De nouvelles aides pour la filière aéronautique

De gauche à droite : Yann Barbaux, président d’Aerospace Valley, Christophe Cador, président du comité Aéro-PME du Gifas, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie, Stéphane Trento, PDG de ST Composites et Didier Katzenmayer, directeur aux affaires industrielles d’Airbus Opérations SAS.

Pour éviter les risques de faillite en cascade, la Région muscle ses dispositifs de soutien aux acteurs de la filière. Objectifs : préserver les compétences, favoriser les diversifications d’activité et la transition vers l’avion vert.

Depuis mars dernier, la forte contraction du trafic aérien a entraîné chez les constructeurs aéronautiques des baisses d’activité de l’ordre de 40 à 50 % et de 50 à 80 % chez leurs sous-traitants. Conséquence, plusieurs plans sociaux ont déjà été annoncés : 14 000 emplois sont ainsi menacés dans le secteur en France dont 4 000 en Occitanie à travers une vingtaine de PSE.

Pour éviter ces pertes d’emploi massives et « préserver les compétences », en appoint au plan de relance aéronautique mis en place par l’État et doté de 15 Mds€ à l’échelle nationale, la Région a voté en juillet dernier son propre plan de soutien au secteur aéronautique et spatial, doté lui de 100 M€, qui visait également à favoriser l’innovation et la diversification des acteurs de la filière.

Sur ce montant, « 21 M€ ont déjà été engagés et sur les trois prochains mois, ce sont 25 M€ supplémentaires qui seront mobilisés », a indiqué Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, le 24 novembre à Labège dans les locaux du sous-traitant aéronautique ST Composites.

Pour autant, l’exécutif régional, en lien avec la CCI d’Occitanie, le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) et le pôle de compétitivité mondial Aerospace Valley, a décidé de muscler son plan de soutien et annoncé ce même jour, de nouvelles mesures qui visent à renforcer la structuration financière des entreprises, la Région évoquant cette fois le risque de « perte de souveraineté » et de « rachats d’entreprises par des investisseurs étrangers ».

Elle entend ainsi créer un nouveau fonds, le Fonds Impulsion dont la gestion sera confiée à Irdi Soridec Gestion. Abondé à hauteur de 50 M€ par la Région, en partenariat avec les métropoles, Bpifrance, des banques et de grands groupes régionaux, ce fonds aura pour vocation de compléter les besoins de financement non couverts par ACE Aéro Partenaires, le fonds d’investissement lancé par l’État en juillet dernier pour soutenir les PME et ETI fragilisées par la crise. 25 entreprises dites « clés » du secteur aéronautique pourront bénéficier de cet apport de fonds propres pour un montant de 500 K€ à 5 M€. Ce Fonds Impulsion dont le champ d’intervention n’est pas limité à ce seul secteur d’activité sera opérationnel dès le début de l’année 2021.

C’est à cette même échéance que l’Agence régionale des investissements stratégiques, annoncée également durant l’été, devrait être créée. Dotée de 30 M€, l’Aris devrait soutenir des projets de localisation ou de relocalisation d’activités dites stratégiques via une offre de services élargie (foncier, immobilier, prêts, investissements, prises de participation). Selon la Région, une dizaine de projets auraient déjà été identifiés.

Dans le cadre de son plan de relance dédié à l’aéronautique, la Région prévoyait ainsi de mobiliser 12 M€ au déploiement de ces nouveaux outils financiers destinés à renforcer la capitalisation des entreprises du secteur.

FORMER PLUTÔT QUE LICENCIER

Plusieurs dispositions de ce plan de relance régional commencent à produire leurs effets. C’est le cas du dispositif Passerelle Industrie, mis en œuvre en Occitanie par France Industrie, l’UIMM et Pôle emploi. Effectif depuis octobre, il permet de mettre en relation des salariés d’entreprises qui connaissent des baisses d’activité avec des entreprises d’autres secteurs qui ont des besoins de recrutement ou de compétences. Dix branches industrielles participent au dispositif (le bois, les carrières et matériaux, la chimie, la métallurgie, le textile, la plasturgie, la santé et la pharmacie, le nautisme, les énergies et enfin l’agroalimentaire). Une trentaine d’entreprises de ces secteurs ont manifesté un intérêt pour la démarche dont EDF qui, à travers ce dispositif, a publié 90 offres d’emploi pour recruter dans les métiers de l’électrotechnique, de l’électromécanique et de l’électricité. La Région devrait voter en décembre une enveloppe de 1,1 M€ pour financer ces passerelles, l’objectif étant d’atteindre 1 200 mises en relation en 2021.

En décembre, une autre enveloppe, de 1 M€ cette fois, devrait également être votée pour soutenir le financement de la formation des salariés issus d’entreprises dont l’activité a baissé. Depuis mai, la Région a ainsi engagé 620 K€ pour accompagner la formation de 1 520 salariés issus de 435 entreprises de tous secteurs confondus, dont 29 de l’aéronautique, soit 300 salariés concernés. Des collaborateurs de Sopra Steria ont ainsi pu bénéficier de ce dispositif et des entreprises comme Daher, Thales Avionics et Liebherr, ont sollicité la Région pour participer au financement de leur plan de formation.

