Clément VuibertDe la finance à la sécurité

Clément Vuibert a racheté le groupe Procedo avec son associé. Il est aujourd’hui directeur commercial associé.

Après avoir intégré ISA Sécurité il y a plus de 15 ans, il a racheté l’entreprise avec un collaborateur il y a 10 ans. Aujourd’hui co-dirigeant de Procedo, Clément Vuibert est sans cesse en recherche de nouvelles innovations technologiques, en lien direct avec le présent.

On pourrait penser le parcours de Clément Vuibert linéaire, avec 15 ans passés dans la sécurité au sein de la même entre- prise. Ce serait méconnaître son ascension mais aussi ce qui a peut-être déclenché chez lui cette capacité de rebond et cette volonté insatiable d’aller toujours plus loin. Après une scolarité passée au lycée Jean XXIII à Reims et un bac S en poche, Clément Vuibert intègre une école de commerce parisienne, l’IPAG, car passionné par tout ce qui touche à l’économie.

Attiré comme beaucoup de jeune gens par le monde anglosaxon, il décide d’effectuer sa dernière année spécialisée dans la finance aux Etats-Unis, au sein du Collège of New Jersey. Là, il réalise un stage de six mois à la Bank of New-York au cœur de Wall Street, comme trader en salle des marchés. Son expérience s’y révélant fort concluante, il y est embauché.

S’ouvre alors à lui un tout autre monde, avec une vie à 100 à l’heure et l’adrénaline de « gérer des portes-feuilles avec des montants à 6 ou 7 chiffres»

Mais si l’excitation d’évoluer dans la ville « qui ne dort jamais » se nourrit de ses rencontres et s’enrichit des nombreuses cultures qu’il côtoie, elle est néanmoins obscurcie par le climat « post 11 septembre » qui règne à New-York. « Lorsque je suis arrivé là bas, il faut s’imaginer que c’était un peu plus d’une année après l’attaque des Twin Towers, et quelques semaines après les discours de Jacques Chirac et Dominique de Villepin à l’ONU, s’opposant à une intervention en Irak. Il régnait à ce moment là aux Etats-Unis, un fort climat de défiance envers les Français. » Au bout d’une année de trading et d’analyse de mécanismes financiers, Clément Vuibert ne trouve pas sa place dans cet environnement si particulier. « C’était certes passionnant, avec une forte pression mais lassant par certains côtés. Pour moi, je n’étais pas assez connecté à l’économie réelle. On gère des titres, des portes-feuilles, en passant des journées à jongler avec des euros, des dollars, mais sans véritablement être dans le concret. »

DES SALLES DE MARCHÉS AU DÉMARCHAGE EN DIRECT

À 22 ans, retour à la case départ. Clément Vuibert quitte les Etats-Unis et retourne à Reims, chez ses parents, « ce qui est assez compliqué quand on a acquis une indépendance dans une ville comme New-York », reconnaît-il. Mais loin de s’apitoyer sur son sort, le jeune homme renoue avec ses amis restés en France et apprend qu’une entreprise spécialisée dans la vidéosurveillance et le gardiennage, ISA Sécurité, recherche un directeur commercial. « On était à l’opposé de ce que je faisais, mais je me suis dit : “c’est du commerce, je sais faire, allons-y”. Et puis, je me suis rapidement passionné pour le métier, j’étais enfin dans la réalité que je souhaitais, à rencontrer des gens, à avoir des contacts, à négocier en direct. »

Le jeune homme commence à démarcher des entreprises pour vendre des systèmes d’alarme, des services de gardiennage et de la vidéosurveillance. ISA securité est au début des années 2000, une PME familiale d’une soixantaine de salariés, basée à Metz. Motivé, Clément Vuibert cherche donc des contrats sur le périmètre de Reims. « On a quelques marqueurs de réussite, avec la signature d’un gros contrat avec le laboratoire pharmaceutique Boehringer-Ingelheim, le Center Parcs de Chamouille ou encore l’installation de plus de 350 caméras pour les pâtisseries Ladurée, à Paris », se félicite-t-il.

