Jane EyreDe Melbourne à Bligny

Installée depuis 2004 en Bourgogne, Jane Eyre loue, avec 11 autres indépendants, une partie du Château de Bligny, à Bligny-lès-Beaune, pour vinifier et exercer son activité de négoce.

Cette Australienne installée en Bourgogne depuis 2004 vient d’être sacrée négociante de l’année par la prestigieuse Revue du vin de France. Une consécration pour cette femme qui s’est découverte que tardivement une passion pour le vin.

Une chose est sûre, “la” Jane Eyre que nous avons rencontrée n’a rien à voir avec son homonyme, la célèbre héroïne de la littérature anglaise sortie de l’imaginaire de Charlotte Brontë. Loin de l’Angleterre de l’époque victorienne, notre Jane Eyre est née à Melbourne, en Australie et a grandi à Gippsland. Des rêves plein la tête, elle n’aurait jamais imaginé faire carrière dans le vin et encore moins être sacrée négociante de l’année par la prestigieuse Revue du vin de France. « Petite, je voulais être vétérinaire, confie-t-elle. À la sortie de l’école, quand j’ai vu les études qu’il fallait faire, je me suis finalement orientée dans la coiffure ». Dix années passent et vient le moment de la remise en question. Curieuse et intéressée par les vins, elle commence à en parler avec certaines clientes. « Dans l’image que je me faisais du secteur, je ne me voyais pas vendre la production des autres, j’avais plutôt envie de devenir vigneronne. » C’est finalement en échangeant sur ses envies de se lancer et de partir quelques mois en Europe faire les vendanges que le mari d’une cliente, alors journaliste spécialisé dans le vin, lui obtient l’opportunité de faire ses premiers pas en Saône-et-Loire dans le Marange. Un mois de vendanges pour le domaine Chevrot, à Cheilly-lès-Maranges, lui suffit pour revenir plus motivée que jamais. « À mon retour en Australie, j’ai trouvé un travail auprès d’un très bon caviste de Melbourne, poursuit-elle. C’est lui qui m’a réellement appris à développer mon palais. De dégustations en dîners, il m’a permis de rencontrer beaucoup de monde et même d’aller faire les vendanges en Nouvelle-Zélande ».

CAP SUR LA BOURGOGNE

Après quelques allers et retours entre l’Australie et la Bourgogne pour chaque vendange, sauf en 2003 où elle aura l’occasion de les faire en Moselle, Jane Eyre pose ses valises pour de bon dans la région en 2004, après avoir obtenu un diplôme universitaire d’œnologie à Melbourne.

« Je suis en fait venue le week-end de la vente des vins des Hospices de Beaune et j’ai eu l’occasion de visiter le domaine des Comtes Lafon, à Meursault, après une première expérience de vendange l’année précédente », se souvient-elle. C’est finalement ce domaine qui lui proposera son premier poste. « Je devais venir trois mois à partir de janvier 2004, et finalement, les trois mois se sont transformés en un an, avant d’intégrer le domaine de Montille, toujours à Meursault. Finalement, un an après, j’ai accepté un poste de vinificatrice dans le domaine Newman, à Beaune. » Quelques années plus tard, Jane Eyre a commencé à ressentir l’envie de faire ses propres vins. « Chris Newman, du domaine Newman, m’a offert mon premier fût et c’est une amie, en Australie, qui m’a prêté cinq pièces pour démarrer et j’ai finalement pu partager une cuve à Meursault, explique-t-elle. C’est comme ça que j’ai pu commencer mon activité de négoce, avec un seul vin, un Savigny-lès-Beaune 1er cru Les Vergelesses. J’en avais sept pièces (une pièce de vin, en Bourgogne, contient 228 litres, Ndlr) ».