La Région finance d’autres opérations telles que des actions de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences à l’échelle d’un territoire, à l’image de celle entreprise par la Mecanic Vallée dans le Lot, ou des contrats RH grâce auxquels des entreprises peuvent être accompagnées par des cabinets de conseil en ressources humaines. L’objectif est ici d’accompagner les entreprises dans l’évolution de leurs ressources. Le Conseil régional devrait adopter en décembre la création d’une aide de 10 000 € par contrat. 25 entreprises de l’aéronautique sont déjà accompagnées par ce biais sur un total de 345 entreprises concernées.

Sur toute la durée de son plan de relance, la Région a prévu de consacrer 35 M€ à ces problématiques de formation et de maintien dans l’emploi.

SE DIVERSIFIER, NOUVEAU LEITMOTIV

Le plan de relance régional vise également à favoriser la diversification des marchés et des activités des entreprises du secteur aéronautique et à leur permettre de poursuivre leurs efforts de R & D. Ce deuxième volet mobilise à lui seul 43 M€.

La Région vient d’annoncer le 24 novembre qu’elle allait muscler encore son soutien à la diversification des activités dans la filière par le biais du lancement d’un nouveau dispositif, le Pass Relance Aéronautique-Aérospatial. Dédié aux PME et ETI de moins de 500 salariés, il leur offrira, après réalisation d’un diagnostic qui aura permis d’identifier les leviers d’actions prioritaires, une aide d’un montant pouvant aller jusqu’à 60 K€ pour financer « des projets de diversification, de consolidation et d’amélioration de leurs performances », précise la Région. Cumulable avec d’autres dispositifs tels les Pass Relance Export, le nouveau dispositif devrait rester en vigueur jusqu’à la fin de l’année prochaine a minima.

Parmi les dossiers de diversification déjà identifiés, figure celui des Ateliers de Haute-Garonne à Flourens, une entreprise spécialisée dans la fabrication de rivets pour l’aéronautique. La collectivité devrait soutenir à hauteur de 2,5 M€, sous réserve d’un vote favorable en décembre, le projet de cette PME qui entend se tourner vers la production de masques chirurgicaux et FFP2. Une nouvelle activité qui pourrait générer 150 emplois.

L’AVION TOUJOURS PLUS VERT

La collectivité entend également accélérer l’émergence de « l’avion vert ». Dans le cadre du deuxième volet de son plan de 100 M€, elle accompagne déjà financièrement des projets de recherche dans le domaine de l’avion décarboné. Cinq ont déjà été retenus parmi lesquels celui de Liebherr qui vise, à travers son projet Gen-Clean à développer un système de pile à combustible à hydrogène pour le ferroviaire, le secteur maritime et l’aéronautique. Le groupe est soutenu par la Région à hauteur de 1 M€.

C’est une enveloppe sensiblement supérieure (1,5 M€) dont bénéficiera Ascendance, une start-up toulousaine cofondée par quatre membres du projet E-Fan porté par Airbus, premier avion électrique à avoir franchi la Manche en 2015. Le projet Ascendance Flight Technologie vise cette fois à développer un aéronef à propulsion hybride électrique à décollage vertical en vue de répondre aux enjeux de la mobilité urbaine et régionale. La jeune pousse, qui bénéficie du dispositif contrat Innovation de la Région, espère créer une cinquantaine d’emplois.

Toujours pour favoriser l’émergence de nouveaux projets d’avions de petite capacité destinés à de courts trajets, la présidente de Région Carole Delga a également annoncé le 24 novembre le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt en partenariat avec Aerospace Valley pour soutenir le développement de démonstrateurs de l’avion vert dans l’aviation légère qui devraient mobiliser à la fois des PME régionales, des laboratoires et des bureaux d’études. La Région prévoit d’allouer 10 M€ à l’émergence de ces projets.

L’élue a par ailleurs annoncé la création à Francazal d’ici 2024 d’un technocampus dédié à l’hydrogène vert. Ce centre de recherche européen, qui devrait mobiliser des équipes du CNRS, de l’université de Toulouse, l’Onera, et des partenaires industriels de premier plan tels Airbus et Safran, devrait notamment travailler sur les futurs moteurs à propulsion hydrogène qui pourraient équiper les futurs avions. Le coût (construction et équipements) de ce campus de 15 000 m2 est estimé à 40 M€.

LANCEMENT DE MAELE

Yann Barbaux, président du pôle de compétitivité Aerospace Valley, a annoncé pour sa part, le 24 novembre dans les locaux de ST Composites, le lancement de l’initiative Maele (Mobilité AErienne Légère). Une grappe d’entreprises régionales réunissant également des écoles et des laboratoires autour de projets innovants dans le domaine de l’aviation légère « environnementalement responsable » destinés à répondre aux enjeux de la transition écologique. « L’avion de demain sera très différent de l’avion d’aujourd’hui, a-t-il expliqué. Il y a une aspiration très forte à ce que l’avion soit le plus rapidement possible décarboné. Or le développement de ces technologies ouvre des portes vers de nouveaux moyens de transport pour accompagner une meilleure présence sur le plan régional. On peut ainsi imaginer demain des avions de 19 places qui soient tout électriques et dédiés à des distances de 300 à 400 km. On peut ainsi faire naître de nouveaux segments pour l’aviation ». Une dizaine d’adhérents du pôle qui se positionnent comme intégrateurs et 25 équipementiers ainsi qu’une vingtaine de laboratoires des régions Aquitaine et Occitanie ont été identifiés pour rejoindre cette initiative.

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