Ce dernier contrat agit comme un tremplin pour ouvrir une agence parisienne. Après six années de développement, en 2010, Clément Vuibert a l’occasion de racheter l’entreprise qui compte alors 120 salariés, avec un associé. Ce qu’il fait : l’entreprise est rebaptisée pour prendre le nom de Procedo. « Je trouve, à ce moment là, ce qui me manquait : ce côté entrepreneurial avec un challenge encore plus motivant. Quand on est à la tête d’une entreprise, maître à bord, on a des comptes à rendre à beaucoup de monde : ses salariés en premier lieu, mais aussi ses collaborateurs, ses banquiers… Il y a là, une grande responsabilité. »

DE 120 À 600 SALARIÉ EN 10 ANS

À partir de là, l’entreprise connaît une croissance exponentielle. « En 2014, nous gagnons le marché de la surveillance au ministère de l’Economie et des Finances, ce qui en fait une très belle référence pour nos futurs clients et nous permet de signer par la suite des contrats avec des ambassades, Pôle Emploi, plusieurs tours du quartier de la défense… »

La cerise sur le gâteau en quelque sorte, Clément Vuibert l’obtient en « jouant à domicile » et en remportant en 2016, le marché d’installation de 230 caméras de surveillance de la Ville de Reims et plusieurs communes du Grand Reims. « C’était important de garder un ancrage local, pour quelque chose aussi auquel je crois dans la lutte pour faire baisser la criminalité et augmenter le potentiel de recherche. »

Mars 2020 : la crise du Covid-19, comme pour la majorité des entreprises, porte un coup d’arrêt au développement et au bon fonctionnement de Procedo, avec « la mise en place du chômage partiel de 60% des effectifs de techniciens ». Le dépannage et le SAV sont en revanche maintenus. L’activité technique étant à l’arrêt et souhaitant toujours aller de l’avant, le chef d’entreprise cherche ce qu’il se passe ailleurs, notamment en Chine. « Le pays a environ deux mois d’avance sur nous dans la crise sanitaire alors je regarde comment il se prépare à l’après. Et je vois que les Chinois investissent dans des caméras thermiques permettant une prise de température massive et à distance. »

Renouant avec ses réflexes d’anticipation du marché, Clément Vuibert commande une dizaine de caméras pour les tester. « Dès le mois de mars, on teste les caméras avec nos clients de la grande distribution et des plates formes logistique. » Le produit donne des résultats rapides et fiables, « il dépiste la fièvre grâce à une prise de température à distance, comprise entre 1,5 et 5 mètres pour des résultats précis +/-0,5°C ». La demande est là; l’entreprise procède à la commande de 150 caméras à la vente et à la location. « La première vente a eu lieu le 3 avril et depuis, nous en avons installé 104 dans des sociétés d’ Ile de France, du Grand Est et même au Luxembourg. »

ACCOMPAGNER DANS LA CRISE

Toujours à l’affût de nouvelles techniques et technologies, Clément Vuibert étudie également un autre produit lié à la crise du Covid, le « bracelet de distanciation », élaboré par une entreprise belge, qui sonne dès qu’une personne se trouve à moins d’un mètre. Cette capacité de rebond permettent à l’intégralité des salariés de Procedo de reprendre le travail mi-avril afin d’intervenir sur l’installation des caméras thermiques. « Notre ADN c’est de découvrir et d’anticiper les besoins d’un client, de lui demander comment il travaille et de lui apporter une solution au plus près de ses besoins, c’est pourquoi la recherche et l’innovation occupent une part très importante de notre métier. On aurait pu survivre en attendant que la crise passe, mais on ne sait pas ce qui va se passer, il faut donc être dans l’action.»

Concernant l’avenir, Clément Vuibert le regarde avec vigilance et enthousiasme. « On va se poser les bonnes questions, et on réfléchit à la manière dont nous allons accompagner nos clients dans cette crise.» L’entrepreneur n’en oublie pas pour autant sa volonté de croissance. Fort de ses 600 collaborateurs en 2020 et de ses 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, il vise les 1 500 salariés à l’horizon 2025.

Parcours

1981 Naissance à Reims le 20 octobre 1981.
2003 Master en finance au College of New Jersey.
2004 Trader à la Bank of New York.
2004-2010 Directeur commercial chez ISA Sécurité.
2010 Rachat de Procédo.
2020 Lancement dans les caméras thermiques.
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