Très rapidement, Jane Eyre a porté une certaine importance à maintenir le lien avec l’Australie. « En 2011, le millésime a été catastrophique, il n’y avait pas assez de raisins. Mais dès 2012, un ami vigneron m’a proposé trois pièces de Mornington Peninsula en pinot noir. Aujourd’hui, je continue à faire un pinot de Mornington Peninsula, mais je travaille aussi du Gippsland et du Yarra Valley, et depuis cette année, j’en fais en Tasmanie. »

Les pinots noirs et le chardonnay, la négociante a appris à les apprécier et à les travailler dès le début. « Je traite les raisins de la même manière en Australie qu’ici, mais chaque cuvée est différente. Chaque parcelle a son terroir et ses caractéristiques… Pour moi, le plus important est que les vignes soient bien faites, confie-t-elle. Les pinots noirs sont des cépages très aromatiques qui donnent un vin fin, élégant et dynamique ».

UNE PLACE AU CHÂTEAU DE BLIGNY

Aujourd’hui, Jane Eyre travaille principalement des pinots, mais aussi un peu de chardonnay et quelques gamays, en Bourgogne. Depuis son aménagement au Château de Bligny, à Bligny-lès-Beaune, qu’elle occupe avec 11 autres indépendants – pour permettre une mutualisation des outils de production – elle s’est développée, passant de sept à quelque 60 pièces dans dix appellation en Côte-d’Or, du Gevrey-Chambertin au Volnay, en passant par Beaune, Corton ou encore du Côte de Nuits villages, mais aussi dans le Beaujolais et le Jura. « J’adore les vins du Jura. Depuis quelques années, je cherche à récupérer des Savagnins et je rêverais de faire un vin jaune un jour », explique-t-elle, avant de compléter : « J’ai eu vraiment beaucoup de chances de trouver un bon vigneron dans le Jura qui m’a aidé à trouver du Chardonnay d’Arbois et qui m’a donné la possibilité de le vinifier chez lui. J’avais vraiment envie de vinifier sur place, ne serait-ce que pour la levure qui est naturellement présente dans le Jura. Quand on déplace les raisins, on a une population de levure, les caractéristiques de chaque cave et de chaque cuverie. Après, les blancs sont sûrement plus impactés par le voyage que les rouge. Je fais donc un Côte du Jura, en biodynamie ». Sur le sujet de la biodynamie, Jane Eyre est partagée. « Dans un monde idéal, je travaillerais tout en biodynamie avec de belles parcelles, mais finalement, ce n’est pas parce qu’une parcelle est en biodynamie que la vigne est meilleure. Je me fournis donc vers des vignerons qui travaillent en biodynamie, mais aussi en bio et de manière plus classique, développe-t-elle. Le but est vraiment que les vignes soient bien faites, avec logique et responsabilité, sans rien rajouter, pour au final sortir des bons vins ». Si elle travaille aujourd’hui de concert avec ses fournisseurs et non sans une certaine fidélité de mise, Jane Eyre ne cache pas son rêve d’un jour avoir son propre domaine et quelques vignes. « Mais avant même de penser à cela, je rêverais déjà d’avoir ma propre cuverie. » En attendant, elle développe son activité de négoce et a même été reconnue dernièrement pour cela. « Lorsque je suis venue la première fois en Bourgogne faire les vendanges, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, je ferais moi-même des vins et que je serais élue meilleure négociante de l’année. La Revue du vin de France est une référence. C’était déjà un grand honneur que d’intégrer leur guide en 2013, avant d’obtenir ma première étoile et l’année dernière ma deuxième étoile. C’est un travail de passionné et finalement, ces dix années de dur travail ont aussi été récompensées par ces guides et ce prix », conclue-t-elle.

Parcours

1971 Naissance, le 19 février à Melbourne (Australie).
1998 Jane Eyre vient en France trois mois pour faire ses premières vendanges, au domaine Chevrot (Saône-et-Loire).
2004 Après de nombreux voyages entre l’Australie et la France, elle choisit de se lancer et de s’installer en Bourgogne.
2011 Passée par trois domaines, elle décide finalement de commencer sa propre activité de négoce.
2012 Elle commence en parrallèle le négoce en Australie.
2015 Installation au Château de Bligny, à Bligny-lès-Beaune.
2021 Jane Eyre est sacrée négociante de l’année par la prestigieuse Revue du vin de France.
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