs d’huiles essentielles, une ambiance zen et apaisante… En somme, un lieu qui lui ressemble. Créateur de papiers peints haut-de-gamme de luxe depuis trois ans et demi, rien ne le prédestinait à un tel avenir. « Je suis arrivé là totalement par hasard. Je suis fils de paysans et je vis à Dijon depuis l’âge de 12 ans ». Les beaux-arts, c’est une passion qu’il a depuis ses six ans. « Je n’ai jamais trop su pourquoi cette lubie. Un jour, mes sœurs m’ont acheté une malette de peintures à l’huile avec un chevalet et j’ai commencé à peindre ». Dans le monde paysan dans lequel Franck-Auguste Pitoiset a grandi, l’enfant qu’il était alors paraissait, aux yeux de son entourage, « comme un extraterrestre ». « Quand j’étais petit, se souvient-il, je me suis toujours raconté des histoires dans ma tête, à jouer tout seul avec des cailloux ou les boutons de ma grand-mère couturière… Comme si la réalité ne me plaisait pas forcément. J’avais besoin de choses poétiques et d’un monde différent ».

UN RÊVE DEVENU RÉALITÉ

En arrivant à Dijon, le jeune artiste se lance dans des études de tailleur de pierre. Un CAP, un BEP et un bac pro en poche, il passe alors le concours des beaux-arts et intègre la prestigieuse école pour un cursus de cinq années. « Pendant 10 ans, j’ai ensuite été artiste d’art contemporain. Je faisais de la vidéo, du son et de la photo ». À l’issue de cette période, Franck-Auguste Pitoiset décroche un poste de professeur d’arts appliqués à Nevers. « Ce qui m’intéresse, ce sont les écoles professionnelles pour pouvoir travailler avec des ateliers. En parallèle, j’enseigne aussi le théâtre et la communication ». Très créatif, ce passionné s’est mis à écrire des poèmes pour enfants avant de se mettre à dessiner. « J’utilisais mes textes pour les transformer et en faire des dessins. C’est ce qui m’a donné envie de faire des motifs et du papier-peint », confie-t-il. Aujourd’hui, Franck-Auguste Pitoiset dessine sur des grandes feuilles de deux mètres dans la position couchée, avec une aiguille de 0,10 millimètres, à l’encre de Chine. « Je ne fais jamais d’esquisse avant. J’aime bien les contraintes. C’est en les maîtrisant qu’on acquiert une certaine liberté. Mais cela signifie que si je me trompe, même après un mois de travail, ce dernier sera fichu ». Plus qu’une œuvre d’art, sa pratique elle-même est un art de vivre. « Couché à même le sol, le nez sur la feuille, je ne vois pas trop ce que je fais. Je me laisse aller et finalement, c’est comme si j’étais en train de me promener dans le dessin », explique-t-il.

Des moments qui ne sont sans lui rappeler son enfance à la campagne et sa grand-mère. Passionné d’appartements hausmanniens et 1800, il a commencé à imaginer un papier pour chaque pièce d’une maison qui n’existait pas. « Quand je dessine, il n’y a plus de temps, c’est comme un voyage. Ce sont plus des sensations que des choses que je vois. Je pense que ce sont toutes les balades que j’ai faites avec ma grand- mère qui me reviennent dès que je suis couché sur la feuille », confie-t-il. Plus jeune, Franck-Auguste Pitoiset a fuit ce monde et aujourd’hui, plus il vieillit, plus il s’en rapproche. « Je fais toujours le parallèle avec mon père paysan. Pour moi, quand je dessine avec mon aiguille, c’est comme si je labourais un champ … Après, ça fait un dessin que je récolte ».

Une fois le dessin réalisé sur la feuille de deux mètres, Franck-Auguste Pitoiset la fait flasher par un photographe pour la convertir numériquement et créer un assemblage en symétrie ou en asymétrie et en rajoutant des couleurs pour finalement en faire une gamme de papiers peints. Aujourd’hui, il n’a plus le temps de dessiner. Sa gamme de papiers peints étant finalisée, il a trouvé un imprimeur et surtout le papier bien spécifique qui lui plaît et s’occupe de la commercialiser. Arrivé du monde de l’art contemporain, il a dû apprendre sur le tard, en vivant et en investissant beaucoup. « Entre la création, la commercialisation, la communication,… j’ai tendance à dire que je cumule au total sept emplois ».

UNE VIE DE PASSIONS

Aujourd’hui, Franck-Auguste Pitoiset vit de ses passions, l’enseignement et l’art, qu’il privilégie. « Il n’y a pas longtemps, j’ai fait une campagne sur Kiss Kiss Bank Bank et les internautes ont financé mon projet pour pouvoir réaliser mon catalogue. C’est devenu ensuite super simple de présenter mes papiers à de potentiels clients comme des hôtels ou des particuliers fortunés ». Pour lui, son papier peint était davantage une œuvre d’art à exposer en n’utilisant qu’un lé.

« Mon papier peint étant totalement fabriqué en France, son prix est relativement élevé et je le vendais comme une œuvre qui viendrait orner une cheminée par exemple », complète-t-il. À sa grande surprise, la plupart de ses clients ont souhaité l’utiliser pour en faire un pan entier de mur.

Il y a quelques semaines, Franck-Auguste Pitoiset a rencontré Philippe Orliac, le nouveau propriétaire de la Manufacture de Longchamp. « J’ai pu échanger avec lui et visiter son atelier. Il m’a montré comment faire des assiettes. Et nous allons sortir d’ici la fin de l’année une collection d’assiettes de luxe ». Une édition limitée de 50 assiettes et tasses, présentées sous la forme d’un coffret de trois assiettes de tailles différentes et une tasse numérotées et signées par la Manufacture et l’artiste. « Chaque assiette aura un motif différent pour qu’à la fin, en les assemblant, cela fasse un visuel global ». Techniquement, une fois l’assiette réalisée par la faïencerie, un chromo vient y être apposé. « C’est comme de la sérigraphie. On reçoit le chromo et on va le positionner sur le support après l’avoir plongé dans l’eau et avant de le cuire ». Un travail artisanal, assiette par assiette, qui sera réalisé par la Manufacture de Longchamp.

Entre autres actualités, Franck- Auguste Pitoiset proposera une exposition de ses œuvres réalisées sur bois, en février 2020 à l’hôtel de Vogüe. « Un lieu aux papiers peints hyper chargés qui m’a tout de suite charmé ».

Parcours

1973 Naissance le 27 août à Dijon.
1998 Il réussit le concours d'entrée à l'école des beaux-arts de Dijon
2013 Il réalise sa première encre, couché sur une feuille à même le sol.
2015 Il a l'idée de faire une collection.
2017 Il obtient son premier prix à l'international avec son paon, symbole de son activité et porte-bonheur.
2019 Il rencontre Philippe Orliac et s'associe à la Manufacture de Longchamp pour lancer une gamme de produits de faïences.
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